8 août 2025

Ils mentaient tellement qu’on ne savait plus quoi penser, mais quand ils disaient qu’ils allaient construire un réacteur nucléaire sur la lune, il fallait les croire ou pas ? Impossible de les arrêter, même quand ils cessaient de les utiliser, les armes continuaient toutes seules, ils habitaient une dépression à l’extérieur du village où nous étions aller récupérer les armes; il fallait s’occuper de patients inguérissables, les soins prenaient des heures, même quand on n’était pas de service, on ne pouvait pas vraiment s’éloigner au cas où on aurait besoin d’un coup de main pour les sortir ou les remettre dans leurs poumons d’acier.

Directement inspirés des actualités, ces rêves, dont l’info au sujet d’un projet de réacteur nucléaire sur la lune, et une image d’une pièce immense remplie des fameux poumons d’acier des années 50, lors de la grande crise de la polio, avant la découverte du vaccin du Dr Salk.

Et, pendant que je travaillais le calendrier menant de 1974 à 2184 dans L’Horloger des Brumes, la notice selon laquelle l’OMS avait déclaré la variole officiellement éradiquée en 1980. C’était sans compter le choix du Secrétaire pour la Santé aux Etats-Unis qui est un anti-vax; la variole est de retour, le monsieur ne voulant pas s’immiscer dans la liberté de choix des parents, le vaccin est entièrement une question personnelle. Frida Boccara se met à chanter dans ma tête : “Il y aura cent mille chansons quand viendra le temps des cent mille saisons…” C’était en quelle année, cette chanson ? Google répond : 1968. (Je viens de la ré-écouter. En fait, elle est parfaite comme chanson préférée de Sophie, la jeune femme qui tient un mini-journal de ses journées dans le 1974 de L’Horloger des Brumes.)

(Et vérifié la météo. Nous entrons dans une série de journées entre 36 et 40°C (ce qui veut toujours dire quelques degrés de plus là où j’habite. Fermer les écoutilles…)

Tout ça me fait penser aux dernières lignes d’un texte écrit par Daniil Harms le 28 juin 1931 : “Ces jours-là, le diable déambulait dans les rues sous l’apparence d’un horloger qui proposait ses services.” *

Et le diable dans Le Maître et Marguerite aussi, bien sûr, demandant comment l’homme pouvait prétendre diriger quoi que ce soit sans un plan précis couvrant quelques millénaires au moins et encore moins la certitude d’être encore en vie à la fin de la journée ? Les multimilliardaires du jour sont bien d’accord avec lui; ils rêvent qu’ils vont trouver le secret de l’immortalité et contrôler tout, une fois qu’ils auront fini de démanteler la démocratie, ou plutôt, se qui se débat encore pour devenir la démocratie. À chacun ses ambitions. Le monde en a vu d’autres, mais la ré-apparition de dinosaures, sous forme humaine, cette fois ? Je parie que ça n’était pas davantage prévu que leur tour de piste précédent sur la planète.

L’illustration du jour n’a rien à voir d’autres qu’avec la modestie de mes propres ambitions et la présence sur ma table de travail de ce petit copain, fait à la main par une dame à Genève, et acheté à l’époque où mon boulot me faisait voyager beaucoup, physiquement, les voyages se produisant surtout devant cette table-ci maintenant.

*Daniil Harms, Poèmes et Proses, Traduction, préface et notes d’André Markowicz, Editions Mesures 2020

*

They lied so much you didn’t know what to think but when they said they were going to build a nuclear reactor on the moon, were you supposed to believe them, or not? Impossible to stop, when they stopped using them, the weapons continued on their own, they lived in a hollow outside the village where we had gone to recover the weapons; you had to take care of incurable patients, the care took hours, even when you weren’t on duty you couldn’t really go too far in case there was need for help in removing them or putting them back into their iron lungs.

Directly inspired by the news, these dreams were, including the one about a projected nuclear reactor on the moon, and a photo of a huge room filled with the famous iron lungs of the fifties, during the great polio crisis, followed by the discovery of the vaccine by Dr Salk.

And while I was working on the timeline going from 1974 to 2184 in L’Horloger des Brumes, the notice from the World Health Organization in 1980 declaring the official eradication of measles. This could not take into account the choice of an anti-vaxxer as Secretary of Health in the States; measles are back, the man not wanting to interfere with the parents’ freedom, the vaccine is entirely a personal issue. Frida Boccara starts singing in my head : “There will be one hundred thousand songs when the time will come of the one hundred thousand seasons…” In what year was that song? Google answers: 1968. (Just listened to it again. In fact, it’s the perfect song as the favorite of Sophie, the young woman who keeps a diary in the 1974 of L’Horloger des Brumes.)

(And checked weather predictions – we’re moving into a run of days at 36 to 40° C predicted which means a few degrees extra where I live. Latching down.)

All this makes me think of the last lines in a text Daniil Harms wrote on June 28th 1931 : “In those days, the devil wandered down the streets in the appearance of a watchmaker offering his services.”

And the devil in The Master and Margarita too, of course, asking how man can claim to direct anything whatsoever without a precise plan covering a few millennials at least and even less assurance they will still be alive at the end of the day? Our current billionaires totally agree with him; they dream of finding the secret to immortality and controlling everything, once they will have finished dismantling democracy – or what is still struggling to become democracy, in fact. To each one’s own ambitions. The world has seen and been through a lot of other stuff, but the re-appearance of the dinosaus, this time in human form? I bet that wasn’t any more expected than was their previous lap on the planet. Et le diable dans Le Maître et Marguerite aussi, bien sûr, demandant comment l’homme pouvait prétendre diriger quoi que ce soit sans un plan précis couvrant quelques millénaires au moins et encore moins la certitude d’être encore en vie à la fin de la journée ? Les multimilliardaires du jour sont bien d’accord avec lui; ils rêvent qu’ils vont trouver le secret de l’immortalité et contrôler tout, une fois qu’ils auront fini de démanteler la démocratie. À chacun ses ambitions. Le monde en a vu d’autres, mais la ré-apparition de dinosaures, sous forme humaine, cette fois ? Je parie que ça n’était pas davantage prévu que leur tour de piste précédent.

The illustration for the day has nothing to do with anything other than the modesty of my own ambitions and the presence on my work table of this little buddy, hand made by a woman in Geneva and purchased back in the days when my job had me travelling a lot, the travels mainly occurring in front of this table nowadays.

6 comments

    • Alors là…! Il est vrai que Harms avait tenté de survivre par le biais d’une édition de livres pour enfants…jusqu’à ce que même cette voie lui soit interdite mais…j’avoue que les bras m’en tombent. (Et c’est dans quelle édition de ses oeuvres ? Personnellement, j’en ai plusieurs : la traduction de Jean-Philippe Jacquard chez Christian Bourgeois Editeur, la version bilingue, traduction de Eva Antoninkov dans la petite collection de poèmes des editions Héros-Limite (laquelle, à la “limite” pourrait bien se retrouver dans une section pour enfants) et dans la traduction d’André Markowicz aux Editions Mesures (ma préférée, mais on l’aura remarqué, j’ai un faible pour tout ce que publient les Editions Mesures
      🙂 )

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