
Rêve dans lequel il était question de contrepoids, aussi de sculptures gigantesques de monstres suspendus à des silos en béton dans une zone portuaire
quelque chose à voir, visuellement, avec la structure métallique monstrueuse en cours d’érection sur le terrain de la Maison Blanche en prévision d’un spectacle de “lutte en cage” pour l’anniversaire de Trump, le 14 juin. Et dans le demi-sommeil de l’émergence, une semonce que j’adressais à John Roberts, juge en chef de la Cour suprême américaine, “Content ? Fier de ton oeuvre de démantèlement de la constitution que se permet le félon avec “l’immunité présidentielle” que tu lui as concoctée ?”
Mais au plein réveil, la réalisation de la vitesse à laquelle les agissements les plus scandaleux se retrouvent vite enterrés sous la couche la plus récente des horreurs. Les milliers de déportés, de détenus, d’enfants internés, ou abandonnés suite à l’internement des parents. Ailleurs, des survivants dans des décombres pendant qu’on se dispute à savoir s’il y avait “intention génocidaire” ou seulement “crimes de guerre”. Et ainsi de suite. Tout ça faisant l’ordinaire des indignations successives sur facebook, puis une autre, puis la suivante enfouie par encore une autre…
Moi, dans le cahier qui s’intitule Fantômes/Ghosts, je note ce que certains de mes fantômes personnels me racontent.
*
Dans Le Troisième Livre de Nadejda Mandelstam*, des lieux et circonstances de poèmes écrits de 1930 à 1937. Déménagements d’hébergements temporaires de taudis en chambres partagées, origine de certaines expressions. Et celle de “culture-convenances” qu’elle applique à une époque dont on subit la contamination dès le plus jeune âge, la “culture-mode”, celle ‘d’une couche superficielle du temps, cette torture que s’imposent les ados, par exemple, “pour ressembler aux autres” d’un groupe de référence. (Devenue “mode”, d’expression d’une véritable “marque de commerce” décrivant une “génération X” ou “Z”.) Alors que le poète doit “faire sa besogne à rebrousse-poil du temps et de l’époque”. Ce qui serait souhaitable pas seulement pour les poètes, à vrai dire.
Parlant des années en question sous Staline, Nadejda écrit “Ceux qui ont survécu se rappellent seulement les pauses entre les paroxysmes de la terreur ressentie, mais pas la terreur elle-même. C’est comme la tension douloureuse d’un être à demi-fou qui se recroqueville, se fige. la résistance a disparu, de toute façon elle ne peut pas exister. Il n’y a plus que rigidité, et elle se substitue à la force : toutes les forces s’épuisent à ne pas crier, ne pas s’effondrer.” Ici, maintenant, je crois que les ressemblances iraient davantage vers des sursauts de peur se noyant dans les dénis, comme dans les années précédant l’invasion de la Pologne par Hitler. Et la vie, quotidienne, ses peines, ses joies, ses chagrins petits et grands…dans la couche superficielle du temps à laquelle nous accordons notre attention parce que les humains sont ainsi, une fois après l’autre.
*
Albi, rendez-vous médical encore une fois cet après-midi. Rendez-vous qui, en lui-même, ne durera sans doute que quelques minutes avec le chirurgien pour un constat des résultats des deux chirurgies précédentes. Mais après-midi entièrement bouffé par les transports, les attentes…
Allez. Davaï et toutim.
*
Dream in which there was a question of counterweights, also of gigantic sculptures of monsters suspended on concrete silos in an industrial port zone
something to do, visually-speaking, with the monstrous metal structures being erected on the grounds of the White House for a “wrestling cage” to celebrate Trump’s birthday on June 14th. And in the half-sleep of emergence, a scolding I was addressing to John Roberts, chief justice of the American Supreme Court “Pleased? Proud of your work of dismantling of the constitution the felon can allow himself with the “presidential immunity” you concocted for him?”
But once fully awake, the realization of how quickly the most scandalous actions find themselves buried under the most recent layer of horrors. Thousands of deportees, of detained, of children incarcerated or abandoned following that of the parents. Elsewhere, survivors in the rubble while some busily dispute whether there is “genocidal intent” or just “war crimes”. And so on. Each new awfulness supplying serial indignations on facebook, then another, then the next one buried under yet another…
Myself, in the notebook labelled Fantômes/Ghosts, I write down what some of my personal ghosts have to tell me.
*
In Nadejda Mandelstam’s Le Troisième Livre, places and circumstances of poems written between 1930 and 1937. Moves from temporary hovels to shared rooms, orgin of certain expressions. And that of “conventional culture” she applies to a period , the contamination from which one suffers from the earliest age, the “fashionable culture”, that of a “superficial layer of time”, that torture teens put themselves through, for instance “to be like the others” in a reference groups. (It’s turned into a trend, the expression of true “trademark” branding to describe a “generation X” or “Z”. Whereas the poet must “do his job against the grain of the times and of the period”. Which would be desirable not only for poets, frankly.
Speaking of those years under Stalin, Nadejda writes: “Those who survived only recall the pauses between the paroxysms of the terror experienced, but not the terror itself. It’s like a painful tension of a half-crazed being, curling up, freezing, resistance has disappeared, in any case, it can’t exist. There is nothing left but rigidity, substituting for strength: all energy is exhausted in not crying out, not collapsing.” Here, now, I think resemblances go toward the spurts of fear drowned in denials, like in the years preceding Hitler’s invasion of Poland. And daily life, its heartaches, its joys, its griefs, big and small in the “superficial layer of time” to which we pay attention, because humans are like that, over and over again.
*
Albi, for another medical visit this afternoon. An appointment that will only last for a few minutes in itself, probably, with the surgeon, for a report on the results of the two previous surgeries. But afternoon entirely swallowed up by transportation, waiting…
Allez, Davaï and all that.