
Une vingtaine de personnes et un public très attentif lors du vernissage de l’exposition Prison N° 5 de Zehra Dogan à la librairie La Confiserie de Rabastens, petite ville dans le Tarn. À la période des commentaires et des questions à la fin de la présentation, réflexions sur les notions du “beau” et du “laid” en arts plastiques et des réactions que suscitent ces ressentis. Mais surtout, une longue réflexion sur la peur, inspirant soit la censure, y compris de ses propres opinions, ou le déclenchement de la résistance. L’une des participantes à la discussion proposa la définition suivante de la peur, sous sa première forme, comme l’expression d’une angoisse/projection de ce qui n’existe pas en réalité. Une réaction de repli devant l’imaginaire, en somme. La seconde : réaction saine de l’organisme avertissant de la présence d’un danger réel et permettant d’évaluer les meilleures façons de vaincre cet obstacle réel (et réellement dangereux).
À quelqu’un qui lui demandait un jour si elle ne ressentait jamais la peur, Zehra Dogan a répondu: “Bien sûr que j’ai peur. Mais je le fais. C’est mon devoir.” Certains parlent alors de courage; d’autres, de “prise de risques insensée”. Chose certaine, au niveau des conséquences, la projection et le recul devant un danger imaginaire facilite l’emprise et la victoire d’un danger réel.
C’est l’équation que nous avons tous et toutes à résoudre, à notre niveau, et à notre façon.
L’oeuvre utilisée en illustration fut créée en prison, alors qu’on avait interdit à Zehra l’accès à tout matériel artistique. Le support provient de la couverture en carton d’une barquette de fromage fondu. Le trait posé avec un stylo-bille; l’oeil droit accentué avec un morceau du papier aluminisé provenant d’un paquet de cigarettes et collé avec du miel; la couleur, du henné fourni en rinçant la chevelure de nouvelles prisonnière dont plusieurs ont coutume de se refaire ainsi “une beauté” avant leur incarcération. (Ah oui, j’ai presque oublié de mentionné le curcuma, très utilisé en Turquie, et qui fournit une jaune très persistant.)
Et comme dit Zehra : “Nos tortionnaires sont fous de nous enfermer toutes ensembles comme ça. On ne fait qu’en ressortir plus fortes !”
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Je retourne à la traduction de Timothy Snyder, The Road to Unfreedom.
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Some twenty people or so, and a very attentive audience at the vernissage of Zehra Dogan’s Prison N°5 exhibition at the La Confiserie bookstore in Rabastens, a small town in the Tarn. During the comments and questions following the presentation : reflections on “beauty” and “ugliness” in visual arts and the reactions they induce. But mostly, a long reflection on fear, inspiring either censorship, including of one’s own opinions, or its opposite triggering of resistance. One of the participants in the discussion offered the following definition of fear, in its first guise, as the expression of anxiety/projection on what does not exist in reality. A reaction of withdrawal in front of the imaginary, in other words. The second: a healthy reaction of the organism, warning of the presence of a real danger, and allowing an evaluation of the best ways to overcome this real (and truly dangerous) obstacle.
To someone asking her once if she never experienced fear, Zehra Dogan answered: “Of course I experience fear. But I do it. It is my duty.” Some then speak of courage; others, of “insane risk-taking”. In terms of consequences, projection and withdrawal before an imaginary danger aids and abets the stranglehold and victory of a real danger.
This being the equation we all need to resolve at our own level and in our own way.
The work serving as illustration was created in prison, at a time when Zehra was forbidden access to all artistic supplies. The background uses the cardboard covering on a tub of melted cheese. The outline was done with a ballpoint pen; the right eye accentuated using a piece of foil from a pack of cigarettes and glued on with honey; the color, henna rinsed out of the hair of new prisoners, many of whom are in the habit of “refreshing their look” prior to their incarceration. (Oh yes, almost forgot to mention turmeric, much used in Turkey and which produces a very persistent yellow.)
And as Zehra says: “Our torturers are crazy to lock us up all together like that! We only come out stronger from the experience!”
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Back I go to my translation of Timothy Snyder’s, The Road to Unfreedom.