14 juin 2026

À l’illustration ci-haut, il manque The Diary of the Rose dans le recueil de nouvelles d’Ursula K. Le Guin, The Unreal & the Real que j’ai relue hier soir. Publiée d’abord en 1976. L’histoire du journal que tient une jeune femme, médecin de son état, responsable d’examens au “psychoscope” — instrument décelant les sons, images et pensées des patients pour découvrir celles et ceux tentant de masquer des “insatisfactions” qui leur mériteront de subir des électrochocs les rendant atones, aphones et sans danger pour la société. Elon Musk n’avait pas encore créé sa société NeuraLink, alors. Ce matin, le site wordpress me propose un “sujet de rédaction” : est-ce que je crois que les humains habiteront sur Mars, un jour ? Réponse : non, je ne le crois pas.

Les Oeuvres Poétiques d’Iliazd ? Pour un poème qu’il écrivait en 1938-1939 et qui débute comme suit :

Rencontre vide sur rencontre vide

au restaurant, aux lustres des salons,

et quel silence lorsque nous parlons, —

du rien contant le rien, de l’air solide. *

“Mouais…C’est pas très gai, tout ça,” décréterait Betty de l’atelier d’écriture qui semble croire que ma mission existentielle est de la faire rire, pendant qu’elle nous raconte ses rêveries de sable chaud et d’hommes merveilleux entre-aperçus (je suis injuste, parfois l’homme merveilleux surgit d’un bar, où émerge de la mer — bleue, la mer, comme il se doit, les hommes merveilleux n’émergent jamais d’une mer grise, froide et agitée dans les rêveries de Betty.) Demain, pour la dernière séance, je pourrai peut-être lui raconter L’Histoire de l’Epave qui n’était pas une Epave, Saga se déroulant en plusieurs jours – que dis-je, plusieurs mois – ici même devant ma porte. Vous voyez, ce qui s’est passé, c’est que avant son électrocution, il …

Et le cours de conversation française du 10 juin 2025 ? Oui, les gribouillages que m’inspirèrent les élucubrations de la sud-africaine pendant que j’essayais de lui parler du son de la lettre g (dur) et/ou comparable à un j (doux). Entre autres, car le sujet déviait, comme il le faisait toujours dans ces séances. (Je ne sais pas si elles reprendront, elle a décidé qu’elle avait besoin d’une pause en prévision du retour de son mari à la fin du mois; je ne vois pas très bien le rapport, c’est peut-être simplement une façon de m’annoncer par étape qu’elle en a assez des séances de conversation française.)

Les cosmos ont bien levé dans le bac. Dans la cour, l’albizia distribue ses pompons à duvet roses; à l’intérieur, la chatte revient régulièrement s’assurer que je suis toujours là. Elle a quelque chose dans ses comportements qui rappellent ceux d’un chien; comme le chat apparu dans ma vie, puis disparu à nouveau, lorsque j’avais 11 ans et que nous habitions à Chicoutimi. Il ou elle venait m’attendre à la sortie de l’école et me raccompagnait jusqu’à la maison (sans pouvoir y entrer, notre mère n’en voulait pas); je lui rappelais peut-être quelqu’un. Je consulte les données sur Chicoutimi. Les dernières religieuses du couvent du Bon Pasteur sont parties après avoir vendu l’immeuble, qui deviendrait appartements pour étudiants de l’université, parce qu’il y a maintenant une université à Chicoutimi. (J’essaie d’imaginer les appartements – des mini-studios, je suppose – alignés le long de ces corridors interminables.)

Je ne suis guère portée sur la nostalgie. Il n’empêche :l’image du fleuve que ma soeur m’a envoyée l’autre jour s’est imprimée sur ma rétine. Ces présences silencieuses composant la substance impalpable des pensées. Le contraire “du rien contant le rien“, mais tout aussi insubstantiel.

*Iliazd, Oeuvres Poétiques, Traduction et présentation d’André Markowicz, Editions Mesures 2020

*

Absent from the illustration above: The Diary of the Rose, a short story by Ursula K. Le Guin in The Unreal & the Real which I read through again last night. First published in 1976. The story of the diary of a young woman, medical doctor by profession, responsible for administering the “psychoscope” exams — the psychoscope being an instrument detecting sounds, images and thoughts in patients, in order to reveal those attempting to hide “insatisfactions” that will get them subjected to electroshocks rendering them soundless, voiceless and harmless for society. Elon Musk had not yet created his NeuraLink company at the time. This morning, wordpress suggests as a “writing topic”: do I believe humans will live on Mars, some day ? Answer : no, I don’t.

Les Oeuvres Poétiques d’Iliazd ? For a poem he wrote in 1938-1939 that opens with Empty meetings on empty meetings in restaurants, under chandeliers, and such silence when we speak – of nothing describing nothingness, of solid air.

Rencontre vide sur rencontre vide

au restaurant, aux lustres des salons,

et quel silence lorsque nous parlons, —

du rien contant le rien, de l’air solide. *

“Huh…All this isn’t very joyful,” would decree Betty at the writing workshop who seems to think that my existential mission is to make her laugh, while she tells of her dreamy encounters on the warm sand of wonderful, half-glimpsed men (I’m being unfair, sometimes the wonderful man appears in a bar, or rises out of the sea – blue, the sea, as it must, wonderful men don’t rise out of cold grey and choppy ones in Betty’s dreams).For the final session tomorrow, perhaps I can relate for her The Story of the Wreck that wasn’t a Wreck, a Saga unfolding over several days – what am I saying, over several months — right here in front of my door. You see, what happened was, before his electrocution, he hadn’t…

And the French conversation lesson of June 10th 2025 ? Yes, the scribbles inspired by the scattered meanderings of the South-African while I attempted to tell her about the sound of the letter g (hard) and/or comparable to a j (soft). Among other topics, because the subject always veered off course in those sessions. (I don’t know if they will resume, she’s decided she needs a break prior to her husband’s return at the end of the month; I don’t quite see the relationship between the two events, this may simply be a way to slowly break the news that she’s had her fill of French conversation sessions.)

The cosmos have done a good job of sprouting in the flower box. In the yard, the albizia is distributing it’s velvety pink pompom; inside, the cat comes in regularly to check that I’m still around. She has something of the behaviors of a dog; like the cat that appeared in my life, then disappeared again, when I was 11 and we lived in Chicoutimi. He or she would come and wait for me when school was out and walk back to the house with me (without coming inside, our mother didn’t want it); perhaps I reminded him or her of someone. I check out the data on Chicoutimi. The last nuns have left the convent of the Good Shepherd after selling the building that will become apartments for the university students, because there is now a university in Chicoutimi. I try to imagine the apartments – mini-studios, I guess – lined upon along those endless hallways.

I’m not much given to nostalgia. Still: the image of the river my sister sent me the other days is imprinted on my mind’s eye. Those silent presences composing the intangible substance of thoughts. The opposite of “nothing describing nothingness.” But just as insubstantial.

*Iliazd, Oeuvres Poétiques, Traduction et présentation d’André Markowicz, Editions Mesures 2020

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