
Rêves : On pouvait choisir de reconnaître l’existence d’un autre humain, ou pas, et l’humain en question n’avait rien à dire à ce sujet; puis, un pays où les enfants recevaient une lettre du Père Noël les enjoignant d’être sages pour avoir droit à leurs cadeaux.
Le premier, en lien direct avec cette notion de l’humain, comptabilisé en tant que “matériel biologique” à savoir s’il en coûtera davantage d’évacuer ledit matériel d’une zone contaminée ou de lui raconter des sornettes et de le couvrir de honte s’il développe un cancer (technique bien rodée au Japon avec le désastre des centrales de Fukushima, subissant de plein fouet les effets d’un séisme suivi d’un tsunami) ; le second, rappel d’une chanson américaine de mon enfance. Dont je m’éveille submergée par la honte de l’imbécilité collective de notre espèce.
C’est qu’hier, tout de suite après le rappel de l’admiration de Pierre de Coubertin pour “Monsieur Hitler, un des plus grands esprits constructeurs de ce temps“, après “les Jeux de la croix gammée” de Berlin en 1936, “les Jeux du goulag” de Moscou en 1980, “les Jeux de l’atome” de Tokyo en 2021, après lecture du matériel grand public d’Orano, fabricant de centrales nucléaires françaises, je tombe sur l’information délirante concernant le détricotage complet des règles de surveillance de l’Autorité américaine responsable d’approuver les projets de construction de nouvelles centrales. À coup de décrets présidentiels et vu “l’urgence” de contrer les avancées de la Chine en la matière, ça grouille et magouille et ça lance des constructions de “mini-centrales” modulaires. L’article dans The New Republic suit les destinées d’un certain Isaiah Taylor, 27 ans, “ingénieur auto-didacte” dont les entreprises précédentes tournaient autour de la réparation de voitures et miraculeusement doté de millions pour se lancer dans l’aventure de construction de petites centrales à regrouper par centaines, afin d’alimenter les fameux centre de données des fabricants de systèmes dits d’intelligence artificielle, le tout grâce à la crétinerie galopante de notre espèce. J’ai commencé la traduction de l’article hier, avant de laisser tomber, du moins temporairement. La crétinerie épuise celles et ceux qui doivent la subir. Apparemment, ses effets sur les crétins sont encore plus désirables que ceux des substances illicites (dont ils se régalent aussi).
Plus je réfléchis à la structure de ce livre Oublier Fukushima * et plus j’ai l’impression que la leçon qui s’en dégage est encore plus générale que celle qui nous trouve, plongés dans “le crédo d’une société nucléarisée qui nous fait partager la responsabilité du désastre”. Car la séquence qu’ont développée les tenants du nucléaire suite au désastre de Tchernobyl est celle d’opposer la “transparence” à l’opacité qu’avait pratiquée le gouvernement soviétique à l’époque. Une “transparence” profondément truquée, il va sans dire, pour une politique de l’oubli reposant sur une avalanche de propos techniques et contradictoires, l’imposition du silence, voire de la honte, sur les personnes subissant en première ligne les conséquences d’un accident, pour ensuite célébrer la “résilience” de celles et ceux qui acceptent de sourire à travers l’épreuve. De vrais patriotes, ceux-là, pas comme tous ces chouineurs qui ne font que critiquer le progrès. “Même s’il y avait un accident de ce type tous es ans, je considérerais le nucléaire comme une énergie intéressante” disait le directeur de la division de la sûreté nucléaire à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), quatre mois après Tchernobyl. Que le “matériel biologique humain” se le tienne pour dit. Les plus riches en thunes sauront prendre leurs précautions — du moins, le croient-ils.
Alors. Il me semble que nous vivons à l’échelle collectif quelque chose qui ressemble à la prise de conscience d’une condition médicale mortelle chez l’individu. Le verdict étant : “Vous avez un cancer de stade quatre de ce qui vous permet de continuer”. La panique ne sera d’aucun secours, la dépression non plus. Reste à chacun de voir s’il est possible de déjouer les pronostics. Ou pas.
Et, pour ce faire, d’arrêter d’espérer dans la survenue du prochain homme providentiel, y compris du Père Noël dont les rennes s’embourbent dans la fonte du permafrost.
*Arkadi Filine Oublier Fukushima, Les éditions du bout de la ville, mai 2021
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Dreams: One could choose to acknowledge the existence of another human, or not, said human had no say in the matter; then, a country where children received a letter from Santa Claus, reminding them to be good so as to get their presents.
The first, in direct link with this notion of humans, counted as “biological material” one evaluates to see if it will be costlier to evacuate said material from a contaminated zone, rather than filling his head with nonsense and shaming him if he develops a cancer (a well-practiced technique in Japan after the disaster of the Fukushima power stations, taking a direct hit from an earthquake and a tsunami); the second dream, reminiscent of an American pop song in my childhood. From which I wake up submerged by shame in the collective stupidity of our species.
All this because yesterday, right after a reminder of Pierre de Coubertin’s admiration for “Mr Hitler, one of the greatest builders of our times”, after Berlin’s “svastika games” in 1936, Moscow’s “gulag games” in 1980, Tokyo’s “atom games” in 2021, after reading the public material from Orano, maker of French nuclear power stations, I come across the mind-bending information concerning the total unravelling of of the rules of the US NRC supposed to approve projects for nuclear power stations. With the use of presidential decrees and given the “urgency” of beating Chinese advances in the matter, the wiggling and swarming is in full swing for the launching of modular “mini-power stations. The article in The New Republic follows the life and times of one Isaiah Taylor, 27, a high school dropout and “self-taught engineer” whose previous business ventures involved car repairs, finding himself miraculously holding millions for a launch into the construction of small power stations he would then cluster by the hundreds so as to feed the data centers of the makers of so-called artificial intelligence; all this thanks to the raging boneheaded stupidity of our species. I started translating the article yesterday before giving up, at least temporarily. Dealing with boneheaded stupidity is exhausting for those who must put up with it. Apparently, its effects on the cretins themselves are even more desirable than those of illicit substances (which they also delight in).
The more I think about the structure of the book Oublier Fukushima (Forgetting Fukushima), the more I get the impression that the lesson from it all is even more widespread than the one finding us plunged in “the faith in a nuclearized society making us all share in the responsibility for the disaster“. Because the sequence that was developed by the disciples of nuclear energy after the Chernobyl disaster consists of opposing “transparency” to the opaqueness practiced by the soviet government at the time. A deeply faked transparency, this goes without saying, for a policy of forgetfulness resting on an avalanche of technical and contradictory information, combined with imposed silence, even shaming, of those bearing the full brunt of the accident’s consequences, to then celebrate the “resilience” of those who agreed to smile through the ordeal. True patriots, those, not like all those kvetches who keep criticizing progress. “Even if there was a accident like this one every year, I would consider nuclear energy interesting”, declared the Directior of the nuclear security division at the International Atomic Energy Agency (IAEA), four months after Chernobyl. Let the “human biological material” take good note. Those with the most cash will take their precautions — or, at least, imagine they can do so.
So. I guess what we are experiencing on a collective scale is something like becoming aware of a life-threatening medical condition in an individual. “You have a stage-four cancer of the whatever keeps you going” being the verdict. Panic won’t help, despondency won’t help either. It’s up to you to see if the odds can be beaten. Or not.
And, in order to do so, to stop counting on the arrival of the next providential man, including Santa Claus whose reindeers hooves are mired in the melting of permafrost.