
Après une regard sur facebook, je vois que les propos intelligents et les stupidités sans nom se sont très bien débrouillés sans moi. Le décalage total entre la réalité de ce qui se passe en Ukraine, au moment même où j’écris ces lignes; le monde dans lequel je vis; et celui que j’ai visité pendant la weekend, forment comme des morceaux parmi les millions d’autres à l’intérieur d’une kaléidoscope bizarre où les morceaux s’assemblent et se ré-assemblent sans se toucher. Et dans ces millions de pièces, rares sont les personnes à s’imaginer que leur monde n’est pas tout ce qui existe et qui compte vraiment.
Lorsque je suis partie samedi, la nouvelle de l’explosion du pont de Kerch venait de tomber et les images vidéo se multipliaient. Puis, pour moi, silence total sur les suites, durant la traversée de la Montagne noire en direction de la mer, par la route sinueuse traversant les forêts. Silence radio, silence télé, silence téléphone, plaisir de l’entre-saison à la mer, en l’absence des corps affalés comme des goémons, chacun accompagné de sa musique criarde. Le sable, juste, avec des traces de pattes d’oiseaux; le déroulement des vagues, le ressac, l’écoulement chuintant, puis la vague suivante. Splendide cadeau d’anniversaire d’une amie; et puisque l’idée, c’était d’être au plus près de l’eau, elle avait loué dans l’un des nombreux villages à destination touristique de long de la côte.
Un lieu de cette obscénité tranquille d’une certaine classe aisée dans son entre-soi, en France comme ailleurs, vivant selon les mêmes codes : zones plus privées que d’autres à l’intérieur même de zones entièrement consacrées à l’immobilier des vacanciers. Le tout d’une propreté irréprochable, ai-je besoin de le préciser.
Le port avec ces milliers de voiliers et autres bateaux de plaisance. Leurs bassins bordés de restaurants où le moindre menu du jour débute à 30€. Chiens de taille et de races diverses – mais tous de race et toiletté de Chez Ô Poils. À la poissonnerie, le patron – a-t-il un sens de l’ironie affutée ou son contraire ? – offre un plateau de fruits de mer à 199 € pour 6 à 8 personnes sous le nom de “Le Titanic“.
Et le détail qui tue: le long de toutes ces Rue de la Mouette, Rue du Goéland, Rue de l’Albatros, le long des avenues et autres voies de passage: les lampadaires municipaux, surmonté d’un hérisson de tiges métalliques pour éviter qu’un oiseau ne s’y pose et aie l’outrecuidance de chier sur la tête de la dame sortant de sa voiture pour ses trois pas jusqu’à sa porte.
Un lieu entièrement consacré aux plaisirs d’une classe aisée dont on devine sans peine les affinités politiques avec tout discours assurant que « La Sécurité est la Première des Libertés. »
J’allais oublier : les affiches au mur, « Jeux de ballons interdits ». Parce que chacun sait à quel point le bruit répétitif d’un ballon, accompagné de cris d’enfants est aussi insupportable qu’un caca d’oiseau sur une voiture.
La guerre ? En Ukraine ? Ah, ne m’en parlez pas ! Il y a vraiment des gens qui ne savent pas vivre !
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After a glance on facebook, I see that intelligent words and astounding stupidities carried on very well without me. The total shift between the reality of what is occurring in Ukraine while I’m writing these lines; the world in which I live; and the one I visited during the weekend, are like some of the pieces among the millions of others inside an odd kaleidoscope where pieces assemble and re-assemble without touching. And in these millions of pieces, rare are the people who imagine that their world is not all that exists and really counts.
When I left on Saturday, news of the explosion on the Kerch bridge had just arrived and video images were multiplying. Then, for me, total silence on the consequences, during the crossing of the Black Mountain toward the sea, following the winding road through the forest. Total radio, tv, telephone silence, the pleasure of the off-season at the seashore, in the absence of bodies glomped down on the beach like so many pieces of seaweed, each accompanied by its own loud music. The sand, bare, with only traces of bird prints; the unrolling of the waves, the sound of the surf, the water sifting back down, then the next wave. The splendid birthday present by a friend; and since the whole idea was to be as close to the shore as possible, she had rented in one of the many tourist villages along the coast.
A place of that quiet obscenity of a certain class of wealthy people who always stick to their own, in France as elsewhere, abiding by the same codes: some zones even more private than others inside zones entirely devoted to housing for vacationers. All of it irreproachably clean, do I even need to mention it.
The harbour with its thousands of sailboats and other leisure boats. Their basins surrounded by restaurants where the slightest daily menu starts at 30€. Dogs of various sizes and breeds – but all of them thoroughbreds, finely groomed at Chez Ô Poils. At the fishmonger’s, the owner – does he have a particularly sharp sense of irony or the opposite ? – offers a seafood platter at 199€ for 6 to 8 people under the name of “The Titanic“.
And the killer detail: along all these Seagull Streets, Gull Streets, Albatross Streets, along the avenues and other byways: the municipal lighting topped with porcupines of metallic spindles to keep birds from landing and having the insolence of crapping on the head of the lady stepping out of her car to walk the three steps to her door.
A place entirely devoted to the pleasures of a wealthy class whose political affinities are easy to perceived as adhering to any speech declaring that “Security is the First of Liberties”.
Almost forgot: the warnings on the walls: ” Ball Games Forbidden”. Because, as everyone knows, the sound of a bouncing ball and the cries of children are as unbearable as a bird dropping on a car.
The war ? In Ukraine ? Oh, please, don’t even mention it to me! Some people really don’t know how to live !