
Deux rêves : dans le premier, malgré le message officiel prétendant que la catastrophe n’avait jamais eu lieu, des personnes qui lui avaient survécu continuaient d’en parler à chaque occasion qui se présentait; puis, un centre commercial animé le matin, Trump en costume cravate passait, l’air grognon, en route pour une réunion, je me retrouvais en présence de politiciens que j’avais connus à l’époque, ils étaient tous habillés comme s’ils étaient de la haute société sous Napoléon III, ils attendaient l’arrivée de Trump pour une rencontre, son fils aîné virevoltait pour montrer à son papa comment la coupe sur sa nouvelle veste lui couvrait entièrement le popotin, le rêve se terminant par un gros plan sur le visage très sculptural d’une femme blonde, membre d’une délégation rencontrant Trump. (Je crois qu’elle était là pour servir de bonbon visuel à l’intention de Trump.)
Dernière réflexion hier soir, alors que je re-re-relisais La politique a-t-elle encore un sens? d’Hannah Arendt*: Au final, vu le nombre limité d’hommes qui en profitaient, j’irais presque jusqu’à dire que leur meilleur équivalent contemporain aux citoyens de la Grèce antique profitant de la place publique, c’est le groupe de discussion du café du commerce local ou des maisons de thé sur la place du marché, où ces messieurs refont le monde à leur image pendant que leurs épouses font le ménage, la lessive, le marché et les repas. Sauf que les Grecs anciens considéraient que la parole était une forme d’action, “contre les coups du destin, contre les mauvais tours des dieux, l’homme ne peut certes pas se protéger, mais il peut les affronter et leur répliquer par la parole…c’est sur cette interprétation fondamentale que reposent la tragédie grecque, son drame et son action.” Alors que, dans l’ensemble maintenant, comme je m’étais dit un jour au sortir de la trente-millième “réunion pour vider la question” : “Ils parlèrent, ils crurent avoir agi.” Ce qui résume aussi une bonne partie du bla-bla sur les réseaux dits sociaux. Et non, je n’ai pas la réponse aux maux qui nous rongent en tant que sociétés, si ce n’est que pour dire que le gingembre est recommandé pour les femmes enceintes souffrant de nausée; elles risquent d’être beaucoup plus nombreuses aux Etats-Unis sous un chef de la Justice à la botte de Trump et ayant déjà assuré les représentants de sa bande de pseudo chrétiens voulant interdire toute interruption de grossesse, pour quelque motif que ce soit que pas une seule interruption de grossesse ne serait tolérée sous Trump. Comme disaient les grands croyants de mon enfance, puisque la mère était déjà baptisée, qu’elle meure en couches, elle irait au ciel, il fallait sauver le nouveau-né, au moins le temps de le baptiser. Après quoi, vaya con dios, littéralement. Les survivants devant souffrir afin d’obtenir leur récompense divine.
Incroyable tout ce que ces dieux d’amour et de justice recommandent de cruauté à leurs fervents adorateurs. Qui se livrent alors aux pires exactions, “l’âme” en paix, puisque c’est Dieu qui le veut.
Le gingembre contre la nausée, à bien y penser, on devrait peut-être le recommander pour tout le monde. Soit dit en passant, Arendt précise que la politique, telle que nous l’entendons, n’a pas été pratiquée par tout le monde, peu s’en faut. Ce “carnet de notes” se termine sur le constat suivant : “Ranke a un jour formulé l’expression du primat de la politique étrangère et il se pourrait bien qu’il n’ait pas voulu dire autre chose si ce n’est que la sécurité des frontières et les relations internationales doivent être le premier souci de l’homme d’Etat, puisque la simple existence de l’Etat et de la nation en dépend. On est tout d’abord tenté de croire que seule la guerre froide nous a enseigné ce qu’il en est du primat de la politique étrangère. Si, en effet, le seul objet pertinent de la politique est devenu la politique étrangère, c’est-à-dire le danger qui guette toujours les relations internationales, cela ne signifie ni plus ni moins sinon que le mot de Clausewitz, la guerre n’est rien d’autre que la poursuite de la politique avec d’autres moyens, s’est inversé, de telle sorte que la politique est finalement devenue une poursuite de la guerre dans laquelle les moyens de la ruse se sont provisoirement introduits à la place des moyens de la violence. Et il est indéniable que les conditions de la course aux armements dans lesquelles nous vivons et devons vivre permettent à tout le moins de penser que le mot de Kant — rien ne devrait arriver pendant la guerre qui rende impossible une paix ultérieure — s’est lui aussi inversé; en sorte que nous vivons dans une paix au sein de laquelle rien ne doit être épargné pour qu’une guerre soit encore possible.”
Sur cette aimable perspective, onward and upward to a brand new day, journée dans laquelle poursuivre les tentatives dévolues aux racines dans leur invisibilité, genre chiendent increvable.
*Hannah Arendt, La politique a-t-elle encore un sens ?, L’Herne (qui ne considère pas utile ou nécessaire de mentionner le nom du ou de la traductrice) 2017
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Two dreams: in the first, despite the official message claiming the catastrophe had never taken place, people qho had survived it kept on talking about it every chance they got; then in a busy shopping center in the morning, Trump walked by looking grumpy in his suit and tie, on his way to a meeting, I found myself with a group of politicians I had known back in the days, they were all dressed like high society people from the days of Napoleon III, waiting for Trump’s arrival to the meeting, his eldest son was flitting about to show his papa how the cut on his new vest entirely covered his ass, the dream ending on a closeup shot of the very sculptural face of a blonde woman, member of the delegation meeting Trump. (I think she was meant as eye-candy for Trump’s benefit.)
Final reflection last night as I was re-re-reading Hannah Arendt’s La politique a-t-elle encore un sens? (Do politics still mean anything?) : In the end, seeing the limited number of men benefiting from it, I would be tempted to say politics are the equivalent of the discussion groups at the local café or in the tea houses near the market where the fine gentlemen reshape the world to their image while their wives clean the house, do the laundry, the shopping and the meals. Except that the ancient Greeks considered that words were a form of action “against the blows of fate, against the nasty tricks from the gods, man could not protect himself of course, but he could face up to them and stand up to them and answer them with words…this is the fundamental interpretation on which rests Greek tragedy, its drama and its action.” Whereas now, on the whole, as I had said to myself one day, after leaving the thirty-six thousandth “meeting to get to the botton of the matter” : “They talked and considered they had acted”. Which pretty much summarized a good part of of the yammering on so-called social media. And no, I don’t have any answers to the ills gnawing away at us, I can only say that ginger is recommended for pregnant women suffering from nausea; there’s bound to be many more of them in the United States under a head of the Justice Department at Trump’s beck and call, and who has already given assurances to the bunch of pseudo christians wanting to forbid any and every interrupted pregnancy, no matter the need for it and his assurances that not a single pregnancy would get interrupted under his watch. As the good old believers in my childhood used to say, since the mother was already baptized she could die in childbirth, the point being to save the newborn, at least long enough to have him baptized, after which vaya con dios, literally. Survivors being meant to suffer while earning their divine reward. .
Unbelievable everything those gods of love and justice recommend to their zealous adorers in terms of cruelty. At which they rush into the worst of abuses, their “soul” at peace, since this is God’s will, don’t you know.
Ginger against nausea may be recommended for everyone, come to think of it. In passing, Arendt specifies that politics, as we understand them, were not practiced by everyone, far from it. This “notebook” ends on the following observation: “Ranke one day formulated the expression of the primacy of foreign policy and it could be that what he simply meant was that securing borders and international relationships should be the utmost concern of the Statesman, since the plain fact of the existence of the State and of the nation depend on them. If, in fact, the sole meaningful object of politics has become international policy, meaning the danger that always threatens international relationships, that means, no more no less, that the words of Clausewitz saying that war is nothing other than the pursuit of politics by other means has been reversed, so that politics have finally become the pursuit of war in which the means of cunning have temporarily been introduced instead of those of violence. And it is undeniable that the arms race in which we live and have to live allow at the very least to think that Kant’s expression — nothing during war must render impossible an ulterior peace — has also been reversed; so that we live in a peace in which nothing must be spared for a war to still be possible.”
On this delightful outlook, onward and upward to a brand new day in which to attempt the constant work devolved to roots in their invisibility, such as indestructible crabgrass, for instance.
j’ai, une seule fois (pour l’instant…) rêvé de Trump : c’était, précisément, la nuit de sa seconde élection : dans ce rêve, je suivais la soirée électorale sur une télévision dans la vitrine d’un magasin, et DT est passé dans la rue, débonnaire et expliquant qu’il avait perdu les élections et qu’il ne faillait pas en faire un fromage….
et puis je me suis réveillé et j’ai regardé les nouvelles 😦
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ah, parfois, qu’est-ce qu’on regrette les réveils…et d’autres fois, beaucoup moins 🙂
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