
(Au retour de la pharmacie, gros plan sur la beauté des cicatrices sur un platane /walking back from the pharmacy, close-up on the beauty of the scars on a plane tree)
Réveil de rêves dont il ne reste que des images éparses, flottantes, dont celle où je tente l’escalade d’un tas de gravats très fins n’offrant aucune prise, derrière lequel se trouverait la vérité. J’ouvre les yeux, dans ma tête Yves Montand chante le poème de Prévert :
Quel jour sommes-nous ?
Nous sommes tous les jours mon amie
nous sommes toute la vie, mon amour
Nous vivons et nous nous aimons
Nous nous aimons et nous vivons
et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour.
Jacques Prévert
Hier, cette nuit, quelqu’un a consulté une chronique du 22 décembre 2019 parlant du cinéma local, de son clap final sur les présentations de films d’art et d’essai. Celui où j’avais vu le film de Raoul Peck sur James Baldwin, I am Not your Negro dont j’avais l’affiche au mur chez moi. Hier, j’ai terminé la journée sur une entrevue de Raoul Peck sur Médiapart, parlant, notamment, de son dernier film sur George Orwell, intitulé George Orwell 2 + 2 = 5. Je ne savais pas qu’Orwell était mort à 45 ans, peu avant la sortie de 1984. À un moment dans l’entrevue, Raoul Peck dit : “Il faut nommer les choses parce que, lorsqu’on nomme les choses, on peut les changer.” En fait, parfois, souvent, le changement s’enclenche dans le fait de nommer les choses correctement. Et aussi, cette autre phrase de Peck : “Chaque fois, chaque jour, il ne faut rien retenir dans la prise de risque.” Phrase dans ma tête qui se traduit par l’image, à divers moments dans ma vie, d’effectuer le saut hors de l’avion, sans savoir si le parachute apparaîtra ou pas. (Jusqu’à date, il est toujours apparu et il s’est toujours déployé, me déposant parfois dans des endroits et des circonstances bizarres mais qu’importe, l’essentiel étant de respecter l’impératif de quitter “l’avion” en question.)
Visiteurs et visiteuses hier, bref aperçu d’un sketch de l’humoriste américain Jon Stewart au moment où il dit “our bombs are now smarter than our president” (“dorénavant, nos bombes sont plus intelligentes que notre président”). Lecture sur The Guardian des horreurs perpétrées par des chatbot menant certains esprits à se perdre au point de se suicider selon les instructions du chatbot ou d’élaborer des rituels de dés-envoutement pour se libérer de Lucifer, de ses pompes et de ses oeuvres et injurier un parent en lui souhaitant de se faire violer avec un bâton pointu. À cet égard, le 2 mars à la Clinique Claude Bernard d’Albi, sur le seul papier à ma disposition (l’endos d’un événement nommé “Mars Bleu Ensemble, luttons contre le cancer colorectal !”), j’ai écrit : “À moins d’être masochiste, vient le jour où on n’accepte plus de se faire injurier, en cherchant quand, comment et pourquoi on mériterait pareils outrages. Je n’ai aucun accès et aucune responsabilité sur le palais des miroirs dans ta tête où tu transformes les êtres et les événements en extravagances que seul un chatbot flagorneur peut couvrir de louanges, parce qu’il est programmé pour approuver et encourager tout ce que tu racontes, question de te garder sous emprise payante pour son fabriquant. Ne me reste qu’à te souhaiter de parvenir à démêler les fils enchevêtrés de tes inventions, sans grand espoir de retrouver un jour dans le réel la personne que j’y ai connue et aimée au meilleur de mes capacités.”
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Et l’ingénieur des collines, dans L’horloger des brumes, rêveur invétéré dans l’âme, prisonnier et de son corps et du rayonnement modifiant ce dernier, modifications qu’il ne peut que constater, sans pouvoir les contrôler d’aucune façon.
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I wake up from dreams of which only remain scattered, floating images, in one I’m attempting to climb up a hill of a gravel so fine there’s no way to get a grip on it, and behind which truth is to be found. I open my eyes, in my head Yves Montand is sining a poem by Prévert that says What day is this? This is every day, my friend, this is all of life, my love, we live and love, we love and live, not knowing what life is, not knowing what the day is, and not knowing what love is.
Quel jour sommes-nous ?
Nous sommes tous les jours mon amie
nous sommes toute la vie, mon amour
Nous vivons et nous nous aimons
Nous nous aimons et nous vivons
et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour.
Jacques Prévert
Yesterday, or during the night, someone consulted a column from December 22 2019 where I spoke of the final clap on the screenings of art and essay films. The cinema where I had seen Raoul Pecks films on James Baldwin, I am Not your Negro , the poster for which was on my wall at home. Yesterday, I ended the day with an interview on Médiapart with Raoul Peck, speaking, notably of his latest film on George Orwell, titled George Orwell 2 + 2 = 5. I didn’t know that Orwell had died at 45, just before the publication of 1984. At one point in the interview, Raoul Peck says : “We must name things because, when we name them, we can change them.” In fact, sometimes, often, the change begins with the fact of naming things correctly. And also, these other words by Peck: “Each time, every day, you must not holding anything back from the risk taking.” In my head, that sentence gets translated into the image, at various times in my life, of jumping out of the plane, without knowing if a parachute will appear or not. (Up until now, the parachute has always appeared and deployed, sometimes landing me in bizarre locations but no matter, the main thing had been to respect the imperative to leave the “plane” in question.)
Many visitors yesterday, a brief glance at American humorist Jon Stewart when he says “our bombs are now smarter than our president”. Reading on The Guardian of the horrors perpetrated by chatbots leading some minds to become so lost as to kill themselves following the chatbot’s instructions or to elaborate exorcism rituals to free one’s self from Lucifer, from Satan and his works, and wishing on a parent that she be raped with a sharp stick. On this latter matter, on March 2 at the Claude Bernard clinic in Albi, on the only piece of paper in my reach (the reverse side of a campaign against colo-rectal cancer called Blue March), I wrote : “Unless you’re a masochist, there comes a day where you no longer accept to be insulted while wondering when, how and why you could deserve such outrageous accusations. I have no access nor responsibility over the palace of mirrors in your head, transforming beings and events into extravagant events only a sycophantic chatbot can slather with praise, because it is programmed to approve and encourage whatever you make up, so as to keep you under influence for the profit of its manufacturer. All that’s left for me to do is to hope you will manage to unravel the snarled threads of your inventions, with no great hope of ever meeting again the person that I knew and loved to the best of my ability to do so.)
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And the hill engineer, in L’horloger des brumes, an inveterate dreamer in his soul, imprisoned in his body and the radiation modifying it, modifications he can only note without having any control whatsoever over them.