24 avril 2026

Evidemment, lorsqu’on est enfant, il n’y a pas “d’avant” personnel. Le seul “avant” est celui des parents, il nous intrigue parfois, nous semble ridicule ou incroyable, d’autres fois, et souvent, sans le moindre intérêt parce que la vie, elle, se déroule maintenant, nous appartient et avec nous, ça ne sera pas pareil !

Puis, vient un âge où l’on se découvre des aptitudes à la nostalgie – qui l’eut cru ? La vue des fraises géantes sur le marché, leur goût laissant des relents chimiques suscitent le souvenir des minuscules fraises des bois, de la taille de l’ongle sur le petit doigt, chacune posant sur la langue une sensation à la fois brève et inoubliable d’une douceur délicate et parfumée. Tout était “mieux avant” ? Oh non, mais certains souvenirs suscitent ces brefs éclairs de chagrin étonné devant tout ce qui s’est perdu. À quelques mois de mes 80 années d’âge : découverte étonnée de la nostalgie. Disons que les fraises des bois en serviront de marqueur, les catastrophes en tous sens, dites “géopolitiques”, en formant le substrat.

“now, as I was young and easy under the apple trees …time held me green and dying, though I sang in my chains like the sea.” Dylan Thomas. Qui en fit la découverte, beaucoup, beaucoup plus jeune que moi.

En rêve, la nuit dernière, je préparais un sac à dos avec trois t-shirt, trois paires de pantalons et trois paires de sandales, puis je me trouvais coupée du réseau internet pour avoir avoir écrit quelque chose de non-autorisée, mais je trouvais un moyen de contourner l’interdiction (chose toujours possible, en rêve, du moins.)

Il y a des fois — hier, par exemple, en traduisant l’article de Haaretz sur les pillages que commettent certains soldats israéliens dans les villages abandonnés du sud Liban, l’espèce de fatalisme qui gagne “bof, tout ça sera détruit de toute façon, alors, autant se servir…”; quelqu’un compare cela au comportement des soldats russes en Ukraine, mais là n’est pas la question, d’après moi. Le pourrissement, oui, se propageant depuis la tête, oui. Mais dans ce cas-ci, son accélération en. si peu de temps, cette plaie qui se propage. Je marche dans les rues, je marche dans les collines, je marche dans de “l’avant” à jamais détruit.

Evidemment, lorsqu’on est enfant, il n’y a pas “d’avant” personnel. Le seul “avant” est celui des parents, il nous intrigue parfois, nous semble ridicule ou incroyable, d’autres fois, et souvent, sans le moindre intérêt parce que la vie, elle, se déroule maintenant, nous appartient et avec nous, ça ne sera pas pareil !

Puis, vient un âge où l’on se découvre des aptitudes à la nostalgie – qui l’eut cru ? La vue des fraises géantes sur le marché, leur goût à relents chimiques suscitent le souvenir des minuscules fraises des bois, de la taille de l’ongle sur le petit doigt, chacune posant sur la langue une sensation à la fois brève et inoubliable d’une douceur délicate et parfumée. Tout était “mieux avant” ? Oh non, mais certains souvenirs suscitent ces brefs éclairs de chagrin étonné devant tout ce qui s’est perdu. À quelques mois de mes 80 années d’âge : découverte étonnée de la nostalgie. Disons que les fraises des bois en serviront de marqueur, les catastrophes en tous sens, dites “géopolitiques”, en formant le substrat.

“now, as I was young and easy under the apple trees …time held me green and dying, though I sang in my chains like the sea.” Dylan Thomas. Qui en fit la découverte, beaucoup, beaucoup plus jeune que moi.

En rêve, la nuit dernière, je préparais un sac à dos de camping avec trois t-shirt, trois paires de pantalons et trois paires de sandales, puis je me trouvais coupée du réseau internet pour avoir écrit quelque chose de non-autorisée, mais je trouvais un moyen de contourner l’interdiction (chose toujours possible, en rêve, du moins.)

Il y a des fois — hier, par exemple, en traduisant l’article de Haaretz sur les pillages que commettent certains soldats israéliens sous l’oeil détourné de leurs commandants, dans les villages abandonnés du sud Liban, l’espèce de fatalisme qui gagne “bof, tout ça sera détruit de toute façon, alors, autant se servir…”; quelqu’un compare cela au comportement des soldats russes en Ukraine, mais là n’est pas la question, d’après moi. Le pourrissement, oui, se propageant depuis la tête, oui. Mais dans ce cas-ci, son accélération en si peu de temps, cette plaie qui se propage. Dans ma tête, je marche dans les rues, je marche dans les collines, je marche dans un village druse à la frontière, je marche dans encore un autre “avant” à jamais détruit.

*

On ne voit plus la femelle du merle, ces jours-ci; elle doit être en train de couver. Le mâle, lui, fait les courses, puis il s’installe dans un des arbres dans la cour du cirque et il chante, révise son répertoire, y rajoute une roucoulade comme s’il se moquait des tourterelles. Je prends le soleil, en recouvrant les cicatrices, le cou toujours aussi raide, et l’esprit, apparemment, encore à la recherche de lui-même.

*

Of course, when you’re a child, there is no sense of of a personal “before”. The only existing “before” is that of the parents, it intrigues at times, seems ridiculous or unbelievable, at other times and, often, totally uninteresting because life, is here, now, it belongs to us, and with us, things will not be same !

Then, comes an age when one discovers aptitudes for nostalgia — who would have thought ? The sight of giant strawberries at the market, their taste with chemical traces left on the tongue, triggering the recollection of the tiny wild strawberries, the size of the nail on the smallest finger, each one depositing on the tongue a sensation, both short and unforgettable, of and delicate and perfumed sweetness. Everything was “better before”? Oh no, but certain memories set off brief flashes of stunned sadness over all that has been lost. A few months short of my 80 years : the surprising discovery of nostalgia. Let’s just say that wild strawberries will serve as their place holder for the catastrophes all over, known as “geopolitical” ones, all providing their substrate.

“now, as I was young and easy under the apple trees …time held me green and dying, though I sang in my chains like the sea.” Dylan Thomas. Who discovered it, when he was much, much younger than I.

In the dream last night, I was packing a camping bag with everything in threes – three t-shirts, three pairs of pants, three pairs of sandals, then I was cut off from the internet because I had written something that wasn’t authorized, but I found ways to work around the prohibition (which is always possible, at least, in dreams).

There are times — yesterday, for example, while translating the Haaretz article on the looting being committed by some Israeli soldiers while their commanders look the other way, in abandoned towns and villages in Southern Lebanon, where a certain fatalism has taken over some with a kind “what the hell, it’s all going to be destroyed anyway, so may as well help ourselves…”; someone compared that to the behavior of Russian soldiers in Ukraine, but that is not the point, as far as I’m concerned. The rotting, yes, starting with the head, yes. But in this case, it’s acceleration over such a short period of time, the wound that is spreading. In my head, I walk in the streets, I walk in the hills, I walk in a Druze village on the border, in yet another “before” forever destroyed.

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There’s no sight of the female blackbird, these days; she must be in the nest with the eggs. The male handles the errands, then he settles in one of the trees in the yard at the circus and he sings, going over his repertory, adding a line of cooing, as if making fun of the doves. I take in the sun, covering over the scars, the neck still as stiff and the mind seemingly in search of its own self.

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