
Rêves : des phrases dansaient en quadrille, comme des chevaux à la parade (ou des ballerines ?) ; puis quelque chose au sujet de la profusion de ses formes, mais de l’unicité de l’être (c’était très évident dans le rêve, mais “sentencieux”, ici, en mots). Ça n’avait rien de sentencieux, bien au contraire, c’était d’une évidence hors de tout doute.
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Ecrit, quasiment uniquement à la main hier, parce que c’est là le véritable plaisir de l’écriture, pour moi. De un. Et puis aussi devant cette évidence (corroborée par des recherches, apparemment) faisant du geste d’écrire quelque chose de plus stimulant (je dirais plutôt, plus agréable) pour le cerveau que le fait de presser sur un clavier identifiant des lettres. De les composer soi-même, de sentir la rondeur du o, la boucle du d (à gauche), descendante du g, double du f, la modulation différente du geste pour les majuscules, le caractère “d’imprimerie”…
Lorsqu’elle recopiait les poèmes de son mari, Nadejda Mandelstam écrivait en caractères aussi minuscules que possible – d’une part, à cause des difficultés à trouver du papier, mais aussi pour pouvoir en cacher le plus grand nombre possible dans une casserole et dans ses bottes — deux endroits que les agents de Staline ne fouillaient pas lors de leurs saisies. (C’est dans Le Troisième Livre * ainsi que ses commentaires aux poèmes composés de 1930 à 1937, et les copies distribuées aux uns et aux autres. Enfant, elle habitait à Kiev, raconte-t-elle dans un texte sur son père. Et puis, l’errance, l’errance, l’errance. Moi, je lis en pensant aux pattes de mouche de ses écrits en samizdat.) Et puis, cette réflexion au sujet du poème “Printemps froid” : “Une sensation olfactive — de fumée — annonce toujours l’endroit où dormir, la maison. Cette fumée légère, c’est la pensée du logis.”
Mais hier, d’abord, après un toc-toc à ma porte (je n’ai pas de sonnette) : mon amie Z m’invite à une visite dans une jardinerie complètement à l’écart de la zone commerciale où les godets d’herbes aromatiques sont à 80 centimes plutôt que 2,50€ d’où je rapporte aussi cette plante au nom intrigant de “poivre de Chine” pour un bac en hauteur (à l’abri des attentions de Miss Rosa.) Toutes ces formes, toutes ces variations, toutes ces astuces de survie, d’expression… Dans les alphabets, et les mots et les écritures, aussi…
Air délicieusement frais, ce matin.
*Nadejda Mandelstam, Le Troisième Livre, traduction du russe par Jean-Claude Schneider et Anastasia de La Fortelle, Le Bruit du Temps 2026
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Dreams : Sentences, dancing squared up in fours, like horses on parade (or ballerinas ?); then something about the profusion of its forms, but the oneness of being (this was most obvious in the dream, but reads “sententiously”, here, in words). There was nothing sententious about it, on the contrary, it was obvious beyond the slightest doubt.
Wrote, almost exclusively by hand yesterday, because this is where resides the true pleasure of writing for me. For one. And also because it’s obvious (corroborated by research, apparently), that the fact of writing something is more stimulating (I would say more pleasant) for the brain than is pressing on a keyboard on the image of a letter. Shaping them oneself, feeling the roundness of the o, the curl in the d (to the left), descending in the g, double in the f, the different modulations for caps, for block letters…
When she made copies of her husband’s poems, Nadejda Mandelstam wrote in script as tiny as possible — partly because of the difficulties in finding paper, but also in order to hide as many of them as possible in a covered saucepan and in her boots — two places Stalin’s agents did not search during their raids. (It’s in Le Troisième Livre -The Third Book – along with her comments on poems written between 1930 and 1937, and the copies distributed to one and another. As a child, she lived in Kiev, she relates in a text about her father. Then, ceaseless wanderings. I read this, thinking of her spidery letters in samizdat.) And this among her comments concerning the poem “Cold Spring” : “A smell — that of smoke— always announces the spot where one will sleep, the house. This light smoke is the thought of the dwelling.”
But first, yesterday, after a knock-knock on the door (I don’t have a doorbell): my friend Z was inviting me to a visit in a garden center completely outside the commercial zone where the small containers of herbs cost 80 centimes instead of 2,50€ from where I also brought back this plant with the intriguing name of “Chinese pepper plant” for the raised container (safe from Miss Rosa’s attentions). All those shapes, all those variations, all those tricks of survival, expression… In alphabets, in words and his writings also…
Deliciously cool air, this morning.