19 mars 2026

Illustration : Camille Messager

Rêve : Une voix disait de chanter, qu’il n’y avait que le chant qui pourrait guérir les blessés.Le Sparring Partner de Paolo Conte jouait en sourdine.

Je ne demanderais pas mieux; entretemps, j’aurai beau chanter, les allergies printanières seront au rendez-vous et dans les infos, le niveau de conneries atteindra chaque jour un nouveau record et, délaissant la connerie de la veille, il n’y en aura plus que pour la connerie la plus récente pour maintenir une indignation dont tous semblent se délecter, au fond. Enfin, pas “tous”, j’exaggère, mais que les réseaux sociaux s’emploieront à amplifier. Noyer le poisson dans l’indignation impuissante. épuisant les gens dans des batailles numériques inutiles. Le virtuel que les propriétaires des réseaux s’empressent d’offrir sur le marché des données dont se nourrissent politiciens véreux et créateurs de pubs et allez hop, une autre louchée de enrichissement-instantané-l’amour-à-votre-portée-vivez-éternellement, suffit de cliquer et de fournir votre code bancaire. De sorte que j’en arrive régulièrement au point de me demander s’il y a une véritable utilité dans le fait de partager, traduit ou pas, autre chose au sujet du désastre se jouant présentement à l’échelle mondiale. Ce sont des moments où je me reconnais dans le quatrième membre du quatuor ci-haut, le poisson qui décide de replonger dans la mer, laissant les trois autres poursuivre les impossibles : se tenir debout, respirer et chanter chacun sa partie de la partition.

Quoiqu’il en soit…Un des personnages dans L’Horloger s’est fendu d’un ou deux paragraphes, hier. Lorsqu’il était plus jeune, le pauvre gamin s’imaginait qu’il pourrait toucher le bleu du ciel, un jour, il le croyait tout proche, vraiment, à toucher du doigt si on s’en donnait la peine. Il commence à comprendre que le bleu là-haut sera toujours inatteignable pour lui.

Pendant qu’ici, la bête continue à se rouler dans sa fange, présentant fièrement sa bedaine dégoûtante à la dévotion de tous, et que Sparring Partner continue de jouer en sourdine. En terme de chanson, ça se rapproche beaucoup plus de mon humeur actuel que le We Shall Overcome de mes jeunes années, aucun doute là-dessus.

*

Dream :A voice said to sing because only song could heal the wounded. Paolo Conte’s Sparring Partner was playing in the background.

I would be more than happy to comply; in the meantime, I can sing all I like, the springtime allergies will still be right on time and in the news, the level of stupidities will reach a new record each and every day so that, disregarding yesterday’s nonsense, there will only be attention paid to the latest one to grow indignant over, an indignation that seems to delight everyone, in the long run. Well, no, not “everyone”, I’m exaggerating, but one that social media will do their best to amplify. “Drowning the fish” in powerless indignation, exhausting people in useless digital battles. The owners of the networks then rush to offer all that on the data market to corrupt politicians and ad creators and here we go with yet another ladle full of get-rich-find-love-live-forever blather, all that’s needed is the code to your bank account. So that I regularly reach a stage where I wonder if there’s any useful point to sharing, in translation or not, anything further on the world-wide disasters playing out. Those are the times when I identify with the fourth fish in the quartet above, the fish that decides to plunge back into the sea, leaving the three others to their impossible tasks : standing up, breathing and each one singing his own part of the score.

Anyway…One of the characters in L’Horloger piped up for a paragraph or so yesterday. When he was younger, the poor kid thought he would touch the blue of the sky some day, he thought it was close, really, close enough to touch if you only went to the trouble . He’s beginning to understand the blue up there will always be unreachable for him.

While over here, the beast keeps wallowing in its own mire, proudly displaying its disgusting underbelly for all to workship and Sparring Partner goes on playing in the background. As far as singing goes, it feels closer to my current mood that the We Shall Overcome of my fervent younger days, no doubt about that.

2 comments

  1. “partager” sur les “réseaux” ” sociaux” (tous ces mots méritent leur guillemet et d’être écrit en italique, tellement leur sens a été dévoyé, retortillonné et retourné comme des crèpes) ?
    Oui, l’idée est belle, de proposer des infos et d’autres façons de lire l’actualité ou le reste ; mais noyée dans ce mic mac en peau de tambour sur laquelle chaque meute tape aussi fort que possible, franchement, c’est comme d’écouter Paolo Conte en même temps que les Tambours du Bronx (avec tout le respect que j’ai pour les Tambours du Bronx ; j’aurai pu dire la batterie fanfare de la gendarmerie de Montluçon).

    il vaut mieux essayer de toucher le bleu du ciel en tendant la main !

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    • sans parler de toutes ces pubs, “recettes” avec fromage s’écoulant au ralenti et/ou fourchette piquant le succulent morceau avant une élévation au ralenti aussi…Mais, quand même, de temps à autre, comme dans tout tohu bohu, on croise un article intelligent qui vaut le déplacement…Toucher le bleu du ciel, hm…chose certaine, le gamin découvrira un monde qu’il n’avait même pas imaginé en rêve ! 🙂

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