12 mars 2026

Rêves : Retour à l’hôpital de ma chirurgie cardiaque en 2018, je visitais des patients qui me disaient que j’avais une excellente mémoire, Bécassine s’y trouvait aussi, cachant son visage sur lequel on avait fait un tatouage qu’elle ne voulait pas; puis, au 26 de la rue Rustine (dans un quartier ‘populaire’ que je n’ai jamais visité ‘en vrai’ mais où je me trouve souvent en rêve), j’habitais le logement au 3e qui donnait sur la cour donnant sur la rue, mais derrière une palissade (il y avait plein de palissades sur la rue Rustine), la personne qui habitait le rez-de-chaussée avait une collection de catalogues de papiers peints anciens qu’elle exposait dans la cour, je les feuilletais avant de me promener dans le parc pour trouver l’angle de vue idéal pour une photo, un photographe professionnel choisissait exactement le même, ça me comblait de joie.

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Hier, une gentille personne est venue prendre de mes nouvelles et prendre le thé. Elle est très affectée par la guerre en Iran, et tout particulièrement par le sort des femmes. Affectée au point d’un coup de mou, elle ne trouve plus l’énergie nécessaire pour lire, pour poursuivre son écriture…Alors je lui ai lu le passage dans les Métamorphoses d’Ovide qui sert d’exergue au récit de l’ingénieur des collines dans L’Horloger des Brumes; on le trouve dans le livre XIV, dans le récit d’Enée et Turnus :

……… Tant qu’on craint le pire,

on peut nous blesser ; quand notre sort est pire que tout,

on foule aux pieds la peur ; la somme des malheurs nous calme.”

Personnellement, c’est la seule façon que j’ai trouvée pour maintenir rage, indignation et haine épuisantes sous contrôle, à quoi bon peut-il servir de se vider d’énergie alors qu’il faudra en avoir encore longtemps ? Après un premier réflexe d’étonnement, la visiteuse a dit “oui, au fond, tout ça n’est qu’un préambule…” (C’est une sorte de variante de la blague juive au sujet de l’optimiste et du pessimiste. Le pessimiste dit: “ah, ça ne pourrait pas être pire !” et l’optimiste lui répond : “mais si, mais si,voyons.”

De façon tout à fait local, à quelques jours des élections, on a dû à nouveau évacuer l’école primaire du quartier, la plus récente inspection indiquant qu’une poutre de béton dans la toiture s’était déplacée. On peut imaginer la réaction des parents face à cette deuxième évacuation…et au fait que la cantine demeure ouverte pour le repas du midi, dans une section de l’immeuble qu’on prétend “sans danger”. Le candidat RN à la mairie se balade par les rues comme Jésus pénétrant à Jérusalem sur son âne, sous les salutations enthousiastes de ses admirateurs.

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Mais pour en revenir au monde délirant des “machines qui pensent pour nous” et de ce qu’elles font de leurs “alignements sur nos valeurs” que je mentionnais hier : Je suis tombée sur une longue analyse concernant l’ordinateur super-ultra-hyper-uber intelligent de Stanislas Lem, le Golem XIV, expliquant à une fourmi humaine que le langage n’est vraiment rien d’autre qu’un balbutiement comparé aux technolinguistiques vastement supérieurs, tel que le code. Quant à savoir sir les ordinateurs super-hyper-ultra-uber intelligents se transmettent les “valeurs” acquises lors d’un “alignement” précédent, cela dépend vraiment de l’utilité qu’elles pourraient avoir, non, dans un monde d’ordinateurs ayant asservi les quelques fourmis humaines qui leur soient encore utiles ? (Cela me rappelle quelque chose que j’ai lue dans un des écrits d’Hannah Arendt, qui mentionnait à quel point les gens vivant sous le règne hitlérien en étaient revenus rapidement à une “démocratie fondée sur des valeurs”, tout simplement parce le système de valeurs n’était, au fond, qu’une question de conformisme social.) Apparemment, le Golem XIV fictif est d’opinion que les lois de l’entropie s’appliquant, l’évolution jusqu’au cerveau humain est tout simplement la preuve que l’organisme vivant vraiment parfait, c’était l’amibe qui parvenait à tirer son énergie directement du soleil grâce à de “simples” éléments multi-usages, dont le secret n’a jamais pu être reproduit par des humains.

Je n’ai aucune opinion sur cette question philosophique. Les ordinateurs Trurl et Clapaucius dans la Cyberiade de Lem en 1965 rencontrent suffisamment d’échos en moi concernant nos merveilles de “chatbot” actuels, pompant l’air, l’eau et produisant des niveaux insupportables de bruit dans toutes les campagnes réculées à travers le monde.

“Tyrans de toutes les planètes, unissez-vous!” comme dit le 4e de couverture.

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Dreams : I return to the hospital where I had the heart surgery in 2018, visiting patients telling me I have an excellent memory, Bécassine (a cartoon figure from my childhood) was there also, hiding her face on which they had made a tattoo she didn’t want; then, I occupied the 3rd floor apartment at 26, Rustine street (French word for a band-aid, the dream takes place in a ‘lower-class’ neighborhood I’ve never visited in ‘real time’, but where I often find myself in dreamtime), the apartment gave out on a yard leading to the street but closed off by a palissade (there were lots of palissades on Rustine street), the person living on the ground floor had a collection of catalogs of antique wallpapers which she exhibited in the yard, I leafed through them before taking a walk in the park, looking for the best angle for a photograph, a professional photographer chose exactly the same angle, it filled me with joy.

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Yesterday, a kind person came over to see how I’m doing and share a cup of tea. She is very upset over the war in Iran, and particularly over the fate of women over there. Upset to the point of a total loss of energy, she can’t even muster up any to read or to keep on with her writing…So I read her a passage in Ovid’s Metamophoses that serves as the intro to the tale of the hill engineer in L’Horloger des Brumes, it’s in Book XIV in the tale of Aeneas and Turnus :

..…………So long as we fear the worst,

we can be wounded; once our fate is worse than everything,

we trample on our fear; the sum total of our woes calms us down.”

Personally, this is the only way I’ve found to keep exhausting rage, indignation and hatred somewhat under control, what’s the point in emptying one’s self of all energy, once you know you’ll be needing it for a long time still ? After a first reaction of astonishment, the visitor said, “yes, bottom line, all this is nothing but a preamble…” (It’s a kind of variation on the Jewish joke about the optimist and the pessimist. The pessimist says: “Ah, things couldn’t be worse !” And the optimist tells him: “What are you saying, of course they can get worse !”

On a strictly local level, a few days before the elections, there was need to evacuate the neighborhood primary school again, a concrete beam in the roof showing displacement during the inspection. One can well imagine de parents’ reaction, faced with this second evacuation…and the fact that the canteen is still open for the noontime meal, in a section of the building claimed to be “safe”. The RN (extreme right wing party) candidate for mayor walks down the streets like Jesus entering Jerusalem on his donkey, under the enthusiastic cheers of his admirers.

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But getting back to the outlandish world of “machines that think for us” and of what they make of “alignment on our values” I mentioned yesterday : I came across a long review of Lem’s super-ultra-hyper-uber intelligent computer, one Golem XIV, explaining to a human ant that language is really a mumbling compared to the far superior technolinguistics such as code. As for super-hyper-ultra smart computer passing on “values” from a previous alignment, hmm, really depends of what use they can be, no with the handful of human-serves they would still need to service them ? (This reminds me of Hannah Arendt, in one of her writings, mentioning how effortlessly, the majority of people transitioned from living under Hitlerian rule back to “value-based” democracy, simply because most of the value system is really all about social conformism). Apparently, Golem XIV is of the opinion that, the laws of entropy applying, evolution to the point of the human brain is simply evidence that the truly perfect living organisme was the amoeba who could draw its energy straight from the sun through “simple”, all-purpose elements, the secret to which humans haven’t been able to replicate.

I have no opinion on this philosophical matter. Computers Trurl and Clapaucius in Lem’s Cyberiad from 1965 finding sufficient échos for me in our current “chatbot” marvels, pumping out air, water and producing unbearable levels of noise from former countrysides across the world.

(The illustration : the back cover on the French translation of Lem’s Cyberiad which begins with the words : “Tyrants on every planet, unite !” And in case of problems – if your subjects aren’t showing sufficient respect, if your neighbors are annoying you, if your courtisans are a pain — do not hesitate to call on Trurl and Clapaucius, the two cosmic builders ! With their overflowing imagination, their hyper-perfected technique, their bottomless science, they will always manage to pull you out of trouble ! Unless they land you in a even worse jam…

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2 comments

  1. Je découvre Lem (enfin, je découvre son existence), et hop, je le réserve à la bibliothèque. Merci !

    j’avais écrit un petit truc sur les rapports curieux entre ordinateur et humain et les conséquences de la quête du bonheur des derniers voulue par les premiers (je vous l’avais peut-être d’ailleurs déjà signalé ? je ne sais plus)

    Un monde plus sûr

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    • Non, je n’avais pas lu “le petit truc” — chose faite, dorénavant, pendant qu’il reste encore de l’air respirable… Pour ce qui est de Lem, il est l’auteur du Solaris qui fut ensuite adapté pour l’écran par Takovski, puis par Soderbergh et, à mes yeux, un précurseur à bien des égards en science-fiction. Et puis, j’aime beaucoup son sens de l’ironie. 🙂

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