
Rêve : En prévision de mon mariage, je devais suivre un cours de “préparation au mariage” à l’église et prendre rendez-vous avec une spécialiste des mariages, rendez-vous que je lui fixais pour le samedi 10 octobre, ma mère me demandait quand je verrais la spécialiste et badaboum la catastrophe “le 10 octobre ? Mais c’est le jour de ton mariage ! Ah, malheureuse, tu ne feras que des bêtises toute ta vie ? Qu’est-ce que je, qu’est-ce que tu et patatipatata ah lala ah lala, moi j’étais embêtée de devoir expliquer mon erreur à la spécialiste, vrai, ça ne faisait pas très sérieux de ma part d’oublier la date de mes noces…
Un événement entièrement fictif puisque dans la vraie vie, mon père avait fait éruption de la manière la plus indigne imaginable et ma mère avait mis en scène la “crise cardiaque” la plus incroyable de l’histoire des fausses crises cardiaques, un numéro digne d’une anthologie, et ni l’un ni l’autre n’avait assisté à mon mariage à – ah, mon Dieu ! – un…un Juif… Et non-pratiquant, en plus ! Mais où va-t-on, où va-t-on ? Qu’ils reposent en paix, tous deux, comme le veut l’expression. Tout ça pour si peu, je ne peux même pas imaginer comment ils navigueraient les eaux glauques et violentes actuelles.
Hier soir, j’ai relu plusieurs des poèmes de Han Yü dans Ombres de Chine*, puis je me suis régalée de l’humour de type britannique d’Armand Robin — ce passage souligné dans ma copie D’Autre en Autre**, tiens : “Le premier soin de Claudel fut de se lever assez tôt pour être au travail avant Dieu dans les champs du chaos.” (Et me revient le souvenir des éternuements incontrôlables causés par les nuages de poussière soulevés par les comédiens sur une scène sur-élevée au Seminaire de Montréal, dans une représentation de L’Annonce faite à Marie où ils se déplaçaient d’un bout de la plate-forme à l’autre dans l’emphase et les effets de manches ). Et puis, son très beau texte sur Péguy que les “bonnes soeurs” avaient réussi à rendre aussi insupportable qu’une relique sacrée. Merci à Robin, merci à Françoise Morvan pour cette réhabilitation.
Et puis, cette merveilleuse image du travail de traduction, dans la préface aux Ombres de Chine : “Le personnage (réel ou inventé) brasille à la limite de l’apparition, comme s’il était juste sous la surface de l’eau, se forme et se dissout, se recompose dans le passage d’une langue à l’autre, du monde sans parole que chacun porte en soi au monde matériel des mots offerts à lire.”
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Clowneries, cet après-midi au cirque. Nous sommes 7 ou 8 inscrits, me dit l’administratrice.
*André Markowicz, Ombres de Chine, inculte/dernière marge 2015
¨¨Armand Robin, D’autre en Autre, Textes rassemblés et présentés par Françoise Morvan, Editions Mesures 2025
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Dream : For my upcoming wedding I had to follow a “preparation for marriage” session at the church and fix an appointment with a wedding specialist, which I set for Saturday, October 10, my mother asked me when I was seeing the specialist and of Lord oh my, such a catastrophe, “on October 10th ? But that’s your wedding day ! Oh you dummy, will you be a disaster your whole life ? What did you do and yadda yadda oy oy oy, I was very embarrassed at the thought of having to explain my mistake to the specialist, seriously, how embarrassing of me, forgetting the date of my own wedding…
An entirely fictitious event since, in real life, my father had erupted in a most unbecoming fashion and my mother had staged the most ridiculous “heart attack” imaginable, an anthology-worthy number really, and neither the one nor the other had been at my wedding to – gasp ! – a… a Jew… And a non-practicing one at that ! What in the world was this world coming to ? May they both rest in peace, as the saying goes. So much ado over so very little, I can’t begin to imagine how they would fare in the violent and murky waters of these times.
Last night, I re-read several of Han Yü’s poems in Ombres de Chine, then I enjoyed some of Armand Robin’s British-style humor in this underlined sentence in my copy of D’autre en Autre, for instance : “Claudel’s first precaution was to wake up early enough to be toiling away in the fields of chaos before God was.” (And arises the recollection of the uncontrollable fits of sneezing caused by the dust produced by the actors on a raised stage at the Seminary in Montreal, in a representation of The Tidings Brought to Mary, tramping from one end of the platform to the other, with much emphasis and gesticulations). And also, his very fine text about Péguy whom the nuns had managed to render as unbearable as a saintly relic. Thanks to Robin, thanks to Françoise Morvan for this rehabilitation.
And that wonderful image in the Ombres de Chine preface, of what translation consists of : “The character (real or invented) glimmers at the edge of appearance, as if he were just under the surface of the water, taking shape, dissolving, re-composing in the passage from one language to another, from the wordless world we all carry within us to the material world of words offered up for reading.”
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Clowning, this afternoon at the circus. There are 7 or 8 registrations, the administrator tells me.