
Que dire. Ce sont des réflexions pour le texte manuscrit sur les fantômes. Fantômes auxquels il faut dorénavant ajouter les pays qu’on a cru connaître, dans lesquels on est né, ou on a vécu, et les ombres des personnes aimées, les souvenirs qui en restent comme, parfois, venue d’on ne sait où, une effluve portée par le vent. Pour quelques secondes, l’apparence de la personne s’impose à l’esprit, son apparence précise lors d’un de ces moments qu’on qualifie d’ordinaire, sans réaliser tout ce que cet ordinaire revêtira d’exceptionnel, un jour. “L’absence, la voilà, l’absence d’un enfant, d’un amour, l’absence est la même, quand on a dit je t’aime un jour, le silence est le même.” L’absence, chanson qu’interprétait Serge Reggiani, “dans le temps”, “à l’époque”, “autrefois”.
Il y eut erreur mutuelle sur la personne, se dit-on pour contourner le plus gros du chagrin et des questions qui demeureront sans réponse. Erreur sur la personne, comme lorsqu’on croit apercevoir un de ses morts au détour d’une rue ou dans un métro. Mais…c’est elle. C’est lui. Clignotements de fantômes.
Je vais poursuivre la traduction de la chronique de l’historien Timothy Snyder dans quelques minutes. Mise à jour de celle qu’il avait écrite lors de la première alerte au sujet de la levée du statut de protection temporaire des haïtiens aux Etats-Unis. Levée dorénavant autorisée (et étendue aux syriens) par la Cour Suprême au mépris d’elle-même et de la constitution qu’elle est supposée défendre…ou, du moins, de ce qu’e cette majorité ‘elle prétendait défendre. On en est déjà à invoquer Obama, encore vivant, comme représentant, lui et son épouse, un sommet déjà déformé par la nostalgie. Quant à Biden, plutôt que de fustiger Trump, il rendrait un véritable service à sa nation en abordant le thème des manquements de son Parti à tout ce qu’il était supposé représenter.
Pendant que les mêmes forces de dissolution sont à gruger le tissu de ce qui m’est cher dans ce pays, où j’ai choisi de vivre.
Illustration : Sur ma table de travail, dans l’anthologie de la poésie russe, ce livret du Hill County RV Park au Texas où j’ai séjourné quelques jours, un jour, calé entre deux pages du poème de Maïakovski intitulé Notre marche. Non, Vladimir, nos poitrines ne sont pas “des cuivres éclatants”. Elles encaissent plutôt, douloureusement, les mensonges stridents qu’on martèle sur elles, sur elles et sur leurs fantômes.
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What is there to say. These are reflections for the hand-written text on ghosts. Ghosts to which one must now add the countries one thought to know, in which one was born, or lived, and the shadows of persons loved, the memories that remain of them, sometimes, appeared who knows from where, like something wafted on the wind. For a few seconds, the person’s appearance occupies de mind, his or her precise appearance during one of those moments we call ordinary, without realizing all that ordinariness will take on, some day. “Absence, here it is, the absence of a child, of a love, the absence is always the same, when one has says I love you one day, the silence is the same.” A song, L’absence, Serge Reggiani interpreted, “back in the days,”, “back then”, “formerly”.
There was a mutual misunderstanding over the person, one says to one’s self in order to bypass most of the sadness and of the questions that will remain unresolved. Misunderstanding over the person, as when one thinks one has seen one of the dead ones at the bend of a street or in a subway. But…that’s her. That’s him. Ghosts flickering by.
In a few minutes, I’ll carry on with my French translation of historian Timothy Snyder’s column. An update on the one he had written at the first alarm over the lifting of the Temporary Protection Status for Haitians in the United States. A lifting now authorized (and extended to Syrians) by the Supreme Court in contempt of it’s own self and of the constitution it is supposed to defend…or, at the very least, of what it claimed to defend. Already, Obama, still alive, is being invoked as representing, with his wife, a summit already deformed by nostalgia. As for Biden, rather than railing against Trump, he would provide a better service to his nation by dealing with the theme of the ways his Party failed to defend what it was supposed to represent.
While the same forces of dissolution work their way through the fabric of what I hold dear about the country in which I have chosen to live.
Illustration : On my work table, in the anthology of Russian poety, this leaflet from the Hill Country RV Park in Texas where I spent a few days, one day, between two pages of a poem by Mayakovsky titled Our March. No, Vladimir, our chests are not made of “shining brass”. Rather, they painfully register le blaring lies being drummed onto them, onto them and their ghosts.