
J’avais préparé des cartons pour identifier tout le monde mais, avant que je puisse les distribuer, ils s’étaient tous assis autour de la table à bord du navire, des survivants d’un désastre quelconque, certains, très agressifs, se livrant à un véritable interrogatoire au sujet de ma séparation d’avec le père de mon enfant — quand, comment, combien de fois — plutôt que de répondre, je quittais la réunion et je retournais dans ma cabine étroite, l’air y était lourd et oppressant, j’ouvrais l’écoutille pour respirer un peu.
Première question en ouvrant les yeux : Noé avait-il prévu des insectes à bord de l’arche ? Parce que sans insectes à manger, les martinets n’auraient jamais tenu les quarante jours du déluge, à se demander aussi de quoi s’était nourrie la colombe avant son retour d’expédition, rameau d’olivier au bec ? Puis, en vrac, des images de la lie se pavanant dans les postes de pouvoir, images suffisantes en elles-mêmes pour déclencher des nausées, et souvenirs d’un séjour, enfant, à St-André-de-Kamouraska dans la grande maison blanche au-dessus du fleuve et d’une promenade sur les varechs – découverte de l’existence des varechs — à marée descendante (ma soeur aînée, en visite à Kamouraska, la grande maison blanche où elle habite, la grande table dont j’avais été bannie après y avoir vomi en plein repas… mais dans le rêve, c’est moi qui quitte la table, volontairement.)
Je vais mieux qu’hier, quoiqu’encore méfiante à l’idée même de nourriture. Une gastro, sans doute, chopée je ne sais où. J’ai annulé le “cours” d’anglais de ce matin pour le fils de mon voisin. Respirer, en soi, c’est déjà très bien, dans la déferlante du menu des horreurs, devenu habituel. Dehors, quelqu’un s’acharne contre un arbre avec une scie tronçonneuse.
Images d’animaux marins morts, échoués sur les plages en Ukraine. Images des russes tirant sur un navire britannique. Images des flammes enveloppant la cathédrale ancienne à Kyiv. Images de Trump, debout tout seul comme une maquette en carton de lui-même pendant qu’autour de lui, les autres leaders du “G7” papotent entre eux.
Je ne sais pas pourquoi — lu, quelque part ? — I A, en russe, cela donne “Je suis”. (Et le foutu employé à la tronçonneuse, ayant terminé sa pause, a repris son massacre près de la rivière.)
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I had prepared the name cards for everyone but, before I could hand them out, everyone was sitting around the table onboard the ship, survivors of some disaster or other, some of them very aggressive, giving me a real third degree concerning my separation from the father of my child — when, how, how many times — rather than answering, I left the meeting and went back to my narrow cabin where the air was stuffy and oppressive, I opened the hatch to breathe a bit.
First question upon opening my eyes : had Noah planned for insects onboard the Arch? Because without insects to eat, the swifts would never have survived for the full forty days of the deluge, also wondering what the dove fed on prior to her expedition’s return with a olive branch in her beak ? Then, a random flow of images about the scum parading in the power positions, images sufficient in themselves to trigger nausea, and memories of a visit to St-André-de Kamouraska as a child, in the big white house above the river and of a walk through the kelp — discovery of its existence — at low tide (my eldest sister, visiting Kamouraska, the big white house where she is staying, the large table from which I had been banished after vomiting on it during the meal…but in the dream, I’m the one who quits the table, voluntarily.)
I’m better than I was yesterday, although still leery at the very thought of food. Gastro-enteritis, no doubt, picked up who knows where. I cancelled the English “class” for the neighbor’s son this morning. Of itself, breathing is already a fine thing in the onslaught of horrors now part of the customary menu. Outside, someone is hacking away at a tree, relentlessly, with a chainsaw.
Images of the dead sea animals, beaching in Ukraine. Images of the Russian gunning at a British boat. Images of flames engulfing the ancient cathedral in Kyiv. Images of Trump, standing like a cardboard dummy of himself, while the other “G7” leaders hobnob around him.
I dont know why — read, somewhere ? — in Russian, IA means “I am” (in French, AI – “artificial intelligence” becomes IA “intelligence artificielle”. And the damned chainsaw handler has ended his break and gotten back to active hacking by the river again.)