3 mars 2026

(Mais, en fait, c’était la chambre 220 /But in fact, it was room 220. )

Ouf. Donc, le mardi 24 février, je me suis rendue à Albi pour un rdv avec le chirurgien vasculaire. À l’examen du dossier, et au vu des quatre incidents neurologiques préoccupants , il est effaré que la prise en charge ait tant tardé, opte pour une hospitalisation d’urgence. Chirurgie prioritaire, au petit matin du 25, séjour aux soins intensifs, puis transfert en chambre double au service de neurologie d’où je viens de rentrer, avec la divine perspective de dormir enfin, loin de la Reine de la Sonnette, convoquant les infirmières au quart d’heure pour un pipi (inexistant), un verre d’eau, une fenêtre à ouvrir ou à fermer, un caca intempestif et des plus odorants, un autre pipi inexistant, un… Révolte des infirmières hier soir, (mais elles savent bien qu’elles en ont encore juste qu’à ce qu’il se trouve une place disponible en centre de ré-éduc pour la Fée Clochette.)

Moi, je me baladerai dorénavant avec une cicatrice de 15 cm au cou (une seconde, déjà prévue en mai du côté gauche.) Cordes vocales intactes et facultés intellectuelles aussi, j’ai vérifié en traduisant vers le français une version anglaise d’un poème de Josef Brodsky. Je ne sais pas si la version originale est en russe mais le mot “ripened” en anglais ne m’a pas paru juste, se traduisant par “coulant” pour un fromage; un fromage à trous serait plutôt “racorni” à mon avis :

…et au mot « avenir », des essaims de souris

surgissent de la langue russe, 

rongeant un bout de mémoire bien racorni, deux fois plus troué qu’un vrai fromage.

Tant d’années plus tard, qu’importe qui ou quoi

se tenait dans l’angle, masqué par d’épais rideaux

Et dans ta tête ne résonne rien d’autre que leurs froissements, et pas le ’do’ des séraphins. 

La vie, que nul n’ose juger plus que la gueule du fameux  cheval donné,

grimace de toutes ses dents à chaque rencontre.

Ce qui reste d’un homme se résume à une partie. Sa partie vocale.  Partie de discours. 

… and when “the future” is uttered, swarms of mice

rush out of the Russian language and gnaw a piece

of ripened memory which is twice

as hole-ridden as real cheese.

After all these years it hardly matters who

or what stands in the corner, hidden by heavy drapes,

and your mind resounds not with a seraphic “do,”

only their rustle. Life, that no one dares

to appraise, like that gift horse’s mouth,

bares its teeth in a grin at each

encounter. What gets left of a man amounts

to a part. To his spoken part. To a part of speech.

Josef Brodsky

Au vu des circonstances, et de l’état déplorable de la Reine de la Sonnette suite à un avc, ce poème occupe dorénavant une place spéciale dans mon répertoire de favoris.

Pendant ce temps, et pendant que la fille de cette dame s’interroge toujours à savoir si l’aligot se congèle aussi bien que la brandade, je vois que les chefs d’état à cravates et à cerveaux de sauriens attardés font ce qu’ils savent faire le mieux quand il faut distraire le bon peuple des scandales domestiques. L’Iran ayant décrété la fermeture du détroit d’Hormuz aux pétroliers alimentant l’économie mondiale, Poutine sera heureux d’apprendre que le prix du baril de brut pourrait s’envoler vers les $100. Hausse de prix à craindre sur l’aligot autant que sur la brandade.

*

OK. So, on Tuesday February 24th, I went to Albi for an appointment with the vascular surgeon. After reviewing the file and considering the four worrisome neurological incidents, he was astounded that I hadn’t been treated yet, and opted for an emergency hospitalization. Priority surgery early on the morning of the 25th, transfer to intensive care, then to a double room in neurology from where I’ve just come home, with the divine perspective of sleeping at last, far from the Queen of the beeper, calling the nurses every fifteen minutes for a pee (nonexistent), a glass of water, a window to open, a window to close, an unexpected and most pungent bowel movement, another nonexistence pee, a… Rebellion of the nurses last night (but they knew full well this would go on until they can find an available space in a re-habilitation center for Tinkerbell.

As for me, I’ll now stroll about with a 15 cm scar on my neck (a second one already planned for May, on the left side). Vocal chords intacts, so are my intellectual faculties, I checked by translating into French an English version of a poem by Josef Brodsky. I don’t know if the original version was in Russian, but the word “ripened” in English didn’t strike me as the right one, since this would translate as “coulant” (“runny”) for a cheese; an old piece of cheese with holes would be hardened or dried-up, in my opinion :

…et au mot « avenir », des essaims de souris

surgissent de la langue russe, 

rongeant un bout de mémoire bien racorni, deux fois plus troué qu’un vrai fromage.

Tant d’années plus tard, qu’importe qui ou quoi

se tenait dans l’angle, masqué par d’épais rideaux

Et dans ta tête ne résonne rien d’autre que leurs froissements, et pas le ’do’ des séraphins. 

La vie, que nul n’ose juger plus que la gueule du fameux  cheval donné,

grimace de toutes ses dents à chaque rencontre.

Ce qui reste d’un homme se résume à une partie. Sa partie vocale.  Partie de discours. 

… and when “the future” is uttered, swarms of mice

rush out of the Russian language and gnaw a piece

of ripened memory which is twice

as hole-ridden as real cheese.

After all these years it hardly matters who

or what stands in the corner, hidden by heavy drapes,

and your mind resounds not with a seraphic “do,”

only their rustle. Life, that no one dares

to appraise, like that gift horse’s mouth,

bares its teeth in a grin at each

encounter. What gets left of a man amounts

to a part. To his spoken part. To a part of speech.

Josef Brodsky

Given the circumstances, and the deplorable condition of the Queen of the Beeper following a stroke, this poem now occupies a special place in my repertoire of favorites.

Meanwhile, as the woman’s daughter goes on pondering the existential question of whether aligot (mashed potatoes, beaten into a stringy concoction of cream and melted cheese) takes to the freezer as well as brandade does (codfish pureed with garlic and cream), I see that necktied heads of state with the brains of retarded saurians are busy doing what they do best when they have to distract the good people from domestic scandals. Iran has decreed the closing of the Hormuz Straight to oil transits nourishing the global economy, Putin should be pleased to hear that the price of a barrel of crude could climb up toward $100. Indeed, a rise in the cost of both aligot and brandade is to be feared.

*

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