9 mai 2026

Rêves : Tout le monde choisissait de se taire sur ce qu’ils avaient dit ou pensé durant la dictature, sauf pour cette personne que tout le monde traitait comme “scandaleuse” de parler ouvertement ainsi, elle, elle avait un sourire qui disait bien ce qu’elle pensait de ces sépulcres blanchis; puis, je consolidais les murs intérieurs sur mon abri dans un sous-sol; puis, j’étais dans un parc, deux hommes devant moi me photographiaient pendant que je riais en leur disant “mais non ! ça n’est pas moi qu’il faut photographier ! Retournez-vous, regardez la colline au soleil couchant comme elle est douce et belle dans cette lumière !”; puis je marchais avec quelqu’un vers une rivière, sur l’autre rive, il y avait beaucoup de chiens, je lui disais que je n’aurais pas le temps de m’y rendre, qu’il y aille, lui, moi, je devais faire demi-tour, ma mère allait m’attendre dans la voiture devant mon travail.

Le dernier bout de rêve combine deux choses : la première, ces images fabuleuses prises par un photographe encerclé par une meute de 9 loups dans un coin perdu où la présence de l’homme n’était pas habituelle et la partie de la chanson “Wayfaring Stranger” qui dit “I’m going there to see my mother, she said she’d meet me when I come, I’m only going over Jordan, I’m only going over home”. Going over Jordan” dans cette chanson veut dire mourir, traverser le Styx, en somme, alors, il faut croire que la mort ne sera pas pour aujourd’hui. Le corps m’avertira, en rêve, probablement. Je parie que c’est ce que le corps fait très souvent, quand la mort se produit d’elle-même.(Ou peut-être même durant le sommeil, ce qui me semble la façon la meilleure de terminer l’aventure.)

Pour ce qu’il en est de tous ces chiens, il faut dire que sur facebook, ces jours-ci, après quelques commentaires concernant les inepties, je passe beaucoup plus de temps à regarder des vidéos d’animaux — éléphanteaux rescapés de désastres et qui retourneront ensuite dans leur savane natale, renards curieux, photographes ou caméras cachées les observant.

Quant à la consolidation de l’abri au sous-sol, dans les brefs extraits saisis sur facebook, hier : celui d’une russe, je ne sais pas dans quelle ville, entourée d’autres femmes et qui dit aux autorités “quoi ? on devrait descendre à la cave pour se retrouver enterrées quand l’immeuble s’effondre ?” Et elle poursuit en attaquant ouvertement le gouvernement, la protection assurée au président Poutine (qu’elle nomme) et l’abandon dans lequel se trouvent les citoyens. Quand l’indignation l’emporte sur la prudence, c’est que la soupe approche le point d’ébullition.

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Sur Poetry Foundation, hier, j’ai découvert le poète Derek Walcott (dont Seamus Heaney et Brodsky admiraient le travail) et oui, il est merveilleux, mais en le lisant, je n’ai pas ressenti cet élan immédiat que m’avait provoqué dès la première lecture Mandelstam, Heaney ou Brodsky. C’était plus comme d’apprécier quelqu’un parce qu’il est l’ami d’amis intimes, alors vous l’appréciez aussi pour cette raison.

Et abandonné la lecture d’un article, écrit en 2020, par un journaliste, grand admirateur de Heaney, de toute évidence, rempli de petits commentaires désagréables concernant l’arrogance de Brodsky. Je trouvais ça ridicule, mais j’ai abandonné la lecture lorsqu’il a prétendu que Brodsky, contrairement à ce qu’avait fait Heaney à son sujet, n’avait jamais écrit un poème dédié à son ami. Comme je venais de relire et la traduction de 1990 par Hélène Henry, intitulé Pour Seamus Heaney, puis celle d’André Markowicz en 1994 À Seamus Heaney, j’ai laissé tombé l’article qui paraît en première place lorsqu’on fait une recherche en anglais concernant le poème en question

et je suis retournée contempler les mastodontes nous survolant et me demander ce qui déclenche le mécanisme libérant les tonnes, littéralement, les tonnes d’eau qu’ils déplacent ainsi.

Ah, sans oublier la réflexion du jeune homme sur pourquoi le petit chinois apprend si facilement le chinois alors que nous, non, parce que le petit chinois, m’a-t-il dit, dès le ventre de sa mère, il entend parler chinois. Très juste. Raison pour laquelle, lui ai-je dit, je suggère toujours d’écouter une langue qu’on veut apprendre, à la radio, dans des films, sans nécessairement chercher à comprendre le sens, mais pour s’imprégner du rythme, de la mélodie de cette langue (tout en faisant des exercices plus structurés aussi, par ailleurs.) Mais cette écoute libre est essentielle, d’après moi.

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Dreams : Everyone had chosen to keep quiet about what they had said or done during the dictatorship, except for this one person that everyone considered “scandalous” because she spoke so openly, and she had a smile that said exactly what she thought of all those hypocrites; then, I was consolidating the inner walls on my basement shelter; then, I was in a park, two men were photographing me while I laughed, telling them “No! You shouldn’t be taking pictures of me ! Turn around and look at that hill, see how soft and beautiful it is in the light of the the setting sun!” ; then I was walking with someone toward a river, on the other shore, there were many dogs, I told him I wouldn’t have time to get there, that he should go, I wouldn’t have the time because I had to turn around, my mother would be waiting for me in the car in front of my workplace, and I woke up.

The last bit of dream combines two things: the first, those fantastic images grabbed by a photographer when he was circled by a pack of 9 wolves in some lost place where man’s presence is not a familiar sight, and the part of the song “Wayfaring Stranger” that says “I’m going there to see my mother, she said she’d meet me when I come, I’m only going over Jordan, I’m only going over home“. “Going over Jordan” in that song meaning to die, crossing over the Styx, in other words, so, I guess death won’t be for today, in my case. The body will let me know, probably in a dream. I bet the body does that very often, when your death occurs on its own. (Or maybe even while I sleep, which strikes me as the finest way to relinquish the lease on the mortal coil.)

As for the dogs, I must say that these days, after a few comments concerning the nonsense on facebook, I spend a lot of time watching animal features — baby elephants recovered in disasters and who will then be returned to the wild, inquisitive foxes, photographed or recorded by hidden cameras filming them.

As for consolidating the shelter in the basement, in the brief excerpts I grabbed on facebook, yesterday : that of a Russian woman, I don’t know in which town, surrounded by other women, and who was saying to the authorities “ what? We should go down into basement to get buried under the collapsed building?” and she continues, openly attacking the government, the protection provided to president Putin (she names him) and the neglect of the citizens. When indignation overrides caution, the soup approaches the boiling point.

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Discovered the poet Derek Walcott on the Poetry Foundation (both Seamus Heaney and Brodsky admired his work) and yes, his work is marvellous, but reading it, I didn’t experience the immediate surge I did when first reading Mandelstam, Heaney or Brodsky’s work. It was more like appreciating someone because he is the friend of close friends, so you appreciate him too.

And gave up reading an article, written in 2020, by a journalist, clearly a great admirer of Heaney, filled with small unpleasant comments about Brodsky’s arrogance. I found this ridiculous, but gave up on the reading when he claimed that Brodsky, contrary to what Heaney had done, had never written a poem dedicated to his friend. As I had just finished re-reading the French translation done by Hélène Henry in 1990 of a Brodsky poem titled For Seamus Heaney, then that of André Markowicz in 1994 which he titled To Seamus Heaney, I dropped the article that appears as the first listing in an English search for the poem in question

and went back to contemplating the mastodons surfing above us, and wondering what mechanism triggers the release of tons, literally, tons of the water being carried around in this manner.

Ah, not to forger the reflection by the young man on why a Chinese child so easily learns Chinese whereas this is so hard for us, because the young Chinese, he told me, hears Chinese from the days when he was in his mother’s womb. Most apt. Reason why, I told him, I always suggest listening to a language one wishes to learn, on the radio, in movies, without necessarily trying to understand the meaning, but to become impregnated with its rhythm, its melody (while also doing more structured exercises, of course.)

But to my mind, that unstructured listening is essential.

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