8 mai 2026

En observant Miss Rosa et à son exemple, je me découvre des réserves inexploitées de paresse. Des réserves ? Que dis-je, un gisement, un trésor. Je me réveille, elle est pelotonnée contre moi, je me pelotonne contre elle et je me rendors.

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Hier, en montant vers la ville haute, la semelle s’est détachée à moitié sous ma chaussure gauche, rendant l’exercice un peu périlleux. Parvenue à L’Autrucherie, Renaud m’a remis du papier collant industriel et des ciseaux pour une chirurgie d’urgence sur la chaussure ( efficace), un jeune homme attablée avec son ordinateur m’a adressé un sourire amical…et Charlotte m’a remis le livre que j’attendais avec tant d’impatience. Au moment de repartir, le jeune homme me dit : “Vous ne me reconnaissez pas ?” Euh… “Je suis Mahe, le fils de…” Oui, alors Mahe, la dernière fois que je l’ai vu, il avait 8 ans. Il en a maintenant 19 ou 20, il est en vacances depuis Paris, en train de travailler sur un mémoire qu’il réalise sous la direction d’un jeune sociologue du nom de Benoit Coquard qui travaille sur les jeunes ruraux (dont un livre, Ceux qui restent : faire sa vie dans les campagnes en déclin.) Je raconte à Mahe la petite anecdote sur les deux groupes d’ados devant chez-moi, la veille. Oui, 13-14 ans, le besoin du groupe, du sentiment d’identité qu’il procure et tout ce qui peut s’ensuivre — ici, les vengeances à coup de voitures brûlées tombent avec la régularité que prennent toutes les vendetta “ah oui, c’est comme ça ? Alors, tiens…Ah oui ? C’est comme ça que tu veux la jouer ? Alors…”

Moi, je suis rentrée à la maison où j’ai plongé dans les poèmes de Joseph Brodsky avec un sentiment que je ne saurais décrire autrement que par cette note prise avant de m’endormir : Avec la poésie, la vraie, on entre et on sort du monde par une autre porte, et c’est ce qui est bien. Le poème Post Aetatem Nostram. Par exemple, parmi les autres.

Et les doubles versions du poème Pour Seamus Heaney, un autre parmi mes poètes préférés. Et des Vingt sonnets à Marie Stuart. Et la découverte de l’emplacement du vers servant de titre au livre, dans le poème Nunc Dimittis. Et

———- sans doute

la poésie est-elle par essence

définie par l’absence de frontières

dans Post Aetatem Nostram, justement.

Le bonheur, quoi. Du moins, une de ses définitions, pour moi.

(Et chez les américains, combien sont-ils à savoir que Brodsky fut leur poète lauréat en 1991 ?)

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Un jeune homme doit passer me voir vers 11 heures aujourd’hui, celui dont le père considère que le mot “autisme” n’est pas plus utile que de dire “une table” ou “un homme”, sans préciser de quel type de table ou d’homme il s’agit. Ce jeune, me dit son père, veut apprendre l’anglais pour une raison qu’il me reste à découvrir.

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Ah oui : hier, j’ai aussi traduit vers le français (et publié sur la page facebook Maria Damcheva) cet article au sujet du programme ultra-secret de Moscou (enfin…qui n’est plus si ultra-secret, vraiment) enseignant le hacking et l’ingérence dans les élections. J’ai aussitôt pensé au dernier modèle “Claude” d’Anthropic, celui qui identifie les failles dans la sécurité des logiciels utilisés par toutes les grandes centrales et banques à travers le monde; les hackers doivent être résolument à l’oeuvre pour le hacker, celui-là.

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À Seamus Heaney

Je me suis réveillé à Dublin aux cris des mouettes.

À l’aube, leurs voix sonnaient comme des âmes

tellement massacrées, quasiment squelettes

que ça ne faisait plus la moindre ombre de drame

(traduction André Markowicz en 1994)

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Observing Miss Rosa and following her example, I discover in myself unexploited reserves of laziness. Reserves ? What am I saying, a deposit, a trove. I wake up, she’s curled up against me, I curl up against her and go back to sleep.

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Yesterday while walking up to the upper town, the sole on my left shoe became half undone, transforming walking in something of a risky exercise. When I reached L’Autrucherie, Renaud handed me some industrial strength tape and scissors for an emergency surgery on the shoe (it worked), a young man sitting at one of the tables with his computer gave me a friendly smile…and Charlotte handed over the book I’d been waiting for with such impatience. As I was leaving the young man said “You don’t recognize me ?” Uh…”I’m Mahe, the son of…” Well yes, Mahe, but the last time I saw him, he was 8 years old. He is now 19 or 20, vacationing from Paris where he is working on a thesis under his instructor, a young sociologist by the name of Benoit Coquard who studies young men in declining rural areas (including a book Ceux qui restent : faire sa vie dans les campagnes en déclin. – Those who Stay; living in declining farmlands) . I tell Mahe the small anecdote about the two groups of teenaged boys in front of my place, the previous day. Yes, 13-14 years old, the need for the group, for the sense of identity it provides and all that can entail — over here, the revenge burning of cars occur with the regularity that vendettas take on “oh yeah ? That’s how it goes ? So, here…Oh yeah ? That’s how you want to play ? So…”

Personally, I came home and plunged into Joseph Brodsky’s poems with a feeling I can’t describe otherwise than in what I jotted down before sleeping : With poetry, real one, one enters and leaves the world through a different door, and that’s what’s so good about it. The poem Post Aetatem Nostram. For instance, among the others.

And the double versions of the poem For Seamus Heaney, another of my favorite poets. And the Twenty Sonnets to Mary Stuart. And discovering where the verse occurs in the poem Nunc Dimittis, the one that serves as title to the book. And

—————undoubtedly

poetry is defined essentially

by the absence of frontiers

in Post Aetatem Nostram, precisely.

Happiness, in other words. At least, for me, one of its definitions.

(How many Americans know that Brodsky was their Poet Laureate in 1991 ?)

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A young man is supposed to come by around 11 am today, the one whose father considers that the word “autism” is no more useful that to say “a table” or “a man”, without speciying the type of table or man involved. This young man, his father told me, wants to learn English for reasons I still need to discovers.

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Oh yes : yesterday, I also translated into French (and published on the Maria Damcheva facebook page) this article on Moscow’s top secret (well, no longer so top-secret now) spy school teaching hacking and election interference. I can’t help but think they will certainly get their hands on Anthropic’s latest Claude, the one that identifies all the security risks in existing computer programs used by all the major banks and utilities around the world. The hackers must be hard at work to crack into that one.

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To Seamus Heaney

I woke up in Dublin to the sound of sea-gulls.

At dawn, their voices sounded like souls

so destroyed, almost skeleton-like

not even an ounce of sadness was left in them.

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