
C’est un endroit que je visite souvent en rêve, si familier avec son bord de mer, ses montagnes en barrière dont je tente d’analyser la substance granuleuse entre mes doigts, si familier bien que je n’y sois jamais allée “en vrai”.
5h50. Les chauve-souris font leurs dernières plongées, il va falloir refermer les huis sur la collecte de l’air plus frais.
6h15. Arrosages terminés. Chauves-souris disparues, plus haut, les hirondelles ont pris la relève. Le claudicant, dans la mythologie, c’était qui déjà ? Clippety-clop, a step, a hop. clippety clippety, et puis, on nous raconte toujours la disparition spectaculaire des dinosaures, mais pourquoi n’est-il jamais question de leur apparition, elle a commencé comment, leur histoire à eux ? Venus de quoi ? Non, l’histoire clopinante passe des uni aux multicellulaires, quelques fossiles, quelques moustiques piégés dans de la résine, quelques êtres marins batifolant en bordure d’étangs, puis Bim Bom des êtres gigantesques extravagants démentiels puis crash boum il dit sparu ! et piti t’appétit, coucou ! nous voici ! C’est nous, les gentils ! Enfin, des fois, par moment, par égarement peut-être, par inadvertance.
Entre néanderthal et sapiens, le qui fait quoi n’a jamais été vraiment résolu, je crois. N’était peut-être pas le plus sapiens des deux celui dont on s’enorgueillit. Juste à la pensée de ce qui attend dans les derniers développements du Festival des Inepties Totales donne une pertinence renouvellée à Shaun le mouton. Il y avait un jardin qu’on appelait la terre ? Allez, on le saccage, qui dit mieux, une, deux ! Non moi d’abord, maman maman regarde, pas de mains !
Raison. Garder. “Vivre libre c’est ne plus penser à comment le tyran s’appelle”, écrit Joseph Brodsky à la fin de Partie de Discours. Je ne sais pas. Vraiment ? Je ne sais pas. Je relis Post Aetatem Nostram, qui débute, lui, sur les mots “L’Empire est un pays pour imbécile.”* Je vais suivre le trajet du grec errant dans ce poème, jusqu’à son aperçu des pins, “ersatz d’horizon”.
Et, pour l’heure, vogue la galère.
Joseph Brodsky, Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996
*
It’s a place I often visit in dreams, so familiar with its sea shore, its mountains forming a barricade, the granular substance of which I attempt to analyse under my fingers, so familiar although I’ve never been there “for real”.
5:50 am. The bats are taking their last swoops, it’ll be time soon to shut doors and windows after collecting some cooler air.
6:15 am. Watering done. Bats gone, higher up, the swallows have taking up the task. The limping one, in mythology, who was he again? Clippety-clop, a step, a hop, vlippety clippety, plus, they always tell us about the spectacular demise of the dinosaurs, but why is there never any talk about their appearances, how did their story begin ? Born out of what ? No, history limps past the uni then the multicellular ont to a few fossils, a few bugs caught in the resin, a few marin types fooling around on the edge of ponds, then Bim Bom gigantic extravagant demential beings then crash boom be gone he says and pitter patter appetite, hey guys ! We’re here ! Us, the nice ones ! I mean, sometimes, momentarily, out of distraction maybe, inadvertently.
That who’s who between neanderthals and sapiens never really got settled, did it. The most sapiens of the two wasn’t necessarily the one over which we pride ourselves. Just the thought of what awaits in the latest instalment of the Utter Nonsense Festival playing out gives Shaun the Sheep fresh relevance. There once was a garden we called Earth ? Hey ho, let’s go a-ransacking yippy yippy me first, no me, yee-haw, look ma, no hands !
Staying sane. “Living free means no longer thinking about the tyrant’s name” Joseph Brodsky writes at the end of Part of Speech (or Discourse). I Don’t know. Really ? I don’t know. I re-read Post Aetatem Nostram which opens on the words “The Empire is a country for fools“. I’m going to follow the wandering Greek until he reaches the pine trees, “ersatz of an horizon.”
While, for now, the ship sails on.
Hum. L’origine des dinosaures La question se pose en effet. Et à quelles fins?
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À quelles fins ? Se poser la question, à quelles fins la leur ? Je n’en ai pas la moindre idée, la question m’est venue comme ça, surtout, je crois, liée à la nature des enchaînements “historiques” qu’on finit par prendre pour vérités d’évangile, comme on dit, du simple fait qu’ils sont habituels. Aussi habituels que ces mêmes habitudes de penser qui transforment les modes de pensée et d’actions d’une société donnée (la nôtre, par exemple) en espèces de vérités incontestées. C’est tout 🙂 (et puis, lors de ces premiers moments d’écriture le matin, je laisse la tête et les doigts libres d’emprunter les premiers mots qui leur viennent, ça n’est pas exactement de l’écriture automatique, mais quelque chose du genre.
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