
Rêves : dans le premier, j’en avais plus que marre des accusations démentes de ma fille, reprises par d’autres, aussi déments qu’elle et qui ne me connaissaient même pas, le tout formant une chose à l’apparence d’un nuage imitant la forme d’un insecte noir et ridicule; puis s’y adjoignait une foule de faux scandalisés se délectant en mode “indigné” des demi-révélations et insinuations des dossiers Epstein.
Des rêves aussi explicites n’ont pas grand chose d’intéressant à apprendre sur les plaisirs inavoués des hypocrites célébrant leur passivité.
Pas grand chose à voir avec mon existence, telle qu’elle se passe en réalité. Primo : quelqu’un s’étant désisté d’un rendez-vous avec le chirurgien vasculaire, j’ai rendez-vous…cet après-midi pour envisager et la date de l’intervention et les questions qu’elle soulève, pour l’avant comme pour l’après. D’où lecture hier de descriptions de l’intervention elle-même et des risques qui y sont associés, question de savoir ce que je veux examiner avec lui aujourd’hui. Rien de très léger dans la perspective de remettre sa vie entre les mains de quelqu’un qui va trancher dans le système vasculaire alimentant le cerveau.
Ni grand chose à voir avec l’agacement profond que je ressens devant l’espèce de dilettantisme que déploient des personnes instruites, éduquées, lorsqu’elles abordent “les problèmes de l’heure” avec la même excitation inutile que des gamins s’échangeant des cartes pokémon. Le même genre de relation hors-sol avec les faits que celui s’exprimant face aux “scandales”. Commentaires et empoignades sur le scandaleux de l’un scandalisant l’autre…pendant qu’à force de s’affronter sur qui est le plus connaissant, ben, les choses se font sans eux…mais leur indignation demeure intacte. Des mots, sans jamais en apprécier ni le poids, ni les conséquences. Les mots, comme s’ils n’étaient pas des actions chargées de conséquences, justement.
Je relis, petit à petit le Pouvoir et puissance de Sébastien Charbonnier pour cette distinction fondamentale entre ces deux états que l’anglais regroupe sous le seul mot de power. Etymologiquement parlant, le mot pouvoir découle du latin potestas, qui donne aussi potentat, le mot puissance, lui, de potencia qui donne aussi potentiel. Les deux n’ont pas grand chose à voir, l’un avec l’autre.
“La logique des rapports de pouvoir est simple“, écrit Charbonnier, “elle consiste à nous priver de la nécessité, c’est-à-dire à nous déconnecter de l’expérience — et de l’attention à ses effets.” Sans même que les beaux parleurs y fassent gaffe, les mots qu’ils utilisent, triturés, hachés et retransmis par les “moteurs de traduction” se transforment en symboles de ce qu’on appelait dans mon enfance québécoise de “p’tit Jos connaissant” qui ne savait rien d’autre que de se faire le perroquet d’une illusion de pouvoir.
Ainsi vont les choses. Vieillir implique beaucoup de dés-apprentissage de ce qu’on nous a inculqué pendant l’enfance. Question de rendre aux mots la puissance qui leur a été dérobée.
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Dreams: in the first one, I as more than fed up of my daughter’s demented accusations that were taken up by others as demented as she and who didn’t even know me, the whole thing having the shape of a cloud imitating a black and ridiculous insect; then, a crowd of phoney scandalized one joined in, savoring in “indignant” mode the semi-revelations and insinuations of the Epstein files.
Dreams that are that explicit don’t have much that’s interesting in terms of learning about the unacknowledged pleasures of hypocrites celebrating their passiveness.
Not much to do with my existence as it plays out in reality. First of all: someone having cancelled their appointment with the vascular surgeon, my appointment is …this afternoon to set the date for the surgery and look at the matters related to it, both prior to and following it. Which led yesterday to reading descriptions of the surgery itself and of the risks associated with it, so as to know what to examine with him today. Nothing light-hearted about literally putting your life in the hands of someone cutting into the vascular system irrigating your brain.
Nor do the dreams have much to do with the deep annoyance I experience when encountering the kind of dilettantes among well schooled, well educated people discussing “topical subjects” with the same useless excitement as kids trading pokemon cards. The same kind of lofty attitude toward facts as the one dealing with “scandals”. Comments and arguments over this one’s scandalous over that one’s scandalous…while they play out who is the more knowledgeable, events occur without them…but their indignation is intacts. Words, without ever taken into account their weight, nor their consequences. Word, as if they were not themselves actions loaded with consequences.
Little by little, I’m re-reading Sébastien Charbonnier’s Pouvoir et puissance for that fundamental difference between two states of being that English combines under the one word of power. Etymologically speaking, the word power derives from the Latin potestas, which also gives the word potentate, whereas the word puissance, derives from potencia, which also leads to the word potential. The two don’t have much to do with one another.
“The logic of power relationships is simple”, writes Charbonnier, “it consists of depriving us of necessity, which is to say of deconnecting us from experience — and of attention to its effects”. Without even becoming aware of it, all the fancy talker, using words mixed, hacked, crush and retransmitted through “translation bots” turn into symbols used by those we called “p’tit Jos connaissant” — littl’ Joe know-it-all — in my québécois childhood, for those who don’t do anything other than parrot illusions of power. We’ve all internalized aspects of this because that’s the kind of world we live in, where achievement is supposed to open the gates to greater and greater bliss, when, in fact, it does the exact opposite.
And so it goes. Growing old involves a lot of unlearning what we were taught as children. So as to hand back to words the potential stolen from them.