16 avril 2026

Grâce à Guillaume d’Ockham (1290 ?-1347)*, l’illogisme des récits qui passaient pour des vérités n’avait rien à voir avec le fond du récit lui-même, bien que personne ne voulait me croire. Voilà ce qu’il en fut, en matière de rêve, la nuit dernière. Ah oui, et l’homme qui avait survécu à la traversée, étendu sur le sol et attendant d’être vendu comme esclave.

Je ne sais pas si on avait besoin de libérer un lit plus rapidement, cette fois-ci que la dernière, mais me voici de retour à la maison depuis hier après-midi; l’infirmière devant passer jusqu’à samedi pour les soins. Pour l’heure, la boursouflure au cou me fait un triple menton, l’effet morphine est enfin dissipé, la douleur ne mérite même pas une mention, et les veines de mes deux bras et de mes deux mains vont pouvoir se remettre de toutes les ponctions qu’elles ont subies. Miss Rosa m’a fait le plus beau des accueils. Au son de ma voix l’appelant, elle a escaladé la palissade du côté du cirque, re-devalé de ce côté-ci et galoper en cavalcade vers moi en poussant des petits cris brefs – genre “ah ! te voilà ! te voilà ! te voilà !” pour venir se frotter contre mes jambes et se faire caresser. Ça fait plaisir quand même. (Gratitude du ventre ? Sans doute, préférable à aucune gratitude du tout et puis, voilà, qui a-t-elle connu depuis qu’elle avait à peine 6 semaines ?)

Du séjour lui-même, outre l’intervention elle-même, me reste le rythme infernal que doivent soutenir tous les membres du personnel, avec la consigne supplémentaire (pour les infirmière, aide-soignantes et femmes de ménage, surtout, les médecins ont un peu plus de marge de manoeuvre) d’être toujours aimables en plus de compétentes. Et ce, malgré le fait de se retrouver cette année avec une infirmière et une aide-soignante de moins dans chaque unité. Elles cavalent, de jour comme de nuit, dans des corridors interminables, prêtes à toute éventualité (la ré-animation près de moi d’un homme en salle de réveil, causant gentiment avant de perdre conscience d’un seul coup, l’autre homme, noir de peau et d’humeur, pas du tout roi de ses malheurs, répétant une mélopée triste, triste, on allait le laisser mourir comme une ordure, il n’y avait aucune place pour des propos d’encouragement, je lui ai quand même souhaité bon courage quand le brancardier est venu me transférer aux soins intensifs. Et il a quand même dit “merci, madame”, donc, sorti de la spirale ne serait-ce que pour quelques secondes.

Quant à la nourriture. L’illustration résume le tout, d’autant que la morphine me coupe l’appétit; mais l’ironie du décalage entre la marque de commerce “La vie de château” avec sa vache couronnée de ce truc se prétendant un “emmental français” m’enchante au point de l’avoir rapporté pour l’offrir à une amie dont le sens de l’ironie atteint des niveaux comparables au mien.

De la situation de par le monde, je sais qu’Orban a été battu en Hongrie; il a concédé la victoire avec une facilité qui me dit rien qui vaille. JD Vance se permet des conseils de sagesse envers le pape tout en défendant l’indéfendable bouilli verbal de son président. (Si le plat principal dans l’image ci-haut ressemble à du vomi, que dire de ce qui sort de la bouche de Donald J. Trump…)

Et ici, en France ? Le milliardaire Bolloré poursuit sa razzia sur les grandes maisons d’édition françaises, congédiant les éditeurs et les remplaçant par ses hommes de main; le procès de Sarkozy prend une nouvelle tournure, maintenant que son ancien directeur de cabinet, Claude Guéant en a assez de se faire charger par son patron; et le projet de loi Yadan passe en lecture à l’assemblée nationale. Sous couvert de “formes renouvelées” qu’aurait pris l’antisémitisme, elle viendrait criminaliser toute parole, même indirecte, qui aurait pour conséquence d’associer les mots “terrorisme” ou “génocide” au comportement des dirigeants actuels du gouvernement israélien. Comme si la parole n’était pas suffisamment dévoyée comme ça, si on ne peut plus appliquer les qualificatifs qui s’imposent aux gestes des uns comme des autres, où allons-nous, Guillaume d’Ockham, mais où ?

(L’autre re-lecture entre les différentes ponctions corporelles en clinique : Notes on Nationalism par George Orwell, première publication en 1945 et qui pose la distinction essentielle entre nationalisme et patriotisme.)**

*Joël Biard, Guillaume d’Ockham, Logique et philosophie, Presses universitaires de France, 1997.

**George Orwell, Notes on Nationalism, Penguin Books 2018

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Thanks to Ockham (1290 ?-1347)*, the illogical stream of tales mimicking truths had nothing to do with the root of the tale itself, although no one wanted to believe me. Such was the stuff of dreams, last night. Ah yes, and the man lying on the floor who had survived the boat crossing and was waiting to be sold off into slavery.

I don’t know if I was sent home more quickly than after the first surgery because there was need to free a bed more quickly this time, at any rate, here I am, back home since yesterday afternoon: the nurse will come through Saturday for treatment. For the time being, the swelling gives me a triple chin, the morphine effect is lifted at last, le pain does not even deserve a mention, and the veins in both my arms and hands can get a chance to recover from all the poking they received. Miss Rosa gave me a grand “welcome home!”. At the sound of my voice calling her, she scaled up the palissade behind the circus, scaled down into the garden and raced toward me, letting out brief calls like “ah! there you are! there you are! there you are!” to come rub up against my legs et let herself be petted. A pleasant feeling. (La gratitude du ventre ? (Belly gratitude)? No doubt, honest and way better than no gratitude at all, besides, who has she known since she was 6 weeks old?)

Of the hospitalization itself, apart from the surgery, I retain the infernal rhythm all the staff must maintain, with the extra obligation (for the nurses, nurses’ aids and cleaning staff, mainly, the doctors have a bit more leeway) to be pleasant at all times on top of being competent. And this, despite the fact that they are one nurse and one aide less in each unit since last year . They gallop, day and night, through endless hallways, ready for every possibility (re-animating a patient next to me in the recovery room, chatting pleasantly one minute and passed out the next, the other man with thoughts as dark as his skin, no ruler over his miseries was he, repeating his sad, sad song about being left to die like a piece of garbage, there was no room for any comforting words, I just wished him lots of courage when the stretcher-bearer showed up to transfer me to intensive care. But he did say “merci madame”, so managing to pull himself out of his spiral for a few seconds.

As for the food. The illustration summarizes the whole thing, especially since the morphine reduces my appetite to nothing; but the irony between the gap between the brand “La vie de château” with the crowned cow on that thing claiming to be “French emmental cheese” delights me to such a point that I brought it back as a gift to a friend whose sense of irony is at levels comparable to mine.

Of the state of the world, I know that Orban was beaten in Hungary; he conceded the victory so easily I’m leery of what will happen next. JD Vance offers advice on wisdom to the pope while defending the indefensible verbal glop emerging from his president. (If the main course in the image above looks like vomit, what is there to say about what comes out of Donald J; Trump’s mouth…)

And here in France ? Billionaire Bolloré continues razing the big French publishing houses, firing the editors and replacing them with his henchman; Sarkozy’s trial take on a new turn, now that his former chief of staff has had enough of being made the fall guy for his boss’ orders; and the Yadan bill is being examined by the national assembly today and tomorrow. Under cover of fighting against “renewed forms ” of antisemitism, it would result in criminalizing any comment, even indirect that would result in associating the words “terrorism” or “genocide” to the behavior of the current Israeli government. As if words had not been sufficiently corrupted already, if one can’t even apply the proper qualifiers to the actions of the ones and the others, where are we off to, William of Ockham, where indeed?

(The other reading between the various sessions poking and piercing at the clinic: Notes on Nationalism by George Orwell, first published in 1945, making the basic and necessary distinction between it and patriotism.)**

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