4 mars 2026

Rêve : série de lois scélérates qui démontrait que “l’état de droit” n’était pas nécessairement un état de justice (ou que la justice n’était pas un synonyme d’intégrité), pendant qu’un homme n’en finissait pas de préparer une salade en y rajoutant constamment des la verdure hachée menu.

Au réveil : les mots “Trois gros rats” que la neurologue faisait répéter à ma voisine dans la chambre 220 du service de neurologie pour tenter de réactiver les circuits qui tireraient ses borborygmes de la bouillie de sons qu’elle produisait, vers des mots compréhensibles. Mots qui me remettent en mémoire un extrait d’un carnet, écrit à la main par quelqu’un en 1974 et retrouvé en 2184 quand il n’y a pas de Champollion pour déchiffrer une écriture manuscrite. Le personnage (“Gilou”) avait noté ce qui suit :

Une nuit sur le mont Tabor ils tombèrent sur trois rats morts

C’était bien mal commencer la retraite anticipée

où ils devaient reconnaître l’animal qui s’rait leur maître

Ils choisirent d’ignorer cet indice mal avisé

Mal leur en prit car aujourd’hui

Ils s’entre-déchirent à qui peut dire

qu’il fut le seul et le premier

à signaler les rats crevés.

(L’illustration ci-haut, en raison de notes griffonnées juste avant le sommeil et que je rajouterai, soit avant, soit après le passage de l’infirmière ce matin — souvenirs des impressions ressenties par “l’ingénieur des collines” à l’âge de 9 ans lors de la 4e déflagration nucléaire et de la disparition de la montagne qu’il avait toujours rêvé qu’il explorerait, un jour.

*

Pour ce qui est des “lois scélérates” dans le rêve, ce passage dans Le Pont flottant des rêves de la traductrice Corinne Atlan née en Kabylie d’un père juif et d’une mère catholique : « La famille de mon père faisait partie de ces juifs d’Algérie, originaires d’Italie et d’Espagne, ou Kabyles convertis qui, pendant la période d’occupation française, furent d’abord considérés comme « indigènes » au même titre que la population musulmane, puis promus citoyens français à partir de 1870, grâce au décret Crémieux. Le régime de Vichy ayant abrogé le décret en 1940, les juifs algériens furent déchus de leur nationalité française, chassés de la fonction publique, interdits d’exercice de leurs métiers de médecins, avocats ou professeurs, et leurs enfants exclus de l’école française par des autorités coloniales particulièrement zélées (et d’un antisémitisme notoire.) Le débarquement allié de 1942  permettra aux juifs d’Algérie d’échapper à la Shoah, alors que la politique d’internement, d’abord dans des camps installés au sud du pays, commençait à être mise en oeuvre. Ils ne retrouveront toutefois leur nationalité française qu’en 1943. »

Son père conservera pour le reste de sa vie, « cette blessure et considérait le fait d’être juif comme un obstacle et un danger. Il tenait beaucoup à l’éducation chrétienne de ses enfants, qu’il voulait ainsi protéger, et s’est lui-même converti au catholicisme aux alentours de la soixantaine. » 

S’il est encore besoin d’illustrer le ridicule des « citoyennetés » et des papiers en attestant…

Entre-aperçu hier sur facebook, la mort d’un détenu “ICE” aux Etats-Unis, qualifiée d’homicide par le médecin légiste, vu les traces distinctes d’étranglement, et le refus des autorités de livrer la dépouille d’un autre mort dans ce centre de détention, la loi exigeant pourtant pareil examen post-mortem.

Ah, la loi. Je répète : née en Kabylie d’un père juif et d’une mère catholique,  dans Le Pont Flottant des Rêves *: « La famille de mon père faisait partie de ces juifs d’Algérie, originaires d’Italie et d’Espagne, ou Kabyles convertis qui, pendant la période d’occupation française, furent d’abord considérés comme « indigènes » au même titre que la population musulmane, puis promus citoyens français à partir de 1870, grâce au décret Crémieux. Le régime de Vichy ayant abrogé le décret en 1940, les juifs algériens furent déchus de leur nationalité française, chassés de la fonction publique, interdits d’exercice de leurs métiers de médecins, avocats ou professeurs, et leurs enfants exclus de l’école française par des autorités coloniales particulièrement zélées (et d’un antisémitisme notoire.) Le débarquement allié de 1942  permettra aux juifs d’Algérie d’échapper à la Shoah, alors que la politique d’internement, d’abord dans des camps installés au sud du pays, commençait à être mise en oeuvre. Ils ne retrouveront toutefois leur nationalité française qu’en 1943. »

Son père conservera pour le reste de sa vie, « cette blessure et considérait le fait d’être juif comme un obstacle et un danger. Il tenait beaucoup à l’éducation chrétienne de ses enfants, qu’il voulait ainsi protéger, et s’est lui-même converti au catholicisme aux alentours de la soixantaine. » 

S’il est encore besoin d’illustrer le ridicule des « citoyennetés » et des papiers en attestant… Ou comment ces allemands respectueux de la loi purent occulter le sort réservé à leurs concitoyens juifs sous le 3e Reich…

Allez. Onward, Kadima, Davaï.

*Corinne Atlan, Le Pont flottant des rêves, éditons La Contre Allée 2022

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Dream: a series of rogue legislations that demonstrated that the “rule of law” was not necessarily the rule of justice (or that justice was not a synonym of integrity), while a maan went on endlessly preparing a salad by adding bits of greenery snipped fine.

Upon waking: the words “Trois gros rats” (three big rats) the neurologist had my roommate in room 220 of the neurology unit repeat over and over again in an attempt to reactivate the circuits that would pull her stew of mumblings back toward comprehensible words. Those words bring back to mind en excerpt in a notebook written by hand in 1974 and found in 2184 when no Champollion was available to make out handwritten words. The character (“Gilou”) had jotted down a kind of parable about three men on Mount Thabor who came across three dead rats — a bad omen they chose to ignore since they were there to discover what animal would be their guide, and now, they are at loggerheads as to which of them will claim he was the one and only who pointed out the dead rats.

Une nuit sur le mont Tabor ils tombèrent sur trois rats morts

C’était bien mal commencer la retraite anticipée

où ils devaient reconnaître l’animal qui s’rait leur maître

Ils choisirent d’ignorer cet indice mal avisé

Mal leur en prit car aujourd’hui

Ils s’entre-déchirent à qui peut dire

qu’il fut le seul et le premier

à signaler les rats crevés.

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The ‘illustration above, because of jottings last night, just before falling asleep, that I will be adding to the engineer’s part of the story, just before or immediately after the visit from the nurse this morning – recollections of his impression at age 9 at the time of the 4th nuclear blast and the disappearance of the summit he had always dreamed of exploring some day.

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As for the “rogue laws” in the dream, this excerpt from Le Pont flottant des rêves (The Floating Bridge of Dreams) by translator Corinne Atlan born in Kabylia of a Jewish father and a Catholic mother: « My father’s family was one of those Algerian Jews, originally from Italy and Spain, or converted Kabyls, who, during the period of the French occupation, were first considered as “natives” as were the Muslim inhabitants, then promoted to the status of French citizenship starting in 1870, with the Crémieux decree. The Vichy regime repealed the decree in 1940, Algerian Jews were stripped of their French nationality, ousted from public service, forbidden to practice their trade as doctors, lawyers or teachers, and their children excluded from French schools by particularly zealous colornial authorities (whose anti-semitism was well-know). The landing of the Allies in 1942 allowed the Jews of Algeria to escape the Holocaust, while their internment, first in camps in the South of the country, had started being implemented. However, they would only recover their French nationality in 1943. »

For the rest of his life, her father suffered from “this wound and considered the fact of being Jewish as an obstacle and a danger. He was very committed to a Christian education for his children he wanted to protect in this way, and converted to catholicism himself somewhere around his sixties.”  

Should there still be need to illustrate the ridiculousness of “citizenships” and of the papers certifying them…

On facebook yesterday, I caught a glance of an article concerning an “ICE” detainee whose death, was qualified as homicide by the coroner, given the clear marks of strangulation around his neck, and the refusal of the authorities to hand over the remains of another man who died in this detention center, even through the law makes such a post-mortem examination mandatory.

Ah, the law. I repeat : Should there still be need to illustrate the ridiculousness of “citizenships” and of the papers certifying them… Or how those law-abiding Germans could black out the fate of their Jewish fellow citizens under the 3rd Reich…

Allez. Onward, Kadima, Davaï.

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