26 juin 2026

3h. Eveillée depuis 2h sur les mots “diagnostique” (prononcé “dia-gnostique”) et “Andreessen Horowitz” (les ogres du capital-risque), et l’impression de me faire dévorer par les moustiques. Dehors, l’atmosphère crée l’impression que les étoiles clignotent dans une sorte de morse indéchiffrable, et je n’ai qu’un seul désir : ne plus entendre le son de l’approche d’un moustique, et faire une nuit complète de sommeil paisible. Blague des larves de moustique se dissolvant parce que nourries de sang contenant un agent anti-coagulant. Si seulement.

S’il existe des humains qui n’ont pas eu à tirer les leçons de leurs erreurs, je ne suis pas de leur nombre. Souvenirs de mon enthousiasme d’une naïveté complète concernant des engagements politiques inspirés par les “92 résolutions” de Louis-Joseph Papineau, chef du soulèvement de 1830 des Patriotes, et de mon premier discours politique, prononcé au printemps de 1970 dans le Forum de Montréal, rempli de gens survoltés applaudissant et acclamant le nouveau Papineau, René Lévesque. Suivi sur scène par un jeune — Clermont Simard, syndiquant ses collègues dans une petite usine où ils appliquaient , sans masque ou protection, de la peinture au fusil sur des morceaux de mousse pour en faire des meubles. Acclamé par la foule, lui aussi, jusqu’à ce moment inoubliable — un silence, suivi d’un rugissement comme celui d’une vague se découvrant trompée, et la nécessité que Lévesque revienne sur scène demander qu’on laisse le jeune homme s’exprimer. Oui, c’est que je lui faisais dire que les ouvriers ne devaient pas se fier au Parti Québécois de M. Lévesque, un parti de la bourgeoisie et qu’ils devaient…début du rugissement. J’étais en coulisse à ce moment-là. M. Lévesque m’avait demandé si j’étais l’auteure du discours, je l’avais confirmé. Il m’avait serré la main en me disant “on se retrouvera plus tard”. Quinze années plus tard, alors qu’il se retirait en tant que premier ministre du Québec, il était venu faire ses adieux à mon patron, le ministre de l’enseignement supérieur dont j’étais l’attachée de presse, et pour alléger un moment de grande tristesse, j’avais inventé des “fax” provenant de ses adversaires, “fax” qui l’avait bien fait rire. Je ne lui avais pas rappelé notre rencontre en ’70, pas plus que je n’avais encore compris à quel point la politique de parti n’avait rien à voir avec les 92 résolutions de Papineau dans lesquelles, francophones et anglophones vivaient dans la paix et la fraternité la plus enrichissante. Ni comment le rêve nationaliste — quel qu’il soit — était frauduleux, qu’il soit “bourgeois” ou autre.

Le tout, inspiré par ces nouveaux candidats chez les Democrat new-yorkais, dégoûtés par les compromissions des anciens, et dont le “radicalisme” va subir son baptême du feu dans le gâchis horrible qui se déroule en ce moment dans ce pays, dans un brouillard qui rappelle un peu celui créant l’illusion que les étoiles nous envoient des signaux que nous ne parvenons pas tout à fait à comprendre.

Successions de tyrans et de tyranneaux. Subsiste pour moi l’énigme des organisations humaines. Je demeure convaincue que les catastrophes pourraient être évitées, tout en doutant qu’elles le seront.

Il est maintenant 4h, la température est au plus bas niveau qu’elle atteindra aujourd’hui — 22°C, 71°F. Les moustiques ne sont pas gavés encore.

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3am. Awake since 2 on the words “diagnostic” (pronounced “diagnostic-gnostic”) et “Andreessen Horowitz (the risk capital ogres), and the feeling of being eaten alive by mosquitos. Outside, the air gives the impression that the stars are twinkling in a kind of undecipherable morse code, and I have but one wish : to no longer hear the sound of a mosquito’s approach, and to get a full night of restful sleep. Joke of mosquito larvae dissolving because fed with blood containing an anti-coagulant agent. If only.

If there exist humans who did not need to draw the lessons from their mistakes, I am not one of them. Remembrance of my totally naive enthusiasm concerning my first political involvements, inspired by the “92 resolutions” of the leader of the Patriots, Louis-Joseph Papineau, who held led the 1830 uprising, and of my first political speech, pronounced in the spring of 1970 in Montreal’s Forum filled with a pumped-up crowd applauding and acclaiming the new Papineau, René Lévesque. Followed on stage by a young man — Clermont Simard who was unionizing his colleagues in a small factory where, without any masks or protection of any kind, they sprayed the paint onto pieces of foam to make them into pieces of furniture. Acclaimed by the crowd also until that unforgettable moment – a silence, followed that a roar like that of wave discovering it had been betrayed, and the need for Lévesque to step back out on stage again to request that the young man be allowed to speak. Yes, because I was having him say that the workers should not trust Mr Lévesque’s Parti Québécois, a bourgeois Party and that they must…beginning of the roar. I was backstage at that moment. Mr Lévesque had asked me if I was the author of the speech, which I confirmed to him. I he shook my hand and said “we’ll meet again”. Which we did, fifteen years later when he was resigning as Prime Minister and came to say goodbye to his minister of higher education whose press aid I was, and to lighten a moment of great sadness, I had invented “fax” messages from his opponent that had given him a laugh. I had not reminded him of our meeting in 1970, no more than I had understood yet how Party politics had nothing to do with Papineau’s 92 resolutions in which French and English speakers lived in a much enriching spirit of concord and brotherhood. Nor how the nationalist dream – any nationalist dream whatsoever — was nothing but a scam, “bourgeois” or otherwise.

All this inspired by the new candidates in the New York Democrats, disgusted by the compromises of their elders and whose “radicalism” will experience the test of fire in the horrible mess playing out in that country, in a haze somewhat reminiscent of the one creating the illusion that the stars are sending us signals we don’t quite understand.

Successions of tyrants and bullies. For me, the conundrum of human organizations subsists.I remain convinced the catastrophes could be avoided, while doubting that they will be.

It is now 4 am, the temperature is at the lowest it will reach today – 22°C, 71°F. The mosquitoes haven’t had their fill yet.

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