19 février 2026

Non, je ne l’ai pas noté, ce rêve qui m’a tirée du sommeil vers les 3 heures du matin. Il était en anglais, tout en rimes sur des mots comme blue, through, anew. Ne m’en reste que l’image de ce milicien condamné à passer 4 heures par jour à remplacer les têtes d’ogives nucléaires par des plus récentes, et qu’il (le rêve) était en réplique à ce passage dans le Titus Andronicus de Shakespeare où devant l’énormité des malheurs qui assaille Titus — ses fils massacrés, sa fille violée dont on a coupé et la langue et les mains pour éviter qu’elle dénonce ses agresseurs, on dit à Titus qu’il faut qu’il exprime cette douleur, sinon “Sorrow concealed like in an oven stopped/Doth burn the heart to cinders where it is” (la douleur cachée comme dans un four scellé/ réduit le coeur en cendres là où il se trouve). Mais Titus, lui, devant l’énormité de ses malheurs, commence par éclater de rire, car où sont-ils les mots qui pourraient assumer le poids de pareilles tragédies? Avant de céder à la rage qui le consume.

“...ce qu’elles ont, les poitrine des mortels, de nuit aveugle !” écrit Ovide dans Les Métamorphoses dans le récit de Philomèle et de sa soeur Procné qui se vengent du mari de cette dernière qui a violé Philomèle et lui a coupé la langue pour qu’elle ne le dénonce pas (Procné tue son fils avec l’aide de sa soeur et le fait manger à son mari).

Ce qui me sidère le plus, ça n’est pas la violence dans les récits ou dans les films d’horreur dont bien des gens sont friands (façon “innocente” de nourrir la part de “nuit aveugle” ?) tout en ne voulant ni connaître les détails, ni assumer les conséquences des horreurs réelles dont la charge s’alourdit chaque jour. Suivi de “jamais plus, jamais plus” après les catastrophes lorsque, inévitablement, certains détails en émergent. Avant d’en remettre une couche quelques années plus tard.

Si j’en crois ce que j’ai lu dans La Terre Habitable, il y eut un temps dans les 4,5 milliards d”année de son existence, où la terre s’est transformée en énorme boule de neige. Je ne trouve aucune consolation dans le fait de savoir que la terre, habitée ou pas, continuera à tourner autour du soleil jusqu’à ce que ce dernier s’épuise dans une explosion emportant toutes les planètes qui l’entourent. Non, aucune consolation du tout, à moins d’être un imbécile de milliardaires pour qui la chose se rapprochant le plus du bonheur consisterà faire souffrir les autres et à se dire je m’en fous au sujet de tout ce qui passe en-dehors de leur alcôve dorée. Ils sont légions et la nuit aveugle dans leurs poitrines ne leur suffit pas.

Eh oui, j’aimerais bien visiter une version plus guillerette de la réalité (et parole d’honneur, je le fais chaque fois que l’occasion s’en présente). Dehors, le vent souffle à nouveau, la pluie tombe, et la rivière rugit. Il faudra compter sur la musique entrecoupée de pubs débiles pour maintenir le moral au niveau des jonquilles précoces (narcisses, en fait), en train de prendre une bonne trempée dans la cour.

*

No, I didn’t jot down the dream that pulled me out of sleep toward 3 Am. It was in English, all in rhymes on words such as blue, through, anew. All that remains is the image of a militia man condemned to spending 4 hours a day replacing the heads of nuclear missiles with more recent ones and that the dream was a response to a passage in Shakespeare’s Titus Andronicus where, faced with the enormity of the woes assailing Titus — his massacred sons, his daughter who’s been raped and had her tongue and hands lopped off so she couldn’t name her aggressors, someone says to Titus that he must express his pain, or “Sorrow concealed like in an oven stopped/Doth burn the heart to cinders where it is”. But Titus, under the weight of his woes burst out laughing, because where are the words that could bear the weight of such tragedies ? Before giving way to the rage consuming him.

“…such blind night do the breasts of mortals contain!” write Ovid in The Metamorphoses‘ tale about Philomel and her sister Procné taking their revenge on the latter’s husband who raped Philomel and cut off her tongue so that she could not denounced him (Procne kills her son with her sister’s help and feeds him to her husband).

What most astonishes me isn’t the violence in this tales or in horror movies many people enjoy (an “innocent” way to feed the share of “blind night” ?) while refusing to know the details or bear the consequences of the true horrors, the weight of which increases every day. Followed by “never again, never agin” after the catastrophes when, inevitably, some of the details emerge. Prior to laying down an extra layer a few years later.

Well, at some point in its more than 4,5 billion years of existence, Earth turned into a huge snowball, I read in La Terre Habitable. No consolation in the knowledge that Earth, inhabited or not, will go on circling the sun until it burns out, engulfing the planets surrounding it. No consolation at all, unless you’re a fool billionaire whose closest approximation to happiness resides in making other people suffer and saying who cares ? about anything that happens outside his gilded cubicle. There are legions of them, and the blind night in their breasts are not enough for them.

Well yes, I would like to visit a jollier version of reality (and scout’s honor, I do so every time the opportunity arises). Outside, the wind is blowing again, the rain is falling and the river is roaring. I’ll have to rely on music interrupted by stupid ads to keep morale at the level of the early daffodils (narcissus, in fact) taking a good soaking out in the yard.

2 comments

Leave a reply to Helene Beauchemin Cancel reply