19 juin 2026

Je partais, tenant à la main un sac bourré de livres et d’autres objets essentiels et disant “personne ne saurait dire ce qu’il en sera de nous”.

Ce qui résume mon sentiment principal, ces jours-ci, sentiment frôlant une paralysie de la pensée, que dis-je, de l’action quelle qu’elle soit au-delà des gestes d’ouvrir et refermer les fenêtres et arroser les plantes, tôt le matin et tard en soirée. Livres partout, découragement frôlant le dégoût face à l’idée même de m’attaquer à une révision de tous ces mots, mots, mots.

Dégoût croissant du virtuel nous réduisant à des multitudes de pseudo-individualités. Je m’accroche aux livres parce qu’avec eux, au moins, contrairement aux vidéos et réseaux dits sociaux, on ne se retrouve pas à se faire hacher l’attention par des publicités immondes. Balayées, les réflexions, et que défilent les distractions, les horreurs, les distractions, les horreurs devenues distractions, les distractions de plus en plus minables. (Ou par des commentaires apparaissant de nul part au sujet du rien se prenant pour le tout, et vice-versa, t’assommant de sa suffisance, pour le plaisir de la chose.)

Tous ces égos bouffis comme autant de ballons gonflés à l’hélium, traversant la scène, je suis un plus grand patron que toi, non moi, moi. Ce que j’ai pu détester les années de travail à titre d’attachée de presse…

Ah, mais qu’est-ce que la femme du président était élégante lors du repas à Versailles, n’est-ce pas ! Ah, la classe ! Pensez donc, bientôt, nous aurons une véritable princesse comme épouse se pavanant en couverture du Paris-Match ! “Avancez par en arrière !” criait le conducteur du bus dans mon enfance.

*

I was leaving, holding a bag filled with book and other essential items and saying “no one can say what will become of us.”

Which summarizes my main feeling these days, a feeling bordering on paralysis of thought, what am I saying, of actions beyond the opening and shutting of windows and the watering of plants, early in the morning and late at night. Books everywhere, discouragement bordering on disgust at the very thought of tackling a revision of all those words, words, words.

Increasing disgust for the virtual reducing us all into multitudes of pseudo-individualities. I cling to books because with them at least, contrary to videos and networks described as social, you don’t find your attention being constantly chopped up by revolting ads. All reflexions swept away, bring on the distractions, the horrors, the distractions, the horrors turned into distractions, the distractions constantly shabbier. (Or by comments appearing out of nowhere from nothingness considering itself the whole, and vice-versa, clobbering you with its smugness, for the fun of it.)

All those bloated egos like so many helium-filled balloons, strutting across the stage, I’m a bigger boss than you, no me, me. Oh, how I hated the years working as a press aid.

But oh, the president’s wife was so elegant at the meal in Versailles, wasn’t she ? Such class! Just think, soon, we’ll have a real princess as the wife strutting on the front page of Paris-March. “Move forward to the rear!” the bus driver used to yell in my childhood.

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