24 octobre 2026

Juste avant le réveil : un vieil anarchiste de ma connaissance arrive à toute vitesse en vélo alors que je traverse le pont vers chez-moi, freine à peine, le temps de lancer “rond-point” et repart donner le mot d’ordre à quelqu’un d’autre, avant cela, après avoir tourné en rond dans un tout petit logement, nous (des amis et moi-même) habitions une grande propriété où, chaque fois que nous revenions de promenade, nous trouvions, au même endroit dans le jardin, un nouveau rat mort au corps boursouflé de noyé.

Et bonjour le jour. Pas besoin de psychanalyste pour “analyser” le tout. Hier, et tout en notant que les rassemblements s’étaient faits dans le calme à Albi et ailleurs dans le Tarn, le préfet déclarait l’interdiction des rassemblements dans le département. Il a peut-être aussi déclarer le couvre-feu, je n’en sais rien. Par contre, je sais qu’un mot d’ordre circulait pour des rassemblements sur certains ronds-points et je crains fort qu’il n’y ait des personnes qui se fassent tabasser, ou pire, les affrontements étant quasiment inévitables dans le climat actuel. Et bien que j’admire beaucoup les slogans des années passées, tel que le El pueblo unido jamas sera vencido, “jamas” ne concorde pas vraiment avec la réalité des jours présents, époque dans laquelle les “nasses” numériques sont déjà à l’oeuvre et le “peuple” est atomisé comme il ne le fut jamais.

Le “pouvoir” ne cèdera pas parce que le “pouvoir” est mû par une force à laquelle il est soumis.

Ayant terminé la re-relecture de Crashed, j’ai repris ma re-lecture d’Anselm Jappe Les aventures de la marchandise — pour une critique de la valeur * où je m’étais arrêtée pour bien comprendre les exemples concrets fournis par Adam Tooze dans Crashed. J’ai donc relu le 2e chapitre, La crise de la société marchande, et commencé la relecture du 3e et dernier chapitre, “Histoire et métaphysique de la marchandise”. Des plus instructifs. Et publié en 2017, la crise n’a fait que s’aggraver depuis.

Il ne s’agit ni de communisme ni de libéralisme, pas plus que de capitalisme d’Etat ou de sa version “libérale”. Il s’agit de la roue dans laquelle les écureuils tournent et tournent à la recherche de la valeur ajoutée qui doit être extraite…du labeur humain. Alors que des sociétés entières se voient sacrifiées avec la venue des dieux-robots ?

La photo de couverture des “aventures de la marchandise” fut prise en Italie en 1950. Du labeur de ces centaines d’hommes, de la valeur qu’ils produisaient, une part seulement leur revenait sous forme de salaire, le reste servant à alimenter le processus de formation de plus de valeur, et plus de valeur, et plus de valeur, sans laquelle l’argent accumulé ne peut que se transformer en trésor inutile dont on retrouve des traces lors de fouilles inopinées. Dorénavant, nous vivons déjà sur l’argent fictif du crédit. Les gouvernements aussi sont tenus dans cette nasse-là. Le système ne peut pas céder, il ne peut que sacrifier de plus en plus de “perdants” pour soutenir les “gagnants” et leurs illusions. C’est avec cette réalité-là qu’il nous faut composer.

*Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise — Pour une critique de la valeur, La Découverte, 2017.

*

Just before waking: an old anarchist I know arrived at full speed on his bicycle as I was crossing the bridge to my place, barely put on the brakes to say “round-about” and took off to pass the word to someone else, prior to that, after turning in circles in a tiny apartment, we (some friends and I) lived on a large property where, every time we returned from a walk, we would find, at the same spot in the garden, a new dead rat, bloated as if drowned.

And good morning to the day. No need for a psychoanalist in order to “analyse” the whole thing. Yesterday, and while noting that the demonstrations had been quiet in Albi and elsewhere in the Tarn, the prefect declared that demonstrations were forbidden in the Department. He may also have declared a curfew, I don’t know. However, I do know that a call was circulating for assemblies at certain roundabouts and I very much fear that some people will get beaten or worse, clashes between almost unavoidable in the current climate. As much as I admire the slogans of by-gone years, such as the Chilean El pueblo unido jamas sera vencido, “jamas” doesn’t quite match the reality of these times when digital “kettling” is already at work, and the “people” are atomized as they never were before.

“Power” will not give an inch because “power” is held in the grips of a force to which it is subservient.

Having finished re-rereading Crashed, I picked up on my re-reading of Anselm Jappe’s Les aventures de la marchandise — pour une critique de la valeur (The adventures of merchandise — for a critique of value) where I had left off in order to better understand the concrete examples provided in Adam Tooze’s Crashed. So I re-read the 2nd chapter, “The crisis of the merchant society”, and began re-reading the 3rd and final chapter “History and Metaphysics of merchandise”. Most instructive. And published in 2017, the crisis has only gotten worse since.

It’s not about communism or liberalism, nor is it about State capitalism or “liberal” capitalism. It’s about the mad squirrel wheel of the system’s need for added value that must be extracted from …from human labor ? When entire societies are being sacrificed to the advent of the robot gods ?

The cover phot to the “adventures of merchansie” was taken in Italy in the 1950s. From the labor of hundreds of men, value produced by them was only partially handed back to them as a salary, the rest serving to feed the process of creating more value, and more value, without which accumulated money can only become a useless treasure like those that turn up sometimes during unexpected excavations. Henceforth, we are already living off the fictitious money of credit. Governments are also held in that “kettling”. The system cannot yield, it must sacrifice more and more “losers” in order to keep the “winners” afloat with their illusions. This is the reality with which we must deal.

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