29 juin 2026

(copie d’une affiche de campagne d’alphabétisation en Union soviétique, la gamine invitant sa mère à venir apprendre avec elle)

Dans le rêve, la rue était impassable, entièrement bloquée par des hommes armés à cheval, on ne pouvait ni avancer ni reculer tant ils formaient une masse compacte à la présence inexplicable.

Hier soir, la canicule s’est conclue sur un orage spectaculaire, Rosa est venue se réfugier, très impressionnée, avant d’aller dormir sur son fauteuil préféré au salon. Je me suis réveillée en sursaut dans la nuit, avec le sentiment d’une présence dans la chambre. Une ombre bougeait sur le fauteuil devant mon bureau. Quand je me suis redressée, l’ombre a bougé, faisant pivoter le fauteuil, et le chat jaune a sauté par la fenêtre que j’avais laissé ouverte.

Quelques notes sur un bout de papier, hier. Les premières depuis des semaines. Au sujet de 18, le gamin dans L’Horloger des Brumes et sa sidération devant le monde inimaginable dans lequel il se retrouve.

L’inimaginable. Maintenant à l’affiche dans un quartier près de chez-vous. Les nombres rendent l’occultation tellement facile. Qui peut sérieusement imaginer la mort de 700 000 personnes, de faim ou de maladie, parce qu’un pays lointain a coupé son aide comme étant un gaspillage de son argent si précieux ? Ça n’est qu’un début.

Un groupe scolaire passe sur le trottoir. Des enfants de 6, 7 ans. Pépiant, jacassant, si à l’aise dans l’air frais de ce matin.

“Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches

et voici mon coeur qui ne bat que pour vous

ne le déchirez pas de vos deux mains blanches

mais qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.”

Et ainsi, constamment, les balancements extrêmes de la pendule humaine. Ou devrais-je dire du vivant dans son ensemble. La façon dont Rosa réagissait hier soir aux éclairs et au tonnerre, les premiers qu’elle connaisse dans sa courte vie. L’incapacité à comprendre le trop. Les discordances extrêmes et l’état de sidération paralysante qu’elles produisent.

Alors, en illustration, pourquoi cette copie que j’avais faite d’une affiche des premières années de l’Union soviétique, durant l’une des campagnes d’alphabétisation — la gamine invitant sa mère à venir apprendre avec elle. Je ne sais pas, si ce n’est de la campagne lancée aux Etats-Unis pour imposer l’apprentissage des dix commandements et la lecture de la bible dans les écoles, et ce même sentiment de détournement de la connaissance pour produire son contraire.

*

In the dream, the street was unpassable, entirely blocked by armed men on horses, you could neither move forward or back such a compact mass they formed, their presence inexplicable.

Last night, the heat wave concluded on a spectacular storm, Rosa came close for comfort, most impressed before going to sleep on her favorite armchair. I woke up with a start in the night with the feeling of a presence o, tje rppù/ A shadow moved on the chair in front of my desk. When I straightened up, the shadow moved, causing the chair to pivot and the yellow cat jumped out through the window I’d left open.

A few notes jotted down on a scrap of paper yesterday. The first in weeks. About 18, the kid in L’Horloger des Brumes and his astonishment at finding himself in such an unimaginable world.

The unimaginable. Now playing in a nearby neighbourhood. Numbers make concealment so easy. Who can seriously imagine 700 000 people dying of hunger or disease because of a country far away cutting off aid as a waste of its precious money ? It’s only a beginning.

A group of schoolchildren walk by. Six or seven year olds. Twittering, chattering, so nice and easy in this morning’s cool air.

“Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches

et voici mon coeur qui ne bat que pour vous

ne le déchirez pas de vos deux mains blanches

mais qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.”

And constantly in this way, the extreme swings of the human pendulum. Or should I say of the living in its entirety. The way Rosa took in thunder and lightning last night, the first she has ever experienced in her short life. The incapacity to understand the too much. The jarring discrepancies and the paralyzing shock they produce.

So, as an illustration, why this copy I had made of a poster from the early years of the Soviet Union, during one of the literacy campaigns — the young girl inviting her mother to come learn with her. I don’t know, unless it’s because of the campaign in the States to impose the learning of the ten commandements and the reading of the bible in schools, and that same feeling I get of the hijacking of knowledge in order to produce its opposite.

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