
(marionnette de Steffie Bayer)
Réveil à …8h20, j’entre en hibernation, ou quoi ?
Rêves : d’abord, une discussion sur le sens à attribuer aux mots; puis, je fais la rencontre de quelqu’un du nom de Lucien, nous éprouvons beaucoup de sympathie mutuelle et parvenons à communiquer sans paroles (comme on fait dans les rêves) parce qu’il a subi une chirurgie pour un cancer de la gorge qui l’a privé de cordes vocales).
Sur le sens à attribuer aux mots : sans doute, quelque chose à voir avec la vidéo de David Graeber sur les emplois utiles et inutiles, qui débute justement sur la question des significations distinctes du mot “valeur”, selon qu’on parle de valeur monétaire ou de valeurs morales. Et du fait, justement, que les emplois utiles — par exemple, éboueurs, aides-soignants pour les personnes âgés, infirmiers hospitaliers, profs, ainsi que la plupart de celles et ceux qui font tourner les métiers artistiques, sont fort mal rémunérés. Comme si le fait de travailler à ce qu’on aime ou trop “en bas de l’échelle” faisait en sorte qu’il ne soit pas nécessaire d’être rémunérés correctement, alors que les emplois inutiles, eux, ben, il fallait bien que l’argent serve de stimulant, sinon, pourquoi les faire ?
Et bien que je ne sache pas lequel des invités à la clôture du Théatre du Rugissant ait pris cette photo, je l’utilise ici comme illustration quand même — l’une des merveilleuses marionnettes crées par Steffie Bayer qui crapahute comme nous le faisons tous et toutes, parce que La Dette, voyez-vous, doit être remboursée et les taxes sur les patrons ne doivent pas être augmentées, non non non, en raison de toute la “valeur” qu’ils produisent, supposément, alors qu’allez savoir pourquoi, quelquchose l’empêche de ruisseler vers le bas, allez savoir pourquoi.
Terminé la re-relecture de Crashed*, hier. Adam Tooze a remis son manuscrit à l’éditeur durant le premier mandat de Donald Trump. Il terminait alors sur les questions suivantes : “Sommes-nous entrés dans la crise en somnambules ou y étions-nous poussés par des forces obscures ? Qui est responsable du désastre humain qui s’ensuivit ? Le développement inégalitaire et conjoint du capitalisme mondial le moteur de toute l’inégalité ? Comment les passions populaires affectent-elles les prises de décisions politiques des élites ? Comment les politiciens exploitent-ils ces passions ? Existe-il une voie vers l’ordre domestique et international ?”
C’était en 2018. Huit ans plus tard, question “exploitation des passions” (celles de la “populace”, comme celles des riches voulant l’être encore plus) les mécanismes se raffinent de plus en plus et la “valeur” gruge “les valeurs” avec bien plus d’enthousiasme que ne gruge la bestiole derrière la cloison chez-moi.
J’ai terminé la soirée en “lisant” les contes russes illustrés par Bilibin. Comprendre : en me faisant le plaisir de reconnaître de plus en plus de mots en cyrillique, comme on les reconnaît dans les lettres apprises dès l’enfance.
*Adam Tooze, Crashed —Howa Decide of Financial Crises Changed the World, Penguin Books, 2019.
*
I wake up at…8:20, going into hibernation or what ?
Dreams: First, a discussion on the meaning to attribute to words; then I meet someone by the name of Lucien, we experience a lot of mutual sympathy and manage to communicate wordlessly (as you do in dreams) because he was operated for a throat cancer that has left him deprived of vocal chords).
As for the meaning to attribute to words: no doubt, something to do with the video of David Graeber on useful and useless jobs which begins precisely on the different meaning of the word “value”, depending on whether you’re talking about monetary value or moral ones. And of the fact that, precisely, when the jobs are useful —for example, garbage disposal, care for the elderly, hospital nurses, teachers, as well as most of those who keep the artistic world alive, are very poorly paid. As if the fact of working at what you love or too low down on the “social scale” meant that you didn’t need to be paid correctly, whereas in useless jobs, well, money served as the stimulus to stick to them, or else, why bother ?
And though I don’t know which of the guests at the Rugissant Theater’s ending on Saturday grabbed the image I’m using as illustration, here it is anyway — one of the wonderful puppets by Steffie Bayer who is now scrambling as we all are because The Debt don’t you know, must be repaid and the bosses taxes must not be raised because of all the “value” they produce, supposedly, and damn it, something just keeps it from trickling down, go figure.
Finished re-rereading Crashed* yesterday. Adam Tooze turned in his manuscript to the editor during Donald Trump’s first mandate. He ended then on the following questions: “Did we sleepwalk into crisis, or were there dark forces pushing ? Who is to blame for the ensuing human-induced, man-made development of global capitalism the driver of all instability ? How do the passions of popular politics shape elite decision-making ? How do politicians exploit those passions? Is there any route to international and domestic order ?”
This was in 2018. Eight years later, as far as “exploitation of passions” goes (those of the “populace” as well las those of the wealthy wishing to be wealthier still) the mechanisms are becoming more and more refined and “value” is gnawing away at “values” with a lot more enthusiasm even that that displayed by the beastie gnawing inside the wall at my place.
I ended the evening by “reading” the Russian tales illustrated by Bilibin. Meaning : by experiencing the pleasure of recognizing more and more words in cyrillic print, as one recognizes words in letters learned since childhood.
*Adam Tooze, Crashed —Howa Decide of Financial Crises Changed the World, Penguin Books, 2019.