Le monde comme il va/The world as it goes

Le monde comme il va –

Murray Bookchin et al:

Je n’ai certainement rien contre la bonté, la solidarité et la coopération. Je préférerais vivre dans un monde caractérisé par ces valeurs que dans son contraire. Mes seules questions portant sur : 1)   comment de telles structures politiques peuvent-elles se maintenir à long terme, étant donné la charge importante de participation volontaire qu’elles exigent et 2) Comment les municipalistes libertaires ou autres variantes sur ce thème résolvent-ils le problème de ceux qui A) n’ont pas le moindre désir de vivre dans un tel monde et B) s’adonnent à posséder l’argent et les armes nécessaires pour contrer l’émergence et la prospérité d’un tel modèle?

Que je sois pour la paix et l’amour n’est pas un secret. Semer des graines en ce sens? Je suis tout à fait d’accord. Mais pour ce qui est de l’aube d’un Nouvel Âge de l’humanité… j’ai mes doutes, quand même.

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En fait, après la lecture des Origines du Totalitarisme d’Hannah Arendt, mes doutes sont encore plus grands.

Un monde plus doux, plus gentil serait une bénédiction, à n’en pas douter, pour les humains, les animaux, les végétaux et les minéraux itou. La question la plus difficile étant que faire de l’abyme sans fond du mal radical, une fois qu’il a pu s’exercer, et continue à faire des petits. Face au chaos, on est bien petit…

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Les derniers paragraphes de Les Origines du Totalitarisme:

“Tout comme la tyrannie, la domination totalitaire contient les germes de sa propre destruction.  Tout comme la peur, et l’impuissance d’où jaillit la peur, sont des principes anti-politiques et jettent les hommes dans une situation contraire à l’action politique,  de la même façon l’isolement et la tendance qui en découle à une réflexion logigo-idéologique prévoyant le pire, représentent une situation anti-sociale et contiennent un principe destructeur à tout vivre-ensemble humain. Il n’en demeure pas moins que l’isolement organisé* est considérablement plus dangereux que l’impuissance désorganisée de ceux qui sont dirigés par la volonté tyrannique et arbitraire d’un seul homme. Son danger réside dans le fait qu’il menace de ravager le monde tel que nous le connaissons – un monde où tout semble être parvenu à sa fin – avant que l’émergence d’un nouveau commencement ait eu le temps de s’affirmer.  

*selon moi, les médias dits “sociaux” peuvent être une forme extrêmement efficace ‘d’isolement organisé’, dont l’objectif principal est de maintenir les gens dans une illusion de communauté tout en recueillant et sélectionnant leurs ‘données’ dans le but spécifique de nourrir un besoin d’achat compulsif, aussi vide de valeur que peut l’être le gavage compulsif. Selon ses goûts personnels, on peut trouver des emojis de cœurs battants amusants ou agaçants. Chose certaine, ils n’ont pas plus de valeur permanente que des bulles de savon, et encore moins d’utilité pour régler les problèmes de la “vraie vie”.

“Ces considérations mises à part – dont les pronostics sont de peu d’effets et encore moins de consolation – il demeure que la crise de notre époque et son expérience centrale ont mis de l’avant une forme de gouvernment entièrement nouvelle qui a le potentiel et le danger toujours présent de demeurer avec nous, tout comme d’autres formes de gouvernement qui ont émergé à différents moments de l’histoire et qui reposent sur des expériences fondamentales différentes sont demeurées présente dans l’humanité malgré leurs échecs temporaires – les monarchies, et les républiques, les tyrannies, les dictatures et les despotismes.  

Mais il demeure aussi cette vérité selon laquelle chaque fin dans l’histoire contient nécessairement  un nouveau commencement; ce commencement est la promesse, le seul ‘message’ que la fin puisse jamais produire. Avant de devenir un événement historique, le commencement est la capacité suprême de l’homme; politiquement parlant, il est identique à la liberté de l’humain.  Initium ut esset homo creatus est– ‘afin qu’il y ait un commencement, l’homme fut créé”, dit Augustin. Ce commencement est assuré par chaque nouvelle naissance, il est véritablement chaque humain.” 

Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism

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Illustration: Un moment tranquille de le “vraie vie”:  les figuiers dans le parc sont chargés de fruits mûrs. Je fais provision au retour du marché. Les pommes-grenades, elles, ne sont pas encore tout à fait prêtes.

The world as it goes –

 Murray Bookchin et al:

I certainly have nothing against kindness, solidarity and cooperation. I’d much rather live in a world characterized by such than in its opposite. My only questions being: 1. How do such political structures maintain themselves over time, given the heavy demands they place on voluntary participation? And 2) what do the libertarian municipalists or variations on the theme do with those who A)do not wish for such a world in any way, shape or form and B) Happen to have the money and the weapons to keep such versions of the world from thriving and spreading?

I make no secret of the fact I’m all for peace and love. Planting seeds for same? I’m all for it.  As for its dawning as the New Age of mankind, I have my doubts nonetheless.

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In fact, after reading Arendt’s Origins of Totalitarianism, my doubts are even stronger.

A gentler, kinder world would be a blessing, no doubt about it, for humans, animals, vegetables and minerals alike. How you go about dealing with the darkness, once discovered the bottomless abyss in which radical evil can descend and continues to develop,  being the toughest question of them all. Faced with chaos, we are tiny indeed.

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The final paragraphs in The Origins of Totalitarianism:

“Totalitarian domination, like tyranny, bears the germs of its own destruction. Just as fear and the impotence from which fear springs are antipolitical principles and throw men into a situation contrary to political action, so loneliness and the logical-ideological deducing the worst that comes from it represent an antisocial situation and harbor a principle destructive for all human living-together. Nevertheless, organized loneliness* is considerably more dangerous than the unorganized impotence of all those who are ruled by the tyrannical and arbitrary will of a single man. Its danger is that it threatens to ravage the world as we know it – a world which everywhere seems to have come to an end – before a new beginning rising from this end has had time to assert itself.

*to me, the so-called ‘social media’ can be an extremely efficient form of ‘organized loneliness’ the specific aim of which is to maintain people in an illusion of community while harvesting and  culling their ‘data’ for the specific purpose of feeding an urge for binge buying, as empty of value as binge eating can be.Emojis of pulsating hearts may be amusing or annoying, depending on your personal tastes. What is certain is that they have no more lasting value than soap bubbles and even less practical use for problem-solving in “real life”.

Apart from such considerations – which as predictions are of little avail and less consolation – there remains the fact that the crisis of our time and its central experience have brought forth an entirely new form of government which as a potentiality and an ever-present danger is only too likely to stay with us from now on, just as other forms of government which came about at different historical moments and rested on different fundamental experiences have stayed with mankind regardless of temporart defeats – mornarchies, and republics, tyrannies, dictatorships and despotism.

But there remains also the truth that every end in history necessarily contains a new beginning; this beginning is the promise, the only ‘message’ which the end cane ver produce. Beginning, before it becomes a historical event, is the supreme capacity of man; politcially, it is identical with man’s freedom. Initium ut esset homo creatus est – ‘that a beginning be made man was created’, said Augustine. This beginning is guaranteed by each new birth, it is indeed every man.”

Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism

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Illustration: A quiet moment in “real life”: The fig trees in the park are laden with ripe fruit. I stock up for free on my way home from the market . The pomegranates aren’t quite ripe yet.

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