
Rêves : des éléments de DOGE prenaient contrôle de mon ordinateur par le biais d’une bouche artificielle énorme; puis, il fallait prouver que je savais mentir, je me retrouvais toute seule dans une immense salle de cinéma aux portes grandes ouvertes ce qui me laissait inquiète d’une attaque par derrière, je fermais les portes et je déplaçais le fauteuil (une chaise de cuisine), juste avant, j’étais à l’extérieur à chercher le numéro de téléphone du cinéma, une autre femme à qui je le demandais ne se souvenait pas du nom du cinéma, je portais un genre de turban pour préserver ma tête des coups imprévisibles; puis le téléphone sonnait, sonnait, puis s’arrêtait, je recomposais le numéro, ma fille répondait et raccrochait, furieuse, en constatant que c’était moi, elle avait emmené deux types qui squattaient chez moi en foutant le bordel partout, j’avais très hâte qu’ils s’en aillent.
Les nouvelles en bouts de ficelles depuis Montréal : ma fille aurait obtenu son congé de l’hôpital après avoir convaincu un juge qu’elle n’avait pas besoin d’anti-psychotiques. Tout comme, je suppose, elle s’était vantée durant son séjour ici, de la facilité avec laquelle elle faisait “marcher” le psy qui la suivait. Qu’elle ne prenne pas de médicaments, personnellement, je dirais très bien si elle revenait sur les rives de la réalité commune par ses propres moyens. Je crois plutôt qu’elle ne s’en croira que plus forte à se jouer de tous ces imbéciles que nous sommes. J’y peux quelque chose ? Rien du tout, sauf suivre les méandres de mes propres pensées qui l’accompagnent, un peu comme la mère de Perséphone recherchant sa fille enlevée par le dieu des enfers. Tout en faisant de mon mieux pour vivre ma propre vie au milieu des cahots, ceux-là et tous les autres.
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Hier matin, la Sud africaine m’a invitée à cueillir des cerises sur un vieil arbre couvert de lichens en bordure du précipice donnant sur le lac. J’en suis revenue avec les fruits et des fleurs “voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches, et voici mon coeur qui ne bat que pour vous“, et cetera. Des cerises, j’ai fait un clafoutis que j’ai apporté au repas que Rustine prépare tous les jeudis soirs pour les désargentés qui y mangent gratos ou en contribuant ce qu’ils peuvent. Quand je suis repartie, une vingtaine de personnes profitaint du premier service et mon ouïe ne supportait plus le brouhaha. Solidarité, réciprocité, pourquoi ces notions rebutent-elles ma fille à ce point ? (Au détour d’une page ouverte dans un livre chez la Sud africaine : “when deep-held grief turns to grievance” (quand le chagrin profond se transforme en grief). Grevé de griefs nés de chagrins “trop pénibles” qu’on ne veut pas voir. Quelque chose comme ça. Les salauds en profitent, et comment, proposant des “amis intimes” artificiels à coût vraiment minime.
Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches et voici mon coeur qui ne bat que pour vous, ne le déchirez point de vos deux mains blanches mais qu’à vos yeux si beaux, l’humble présent soit doux.
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Dreams: Elements from DOGE took control of my computer via an enormous artificial mouth; then, I had to prove I knew how to lie, I found myself alone in a huge movie house with doors wide open which left me worried of being attacked from the rear, I closed all the doors and moved my seat (a kitchen chair), just before that I had been looking for the cinema’s phone number, a woman I had asked couldn’t remember the name of the place; then, a phone was ringing, ringing, then stopped, I re-dialed the number, my daughter answered and hung up in a fury when she realized it was me, she had brought two guys over who were squatting my place and making a mess everywhere, I was anxious for them to leave.
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News from Montreal, like bits of string: my daughter obtained her discharge from the hospital after convincing a judge she did not need anti-psychotics. The same way, I supposed, that she bragged when she was here about how easy it was to fool the psychiatrist following her. Personally, that she not be on anti-psychotics, I would say well and good if she managed to get back to the shores of shared reality by her own means. But instead, I think it will simply convince her she is stronger than all the fools we all are. I can do something about it? Nothing whatsoever, except to follow her through the meanders of my own thought processes, a bit like Persephone’s mother searching for her daughter taken away by the god of Hades. While doing my best to live my own life through these bolts and lurches, those and all the others.
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Yesterday morning, the South African invited me to pick cherries off an old lichen covered tree on the edge of the cliff leading down to the lake. I came back with fruit and flowers like in Verlaine’s poem “voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches, et voici mon coeur qui ne bat que pour vous“, and all that. With the cherries, I prepared a clafoutis I brought over to the shared meal Rustine serves up every Thursday night for the unmoneyed ones who eat for free or for whatever they can afford. When I left, some twenty people were taking advantage of the first service and my hearing couldn’t stand the hubbub anymore. Solidarity, reciprocity, why are these notions so off-putting for my daughter? (On a page opened at random in a book at the South African’s home: “when deep-held grief turns to grievance”. Burdened with griefs born of sadness “too painful” one does not want to see. Something like that. And the bastards take advantage of that, and how, offering artificial “intimate friends” at truly reasonable prices, really.
Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches et voici mon coeur qui ne bat que pour vous, ne le déchirez point de vos deux mains blanches mais qu’à vos yeux si beaux, l’humble présent soit doux.