
Ouf. Pénible, ce rêve. Pénible au point de prendre un long moment pour bouger, ranimer le corps — étirements, profondes respirations, préparation du thé, avant même de chercher à le noter. Son ambiance : pire que la séance avec le fonctionnaire lors du renouvellement de mon titre de séjour. Disons : comme celle du rêve, avec une rencontre avec une Inspectrice Générale de l’Education Nationale sous un gouvernement RN, venue avec des parents RN dénonciateurs d’un prof, “faire enquête” mais n’écoutant pas un seul mot, parlant sans m’écouter lorsque je proteste en défense du prof et repartant après l’avoir licencié et moi, je devais préparer le repas des adieux avec l’Obligation stricte d’y servir du porc.
Il suffit de lire les propos d’un Jordan Bardella se voyant déjà Premier ministre de Marine Le Pen présidente, pour savoir à quelle sauce les “étrangers” seront mangés sous un gouvernement RN — parmi tous les autres malheurs qu’on peut en attendre. En conversation avec quelqu’un hier, elle me dit, à la blague (puisque je suis une “étrangère” moi-même) : “T’inquiète, on te trouvera un mari français.” Ce à quoi je réponds qu’il fait mieux d’être dans un ashram au loin ou constamment en expédition dans des terres lointaines, car je vis très très bien ma condition de célibataire, et ne suis pas du tout intéressée par un renouvellement des voeux de mariage.
Allez. En raison de la didascalie “Exit pursued by a bear” (Il sort poursuivi par un ours), j’ai relu The Winter’s Tale de Shakespeare hier pour en venir à la conclusion que cette didascalie est ce que je préfère de cette pièce dont je trouve les personnages peu crédibles et les enchaînements invraisemblables. Mais pour ce qu’il en est de la vraisemblance dans la “vraie vie” par les temps qui courent…Entre un pdg d’entreprise publiant une “constitution” que ces GML (grands modèles de langage) seraient tenus de respecter, la “philosophe” au service de son entreprises disant qu’elle souhaite que “Claude” (le GML en question) soit “très heureux”, et l’imbécile affirmant que les vents qui soufflent au-dessus des Etats-Unis sont produits américains et appartiennent aux Américains,** les possibilités ouvertes à l’imbécilité me paraissent quasi illimitées. Ce qui ne sera pas le cas, à la condition que les racines du sens commun plongent suffisamment profondément dans la terre pour donner naissance à de nouveaux surgeons de l’Arbre qui Refusait de Mourir. Amen et allelujah. (La façon dont la femme parlait pour noyer ma voix dans le rêve: exactement la même technique qu’emploient les officiels de Trump lorsqu’ils sont interrogés par des membres du Congrès ou du Sénat, et par les “experts” télé ici dénigrant l’Ukraine et vantant Poutine sur les plateaux de télévision française. Noyez le Sens Commun ! Dénoncez l’horrible complot “woke” visant à vous priver de vos armes !)
**si je puis me permettre : les paroles de ce monsieur contredisaient les propos de son président adoré qui lui, durant les incendies au Canada, a prétendu que les Canadiens dirigeaient la fumée de ces feux vers les Etats-Unis pour empoisonner les Américains. (J’imagine d’énormes ventilateurs installés à la frontière…)
(La pièce de Mikhaïl Boulgakov, La Course * (mais, en russe, le mot signifie aussi fuite). Les Actes qu’il nomme Rêves (Premier, Deuxième, Troisième…) Les Russes blancs réfugiés en Turquie dans le Rêve Cinquième… Le carnaval, c’est bien le mot. “Course sans fin dans les choses du monde”, se lit la dédicace dans ma copie. (Didascalie à la fin du Rêve Cinquième débutant par les mots : “Les Anglais se jettent sur les Italiens, Les Italiens sortent des couteaux. Voyant les couteaux, le public, en hurlant, se jette de tous les côtés, et se terminant par les mots : Nuit…Le silence s’instaure et c’est un nouveau rêve qui prend son cours…” )
*Mikhaïl Boulgakov, La Course, Préface et traduction d’André Markowicz, Editions Mesures 2025
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Yoyks. Such a painful dream. Painful to the point of taking a long time just to move, and bring life into the body — stretches, deep breathing, preparing tea, prior to even attempting to jot it down. It’s atmosphere : worse than the session with the civil servant when I’d renewed my residency status. Let’s say: like that in the dream in a meeting with the woman serving as Inspector General of National Education under an RN regime, come with the RN parents who’ve denounced a teacher, she’s there for the “inquest” but doesn’t listen to a single word, speaking over me when I protest in defence of the teacher, and leaves after having fired him and I must then prepare the farewell dinner with the strict Obligation of serving up pork.
All you need is to read the words of one Jordan Bardella who already sees himself as President Marine Le Pen’s Prime Minister to know in what gravy “strangers” will be served up under an RN government — among all the other misfortunes attendant on an RN government. In conversation yesterday with someone, she said as a joke (since I am a “stranger” myself) : “Not to worry, we’ll find you a French husband.” To which I replied he had better be living in an ashram far away, or constantly on expedition in distant lands, because I’m very very content as a single person and not at all interested in another attempt at wedding vows.
All right. Because of my favorite stage direction, the one that reads “Exit pursued by a bear” I re-read Shakespeare’s The Winter’s Tale yesterday only to reach the conclusion that this stage direction is what I most like about this play in which I find the characters not terribly credible and the sequences unbelievable. But given what believability is left in “real life” these days…Between a boss publishing a “constitution” his LLMs (Large Language Models) would be held to, the “philosopher” at his firm declaring that she hopes “Claude” (said LLM) will be “very happy”, and the idiot claiming that the winds blowing above the USA are American products and belong to Americans*, the possibilities open to idiocy strike me as quasi unlimited. Which will not prove to be the case, so long as the roots of common sense lie deep enough in the ground to give rise to fresh sproutings of the Tree that Refused to Die. Amen and Hallelujah. (The way the woman talked over me in the dream : exactly the same technique as that used by Trump officials when questioned by Congress or Senate members, and by tv “experts” disparaging Ukraine and praising Putin, over here on French television. Drown Common Sense ! Denounce it as a horrible “woke” plot to take away your guns !)
*If I may be so bold as to mention that the gentleman’s words were denying President Trump’s assertion that the winds “blowing from Canada” during the fires were meant to poison Americans (I picture huge ventilators at the border…)
(Mikhaïl Bulgakov’s play, The Race (but in Russian, the word also means escape). The Acts called Dreams (First, Second, Third…) The White Russians taking refuge in Turkey in the Fifth Dream…The carnaval, truly the applicable word. “Endless race in the world’s things” reads the inscription in my copy. (The stage directions at the end of the Fifth Dream begin with the words : “The English throw themselves on the Italians. The Italians take out knives. Seeing the knives, the howling public runs in all directions”, and ends with the words : “Nightime…Silence settles and another dream begins its run…”)