7 octobre 2026

“Fredaine” Camille Messager

Rêve : Je devais récupérer des incidents essentiels pour la compréhension de l’histoire, ils étaient conservés dans les hauteurs près d’un plafond quasi inatteignable dans une salle de cirque qui ne contenait qu’une échelle trop courte pour atteindre le plafond et qui devait être tenue à bout de bras par quelqu’un pendant que je grimperais et qu’une fois rendue tout à fait sur le haut de l’échelle, il me faudrait me balancer en équilibre tout en tendant les bras pour atteindre les incidents, et redescendre en les tenant dans mes bras.

Autant dire “mission impossible” (l’échelle ressemblait à celles utilisées à Kyiv pour évacuer les personnes des étages en flammes de l’Académie des Sciences, visée par la Russie poursuivant sa guerre de destruction totale au vu et au su de la terre entière, pendant que la famille Trump et relations font leur petite cuisine avec le Kremlin.)

Mais l’image est aussi inspirée, je crois, par le message reçu par mail, m’avisant que ma part du “cloud” est saturée et qu’il me faudrait en racheter pour ne pas “tout perdre”. La belle affaire. Je n’en ferai rien. Les “clouds” qui n’ont rien d’éthériques sont déjà débordants comme des greniers remplis du pire comme du meilleur, offert en pâture aux “agents” s’en gavant pour des motifs et à des fins sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. Alors, merci bien, la seule chose que j’aimerais bien trouver, c’est le(s) moment(s) de bascule qui ont donné un monde d’humains dont la moitié est traitée d’office comme la “compagne” de celui qui décide de tout. Et ça, je ne suis pas sur le point de le savoir.

Hier soir, au Tir’Chaille, j’étais bien la seule à avoir un souvenir personnel de l’époque de la guerre de Corée qui s’était interrompue en 1953. Certains avaient, non pas de souvenirs, mais une connaissance du désastre français à Dien Bien Phu en 1954. Donc, une séance utile, vu la courte vue dont nous sommes tous dotés pour ce qui n’est pas de notre expérience au sein de notre propre génération. Utile, certainement, pour les trois jeunes lycéens qui venaient de vivre l’une de leurs premières expériences conscientes de répression — non pas dans la violence ouverte mais dans sa forme plus insidieuse de “conseils” à se tenir bien tranquilles et de menaces de renvoi de leur établissement scolaire pour les plus vieux parmi eux. Avec trois voitures de gendarmes les attendant devant le Lycée, lorsqu’ils y étaient arrivés à 8 heures du matin. Et la promesse qu’il y aurait des “moments d’écoute” dans les jours à venir, durant lesquels ils pourraient exprimer leur “vécu”. La technique du mou. Très efficace aussi quand il s’agit d’immobiliser et d’étouffer les cris. Pendant que d’autres perdait une main, ou un oeil, ou se faisait fracasser la mâchoire pendant que des petits tyrans de bas étages faisaient venir les parents pour les gronder ou les menacer de représailles si leurs enfants se retrouvaient à nouveau dans une manifestation.

“Children should be seen and not heard” (on devrait voir les enfants et ne pas les entendre) était la règle chez ma grand-mère maternelle. La pauvre n’avait aucune idée du monde qui se dessinait. Moi, j’y feuilletais les vieux National Geographic aux photos “colorisées” à la main, ou je me faisais chasser vers la cuisine où, pour mon grand bonheur, je donnais de la laitue aux tortues de Nen aux mains déformées par l’arthrite qui préparait les meilleurs tartelettes aux pommes qu’on puisse imaginer.

*

Dream : I had to recuperate incidents that were essential to the comprehension of the story, they were kept in the heights near an almost unreachable ceiling in a circus where there was nothing but a ladder that was too short to reach the ceiling and that had to be held upright by someone while I climbed up and, once at the very top, had to keep my balance while stretching to reach the incidents, then climbing down while holding them in my arms.

Might as well say “mission impossible” (the ladder resembled the ones used in Kyiv in order to evacuate people from the burning Academy of Science targeted by Russia in its war of total destruction in full view of the whole world, while the Trump family and relations go on cooking up their lousy deals with the Kremlin.)

But the image is also inspired, I think, by the message I received by mail, telling me that my share of the “cloud” was full and that I would need to buy more space in order not to “lose everything”. Big deal. I will do nothing of the kind. The “clouds” which have nothing ethereal about them are already chock full like overflowing attics filled with the worst and the best, offered up as fodder for “agents” filling up on them for motives and to ends over which we have no control. So, thank you very much, the only thing I would love to find would the tip-over moment(s) that led to a world of humans in which one half is automatically considered the “companion” of the one who makes all the decisions. And that is something I’m not about to find out.

Last night at the Tir’Chaille, I was the only one with personal memories of the period of the Korean war which was interrupted in 1953. Some had, not memories, but knowledge about the French disaster of Dien Bien Phu in 1954. So, a useful session, given the brevity of the view we are endowed with when it comes to anything beyond our own experiences in our own generation. Useful, undoubtedly, for the three young students who had just had their first conscious experiences of repression — not open violence in their case but in its more insidious form of “advice” to keep quiet and threats of being expelled from their establishment for the older ones among them. With three cars of gendarmes waiting for them in front of the Lycée when they had arrived at 8 am. And the promise that there were would be moments of “listening” in the coming days, during which they might express their “personal feelings”. The soft technique. Very efficient also when it comes to immobilizing and smothering cries. While others get a hand blown off, or lose an eye, or get their jaw destroyed while tiny lower-level tyrants call in parents for scolding and threats, should their children be found in a demonstration again.

“Children should be seen and not heard”, was the rule at my maternal grandmother’s house. The poor woman had no idea of the shape of things to come. I would leaf through old National Geographic magazines, myself, the ones with hand “colorized” photos, or get banished to the kitchen for my greatest pleasure of feeding lettuce to the turtles kept by Nen, she of the hands deformed by arthritis who made the best apple tarts one could imagine.

One comment

Leave a comment