
Et voilà. “« Amnesty International regrette profondément la détresse et la colère provoquées par notre communiqué de presse sur les tactiques de combat de l’armée ukrainienne », écrit l’ONG dans un courriel à Reuters.”
Sauf que le mal est fait, Madame, et même la justification invoquée est en contradiction ouverte à l’intention de “protéger les civils”. Il ne vous suffira pas de démissionner pour réparer le mal causé; une fois cette démission actée, il restera à Amnesty International d’examiner sérieusement sa propre structure, ses collaborateurs, et la façon dont ses principes se traduisent en actes concrets.
Quand à la culture des “excuses sincères” dans laquelle nous sommes obligés de vivre, je n’ai pas de mots pour décrire le dégoût qu’elle m’inspire. La sincérité se mesurant à l’aune des actes de réparation…qui ne sont pas toujours possibles.
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publié sur une page facebook par Valerii Jr Reshetynskyi:
Je suis de retour. J’ai enfin embrassé ma femme et mes enfants. J’ai tellement grandi en un mois… que même pas reconnu… Mais…
Je suis de retour. J’ai emmené les petits-enfants au zoo comme promis.. Hippopotame est bien plus grand que sur Animal Planet… Mais…
Je suis de retour. Je suis allé pêcher avec mon fils. A peine eu cette carpe. Jusqu’à 3 kilos… Mais…
Je suis de retour. Et pourquoi ai-je hésité à enquêter sur elle pendant si longtemps ? Je n’oublierai jamais ces yeux heureux.. Mais…
Je suis de retour. Enfin nettoyé le garage. Parce que la femme n’a nulle part où mettre les vis…
… Mais…
Je suis de retour. Conquis Hoverla avec des amis, comme prévu. J’aurais dû prendre plus d’eau avec lui et moins de “Seryog”… Mais…
Je suis de retour. En route pour lviv. Trivíal ʹno selfílis ʹ près du théâtre Franco – les descendants auront quelque chose à montrer.
P. S. Le café à Kyiv est toujours plus savoureux. Mais…
Je suis de retour. Fini la clôture et coupé le cerisier qui traîne au-dessus du voisin depuis des années… Mais…
Je suis de retour. Finalement fait ce “dessert”. Le chef de la science pleurait… Mais…
Je suis de retour. J’ai vu mon bébé pour la première fois de ma vie – Elle a 2 mois. C’est un sentiment incroyable… Mais…
Je suis de retour. J’ai enfin commencé à courir et ce n’est même pas depuis lundi.. Mais…
Je suis de retour. J’ai fini mon roman – demain je l’emmènerai à l’éditeur. Mais…
Je suis de retour. Je suis allé au sushi bar avec ma fille. Je ne sais pas comment vous pouvez payer autant d’argent pour du riz mais elle aime ça et ça me rend heureux.. Mais…
Je suis de retour. J’étais chez mamie au village. Et quoi que tu dises, mais son bortscht est le meilleur au monde… Mais…
Je suis de retour. Comme je l’ai rêvé depuis longtemps – parmi toute l’agitation, j’ai encore rencontré le brouillard sur le Dniepr à l’aube… Mais…
Je suis de retour… Mais…
Mais tout cela n’est pas vrai.. parce que j’ai été brûlé vif. Parce que je suis prisonnier d’avoir été cyniquement tué par les Russes. Je suis une vie – qui a été obírvalée avant de m’enlever. Je suis une douleur insupportable. Je suis une graine qui germera une fois dans la liberté de l’Ukraine. Je suis la mémoire éternelle de l’invincible et de l’incassable.
Je suis perdu à Olenivka 29.07.22.
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Dans Monologue d’un village :Comment appeler les âmes du paradis pour pleurer et manger avec elles :
-“Personne ne sait ce qu’il y a dans l’autre monde. Ici, c’est mieux…on connaît.”
-J’ai lavé la maison. J’ai repeint le poële en blanc…Il faut laisser du pain sur la table, du sel, une écuelle et trois cuillères…Autant de cuillères que d’âmes dans la maisonnée..Tout cela pour revenir.”
et plus, et plus. Ce monologue est suivi d’un autre: le Monologue sur la joie d’une poule qui trouve un ver.*
Je suis gentille. Je vous fais grâce des supplices endurés par les pompiers et autres, envoyés dégager le graphite brûlant pendant l’incendie. Et les autres, tous les autres.
*Svetlana Alexievitch, Oeuvres, Thesaurus Actes Sud 2015
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Ces jours-ci, nos aimables dirigeants sont en vacances. Les journaux adoptent le même rythme, mettent la pédale douce sur les nouvelles préoccupantes et, comme chaque été, nous resservent l’histoire de meurtres commis il y a longtemps, longtemps, et qui se lisent si agréablement, affalé sur la plage.
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En illustration, je vous offre quelques fleurs d’ipomée, surgies hier matin, fanées hier soir. À condition de recevoir son verre d’eau, la plante refleurira aujourd’hui.
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Post scriptum: terminé la révision de la nouvelle écrite en atelier, “Elle est Courage”, et commencé la révision de “Strelka, Conquérante de l’Espace” écrite à l’atelier du 15 novembre.
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There you go. “Amnesty International deeply regrets the distress and anger that our press release on the Ukrainian military’s fighting tactics has caused”.
Except the harm is done, Madam. And even the justification is an obvious contradiction to the stated intent of “protecting civilians”. Your resignation will not be enough to repair the harm done; once that resignation has come into effect, Amnesty International will need to seriously examine its own structure, collaborators, and the way in which it principles are translated in concrete terms.
As for the “sincere apologies” culture we’re forced to endure: I have no words to say how much it disgusts me.
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published on a facebook page by Valerii Jr Reshetynskyi:
I am back. I finally kissed my wife and my children. So grown in one month…not even recognizable…But…
I’m back. I took the grandchildren to the zoo, as promised. The hippopotamus is much bigger than on Animal Planet… But…
I’m back. I went fishing with my son. Barely caught this carp. Some 3 kilos…But…
I’m back. And why did I hesitate so long to investigate about her? I will never forget those happy eyes… But…
I’m back. Finally cleaned out the garage. Because my wife has nowhere to put the screws…
… But…
I’m back. Conquered Hoverla with friends, as planned. I should have brought more water with him and less “Seryog”…But…
I‘m back. Off to Ivi. Trivial ‘no selfilis’ near the Franco theater – the descendants will have something to show off.
P.S. The coffee in Kyiv is still as tasty. But…
I’m back. Finished the gate and cut down the cherry tree hanging over the neighbor’s place for years…But…
I’m back. Finally made that “dessert”. The science chef was crying…But…
I’m back. I saw my baby for the first time in my life. She’s two months old. It’s an incredible feeling…But…
I’m back. I’ve finally started running and this, not even since Monday. But…
I’m back. I’ve finished my novel – I’ll send it to the publisher tomorrow. But…
I’m back. I went to the sushi bar with my daughter. I don’t know how you can pay so much money for rice but she loves it, that makes me happy…But…
I’m back. I went to granny’s in the village. And no matter what you say, her bortscht is the best in the world…But…
I’m back. Just as I dreamed it for so long – in all the bustle, I met with the early morning fog on the Dniepr again…But…
I’m back… But…
But none of this is true…because I was burned alive. Because I’m a prisoner, having been cynically killed by the Russians. I am a life – that was obrivaled before being taken from me. I am an unbearable pain. I am a seed that will sprout some day in Ukraine’s freedom. I am the eternal memory of the invincible and unbreakable.
I am lost in Olenivka 29.07.22
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In: a Village Monologue: how to call the souls of paradise in order to cry and to eat with them:
-“No on knows what exists in the other world. Here is better… here, we know.”
-I washed the house. I repainted the stove in white…You must leave bread on the table, with salt, a bowl and three spoons…as many spoons as there are souls in the household…All this, in order to return.”
and more, and more. This monologue is followed by another: Monologue on the hen’s joy in finding a worm.*
I’m nice. I spare you the tortures endured by the firemen and others, sent to clear off the burning graphite during the fire. And the others. All the others.
*Svetlana Alexievitch, Oeuvres, Thesaurus Actes Sud 2015
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These days our pleasant leaders are on holiday. The newspapers pick up the summer rhythm, soft-pedal what’s going on in order to serve up the story of murders committted a long long time ago, and so pleasant to read about while sprawling on the beach.
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As illustration, I offer a few blooms from the ipomea, appeared yesterday morning, wilted last night. But, as long as the plant receives its glass of water, it will bloom again today.
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PS. Finished revising the short story “Her name is Courage” written at the October workshop, and started the revision on the one written in November “Strelka, Space Conqueror”.
Bonjour j’aimerais acheter vos nouvelles où livres ? Pouvez vous me dire vos titres publiées? Et également les livres que vous avez traduits?je vous souhaite une belle journée . amicalement Stéphanie
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pour l’heure je n’ai rien qui ait été publié et je réfléchis avec une amie à la façon de communiquer notre travail à celles et à ceux que ça intéresse; pour ce qui est de mes traductions récentes, il s’agit essentiellement de traductions vers l’anglais, notamment pour le site Kedistan consacré à la Turquie et au Moyen-Orient (le site Kedistan est en ligne.) Merci de votre intérêt, Stéphanie et, oui, je trouverai moyen d’y donner suite. Bonne journée à vous.
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