
Hier soir, au retour d’une soirée passée avec mes voisins et les deux acrobates qui ont lancé l’école de cirque derrière chez-moi, (ceux-là même qui m’avaient construit un logement quand je m’étais soudainement retrouvée à devoir quitter le précédent, en 2018), j’ai terminé la traduction d’un article de Noa Shpigel dans Haaretz résumant “les quatre échecs définissant la coalition de Netanyahou”, coalition qu’elle décrit comme ayant causé “le pire mandat de la Knesset dans l’histoire d’Israël”, il était passé 1 heure du matin quand sont apparues dans ma tête les premières images annonçant l’arrivée du sommeil. J’en fus tirée brusquement par une présence dans la chambre : le foutu chat jaune venait de s’introduire à nouveau en bondissant du trottoir au petit espace ouvert sous la grille protégeant l’accès de l’extérieur. Il est reparti de la même manière dès que je me suis levée. Il était presque 2h quand j’ai terminé le bricolage pour bloquer cette voie d’accès; à voir si cela sera efficace…
Ce chat illustre à merveille la définition du mot “féral” telle qu’elle se trouve sur le livre intitulé Atlas Féral * : “du latin feralis, de fera (bête sauvage”) 1. (Élevage) Qualifie une espèce domestique animale qui est retournée à l’état sauvage.” C’est bien le cas du gros chat jaune “domestique” en principe. Il n’appartient à personne, profite de tout ce qu’il trouve — nourriture, abris, femelles en chaleurs — sans attachements nulle part. Ses prédations le servent bien, lorsqu’on parle de “manger à tous les rateliers”, c’est son cas; si je ne l’avais pas intercepté, il serait allé dévorer la nourriture du chat dans la cuisine avant de repartir vider le bol chez quelqu’un d’autre. Il est, en vrai, l’un des habitants du chapitre 19 dans le Marcovaldo de Calvino.
Et par les voies détournées des synapses dans mon cerveau, il me ramène à la question que je me posais au moment où se mirent à apparaître les personnages précédant l’entrée dans le monde des rêves : l’Etat est-il nécessaire ? Qu’il soit impérial, démocratique, démocratie illibérale ou tyrannie déclarée, est-il nécessaire ? Les humains en ont-ils absolument besoin ? Chose certaine, à toutes les époques et sous tous les climats, ils n’ont pas toujours vécu sous des dirigeants choisis ou imposés. Ou alors, comme chez certains amérindiens, ils se choisissaient certains chefs de guerre, lorsque nécessaire, puis remettaient la gestion des affaires courantes aux femmes en temps de paix. Ou encore, nomadisaient avec leurs bêtes. Ou encore…
En l’état des Etats, la question peut sembler incongrue, mais ce qui me semble incongru, personnellement, c’est de croire qu’il nous faut constamment osciller d’une forme familière de gouvernement à une autre, comme l’ont fait les Romains, entre République et Empire, puis République à nouveau, puis dissolution sous les prédations extérieures, puis nouveaux empires, puis nouvelles républiques, puis…Je ne sais pas. Est-ce vraiment ainsi que les humains doivent vivre ? L’herbe dans le jardin du voisin est-elle nécessairement plus verte que chez soi, et irrésistible pour cette raison même ?
L’Atlas Féral tire ses matériaux du site d’humanités environnementales Feral Atlas: The More-than-Human Anthropocene (www.feralatlas.org )
*Atlas Féral —Histoires vraies et proliférantes des résistances aux infrastructures humaines, sélection de textes et traduction de Marvin Shaffner, editions wildproject CNL 2025
(L’illustration représente la couverture du cahier dans lequel je note les séances de conversations françaises ou anglaises avec les personnes de mon entourage qui souhaitent apprendre l’une ou l’autre langue. Elles ne sont pas les mêmes que celles qui se présentent au moment où je m’endors, mais ça donne une idée. Lors de l’arrivée du chat jaune cette nuit, un personnage venait d’apparaître, vêtu d’un magnifique costume de Polichinelle fait de bouts de ceci et de bouts de cela. Je suis extrêmement reconnaissante à ces endroits dans mon cerveau qui assurent la médiation sur les lisières de l’insoutenable.)
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Last night, when I came home from an evening spent with my neighbours and the two acrobats who launched the circus school behind where I live (the very same who built me an apartment when, in 2018, I had to move suddenly from the one I occupied), I finished the translation of an article in Haaretz by Noa Shpigel summarizing “the four ways in which this Knesset broke Israel”, describing the term under the coalition led by Netanyahu as “the worst Knesset in Israel’s history“. It was past 1am when the first images appeared in my head signaling the arrival of sleep. I was pulled out of them suddenly by a presence in the room : the damn yellow cat had just bounded into the room again through the small open space under the bars protecting from an access from without. He left the same way as soon as I got up. It was almost 2am when I finished jiggering a sort of barrier blocking that access; whether it will be efficient or not…
That cat is a great illustration of of the word “feral” as found in the book titled Feral Atlas: from the latin feralis, from fera (wild animal) 1. (Livestock) Describes a domestic animal species that has returned to wildness.” This is the case for the big yellow cat, a “domestic” one in principle. He belongs to no one, takes advantage of everything he can find — food, shelters, females in heat — with no attachments anywhere. His predations serve him well, when one speaks of someone having a finger in every pie, this describes him perfectly; had I not intercepted him, he would have gone to devour the cat food in the kitchen before taking off to empty the bowl in someone else’s home. He is a living version of one of the inhabitants in chapter 19 of Calvino’s Marcovaldo.
This, through the byways of the synapses in my brain, brings me back to the question I was putting to myself at the moment as the first characters were making their entry from the dreamworld: is the State necessary ? Be it imperial, democratic, illiberal or an open tyranny, is it necessary? Do humans really need it? What’s certain is that all historical periods and under every clime, they did not alway live under leaders, chosen or imposed. Or, as with some native peoples in North American, they would choose some leaders in times of war, when required, and then hand back the handling of current affairs to the women in peaceful times. Or yet again, they led nomadic lives with their animals. Or yet again..
In the state the States are in, the question may seem incongruous, but what strikes me as incongruous, personally, is the belief that we must constantly balance from one familiar form of government to another as the Romans did, between Republic and Empire, then Republic again, then dissolution under outside predations, then new empires, followed by new republics, then…I don’t know. Is this how humans must live, necessarily ? Is the grass in the neighbour’s yard necessarily greener, and more irresistible than your own for that very reason?
L’Atlas Féral takes its materials from the environmental humanities website Feral Atlas: The More-than-Human Anthropocene (www.feralatlas.org )
*Atlas Féral —Histoires vraies et proliférantes des résistances aux infrastructures humaines, sélection de textes et traduction de Marvin Shaffner, editions wildproject CNL 2025
(The illustration represents the cover of the notebook in which I jot down the sessions of French or English conversation with those people around me who wish to learn one or the other language. These are not the same images as the ones that show up when I’m falling asleep but they give a general idea of them. When the yellow cat arrived last night, a character had just appeared, dressed in a magnificent Pulcinella type costume made of of bits of this and bits of that.I’m extremely grateful to those spaces in my brain that mediate on the thresholds of the unbearable.)
Avec près de 80% de la population mondiale qui habite les grandes villes, entassés les uns contre les autres quelle forme de gouvernance peut s’appliquer? La est la question pour moi.
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Je sais. Je le vois bien aussi et je n’ai pas de réponses pré-cuites, évidemment où je ne me poserais pas la question. Chose certaine, l’exploration d’alternatives est impossible sans tenir compte des désastres en cours qui affectent déjà, et affecteront très probablement davantage encore les sociétés contemporaines dans les années qui viennent. Vaste question (je crois qu’avec ton intérêt pour l’histoire, la série de Timothy Snyder sur Hitler et Staline Aujourd’hui devrait retenir ton attention (disponible sur youTube, sa première série de cours à l’Université de Toronto depuis qu’il a quitté Yale).
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Pour ce qui est de T Snyder J’ai déjà attentivement écouté les classes 1 et 2. J’espère pouvoir écouter la troisième plus tard aujourf’hui. Abrazos
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Really worthwhile. Just finished listening to the penultimate one (9). Lots and lots to chew on, notably the notion in class 8 of the fact that all of us live with the thought habits inherited from imperialism, in one shape or another. Anyway, good listening, we can “talk” about it some more later. Abrazos
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Will be happy to do so. My rhythm of intake will be a bit slower than yours
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If a I had a spouse and a household to attend to, I wouldn’t be moving along at the same pace 🙂
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