
Est-ce que je savais pourquoi on avait donné au chien un nom qui ne voulait rien dire et auquel il ne réagissait pas ? Je répondais que ne ne savais pas, par contre, ce que je savais, c’est qu’il fallait dire “sobaka” et non pas “chien” parce que le son du russe lui était familier, alors que le français ne voulait rien dire pour lui, et cette personne tenait le chien sous les aisselles pendant que je lui caressais le poitrail.
Et je songe à mon chagrin d’enfant à l’idée de la petite chienne Laïka, enfermée dans son sarcophage, abandonnée dans l’espace comme un vulgaire objet. Mais aussi, au fait que le féminin des noms d’animaux a si souvent une connotation négative “chienne, “bitch”, “chatte”, “pussy”, comme si, même pour les animaux, on n’accordait pas aux femelles le respect revenant de droit au mâle. C’est pathétique, même pas de niveau cour de récré de CM-2. (Mais où les gamins de CM-2 ont-ils appris leurs injures, si ce n’est des adultes ?)
(Il était 5 heures du matin. Fenêtres ouvertes pour emmagasiner l’air plus frais de la nuit, et les premières vocalise d’un merle qui semblait avoir bien des choses à dire, ce matin. Il est 6 h maintenant, les tourterelles ont pris le relais.)
Les oiseaux rêvent-ils ? Les chiens, oui, il n’y a qu’à observer leurs mouvements de pattes agitées et leurs aboiements étranglés, dans leurs épisodes de “sommeil paradoxal” pour le savoir. Les chats ? Des frémissements musculaires, parfois. Les oiseaux, je ne sais pas.
Ce commentaire, noté à L’Autrucherie hier, où Charlotte, la co-propriétaire, venait de me donner à lire le discours d’ouverture à la rencontre nationale de la librairie : “Désormais, pour réaliser une action et atteindre leur but, les humains doivent d’abord obéir à des machines : fait anthropologique majeur ! Les relations à la technique se substituent progressivement aux relations naturelles du monde. Comment cette obéissance imposée n’aurait-elle pas d’effets sur la vie de l’esprit ?” (Mark Hunyadi). Mais aussi, de la présidente du syndicat français des libraires : “…Déjà, nos clients nous demandent des ouvrages conseillés par ChatGPT qui ne sont pas dans nos bases et que nous ne pouvons pas commander, soit parce qu’il s’agit de faux livres générés par IA paru sur Amazon, soit tout simplement parce que l’IA recommande un titre inventé de toute pièce, et qui n’a jamais existé même artificiellement.”
Hier, parmi toutes les horreurs, lu sur Haaretz : exploration en Israel d’une caverne qu’auraient occupés des prédécesseurs de néanderthal et de sapiens et qui se fabriquaient des outils — grattoirs, couteaux — à partir de silex taillés.
Dans ma tête, images d’un roman écrit il y a des années de cela, se déroulant dans une ville américaine fictive dans le nord-ouest de la Floride, au bord du Golfe du Mexique. J’avais appelé la ville Emerald City et titré l’histoire The Crabwalker. Tourne dans ma tête la chanson de Crosby Stills and Nash qu’écoutait la travailleuse sociale, “You who are on the road must have a code that you can live by…”
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Did I know why the dog had been given a name that didn’t mean anything and to which he didn’t respond? I answered I didn’t know but that what I did know was we should say “sobaka” and not “dog” because the sound of Russian was familiar to him whereas French didn’t mean a thing for him, and this person was holding up the dog while I stroked its chest.
And I recall my childhood grief at the thought of the little bitch Laïka, enclosed in her sarcophagus, abandoned in space like some vulgar object. But also to the fact that the feminine of animal names so often have a negative connotation, “chienne”, “bitch”, “chatte”, “pussy”, as if as if, even for animals, one didn’t show the respect to females that was officially owed to the males. Pathetic, really, not even at a grade 6 schoolyard level. (But then, where did the grade 6 kids pick up their taunts, if not from adults?)
(It was 5 am. Windows open to store up the cooler night air, and the first calls of a blackbird who seemed to have a lot to say, this morning. It is now 6, the doves have taken over.)
Do birds dream? Dogs, yes, you only need to watch the way their paws move and hear their strangled barks during their episodes of “paradoxical sleep” to know that. Cats? Muscular twitches, at times. Birds, I don’t know.
This comment, jotted down at L’Autrucherie where Charlotte, the co-owner, had just handed me a copy of the opening speech at the national meeting of bookstores : “Henceforth, in order to effect an action and attain a goal, humans must first obey machines : a major anthropological fact! Relationships with technique are progressively substituting themselves to natural relationships with the world. How could this imposed obedience not affect the life of the spirit ?” (Mark Hunyadi). But also, the following from the president of the French Bookstore Owners’ Union: “…Already, our customers are requesting books recommended by ChatGPT that are not in our data bases and which we can’t order, either because they are fakes generated by AI and showing up on Amazon, or because the AI has simply recommended a title it invented, and that never existed, even artificially”.
Yesterday, among all the horrors read on Haaretz: explorations in Israel of a cavern that would have been occupied by predecessors of both neanderthal and sapiens and who made tools — scrapers and hand knives — out of chipped flint.
Images float up from a novel I wrote years ago, taking place in a fictional town in the Northwestern part of Florida, on the coast of the Gulf of Mexico, I had called the town Emerald City and titled the story The Crabwalker. Playing in my head, the song by Crosby Stills and Nash that the social worker listened to “You who are on the road must have a code that you can live by…”