
Franchement, je serais la première embêtée si quelqu’un me demandait pourquoi au réveil, ce matin, mes premières pensées furent pour les enfants de Jean-Jacques Rousseau, enfants qu’il abandonnait à l’assistance publique de son époque après avoir engrossé sans précaution la pauvre femme qui lui tenait lieu, plus ou moins, de compagne lorsqu’il n’était pas en l’aimable compagnie d’une grande dame ou d’une autre. Tout ce que je peux en dire concerne la distance entre ses écrits au sujet de la bonté innée de l’homme et ses attitudes personnelles, animé qu’il était par l’amertume des injustices et des persécution exercées contre sa personne; comme si les injustices en question lui était réservées à lui, spécifiquement. D’autres étaient bénis des dieux, alors, pourquoi pas lui ? (En écrivant ceci, je survole un très long article à son sujet sur wikipedia dans lequel quelqu’un vante la merveilleuse pédagogie de l’auteur de L’Émile. Je trouve le tout plutôt fort de café; il n’y a pas un mot dans tout ça de son traitement de “l’engrossée” et des enfants abandonnés à la misère pendant que Monsieur glose sur cette bonté naturelle, corrompue par la société. )
Ah, c’est vrai. Je suis tombée sur quelques-uns des témoignages aux Etats-Unis devant diverses commissions de femmes ayant survécu à l’obligation qui leur était faite de porter jusqu’à terme un foetus non viable au risque de leur propre vie, les hommes siégeant sur la commission défendant…le droit sacré à la vie d’un foetus non viable. Et voilà ce qu’il en est de la bonté naturelle de l’homme, là-bas comme ailleurs. Pendant que la machine à faire du fric cavale comme un cheval fou et qu’on envisage d’accorder des “droits” aux systèmes dits d’intelligence artificielle gobant les ressources naturelles en terre et en eau essentielles à la survie de l’humain et des autres formes que prend le vivant.
Tout ça aussi, sans doute, parce que, dans L’Horloger des Brumes, le gamin nommé 18 s’est réveillé hier. Il est très malheureux. Je l’accompagne, une phrase à la fois, puis je regarde ailleurs, comme hier soir, lorsque le soleil se couchait au loin. Puis, comme il se faisait tard, je suis allée manger un morceau à la cuisine où j’ai ri au souvenir des mots de la maraîchère bio sur le marché, l’autre jour. Au moment où elle rajoutait deux tomates à celles que j’avais déjà payées, elle m’a dit que ce weekend, elle allait manger une fondue savoyarde, parce qu’elle en avait marre des tomates et des courgettes. Hier soir, j’ai ri, moi aussi, en tranchant l’une de ces tomates sur le pain grillé qui a servi de repas. À midi, je ferai des crêpes chinoises avec une courgette râpée.
Il a fait tellement meilleur, hier, avec les fenêtres ouvertes presque toute la journée. Ah, et grand merci à la professeure Karen Ho laquelle, dans Atlas Féral*, sous le titre Finance (depuis les années 1980 : l’accélération de l’extraction), explique en moins de 6 pages complètes, le mécanisme qui a vu la valeur accumulée par le travail dans les entreprises transformant ces dernières elles-mêmes en marchandise à financiariser, engloutissant toutes les sources de capital de leur propre financement — fonds de pension des caisses de retraite, épargnes et prêts, voire, les banques elles-mêmes, “augmentant de façon exponentielle l’influence de la haute finance” et faisant des gouvernements de fidèles serviteurs des appétits pour les subventions diverses, argent à ne pas “gaspiller” en services à la population, même si les services en question étaient payés par les populations elles-mêmes à partir de leurs divers impôts et taxes…
18 a de quoi être malheureux.
*Anna Tsing, Alder Keleman Saxena, Jennifer Deger, Feifei Zhou, Atlas Féral — histoires vraies et proléiférantes des résistances aux infrastructures humaines, textes sélectionnés et traduits en français par Marvin Shaffner, éditions wildproject CNL 2025
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Frankly, I would be the first person at a loss to explain why upon waking up this morning, my first thoughts were for the children of Jean-Jacques Rousseau, children he abandoned to the public services of his day after carelessly knocking up the poor woman who was his companion, more or less, when he wasn’t in the company of some great lady or other. All I can say is the distance between his writing about the natural goodness of man and his personal attitudes, impelled as he was by the bitterness of the injustices and the persecutions against his person; as if said injustices were strictly addressed to him, specifically. Others were blessed by the gods, so, why not him? (While writing this, I glance through a very long article about him on wikipedia in which someone marvels over the wonderful pedagogy of the author of L’Émile. I find the whole thing a bit hard to stomach; not one word in all that about his treatment of the “knocked-up” one and of the kids abandoned to their miserable fate, while Monsieur was rambling on about the natural goodness of man, corrupted by society.)
Ah yes, true enough. Yesterday, I came across some of the testimonies in the States by women testifying in front of various commissions about the obligation they had been under to carry to term a non-viable foetus at the risk of their own life, the men on the commission defending…a non-viable foetus’ sacred “right to life”. So much for the natural goodness of man. While the cash-making machine goes wilder than a runaway horse and some consider the possibility of granting “rights” to those systems known as artificial intelligence gobbling up land and water resources denied to humans and other living creatures.
All this also, no doubt, because the kid known as 18 woke up yesterday. He is very unhappy. I stay with him, one sentence at a time, then I look away, as I did last night, when the sun was setting in the distance. Then, as it was getting late, I went to the kitchen for a bite to eat where I laughed as I remembered the organic vegetable gardener at the market the other day. As she was adding two extra tomatoes to those I had already paid, she said that, this weekend, she would eat a cheese fondue in the Savoyard style because she was sick of tomatoes and zucchinis. I also laughed last night, as I sliced one of those tomatoes on the toasted bread that made up the meal. This noon, I’ll have Chinese pancakes made of grated zucchini.
The weather was so much more pleasant yesterday, the windows stayed open almost all day. Oh yes, and a big thank you to professeur Karen Ho who, in the Feral Atlas, under the title Finance (since the 1980s: acceleration of the extraction) explains in less then 6 full pages the mecanism which saw the accumulated value of labor produced in a firm transforming the firms themselves into a merchandise to financialize, engulfing every source of the capital for their own financing — pension funds, savings and loans, even the banks themselves “increasing the influence of high finance in an exponential manner” and turning governments into loyal servants of the appetites for various subsidies, moneys not to be “wasted” on services to the population, even though they were paid out of said population’s various taxations…
No wonder 18 is sad.
Re JJR. Comme quoi ce que l’on projette peut souvent être une façon de se nier le Côté moins admirable de soi. Qu’est ce qui fait d’une crèpe d’être chinoise?
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Oui l’effet miroir de la projection. La crêpe chinoise consiste de courgette, oignon, ail et gingembre râpés, on ajoute de la poudre 5 épices,un peu d’ huile de sésame, un peu de sauce soya et juste assez de farine pour que le tout se tienne. Cuit à la poêle par louchées. Voilà. Simple et très bon 🙂
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Merci
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