
Je vais être incapable de noter ce rêve qui a été comme la face interne du sommeil pendant toute la nuit. Il y était question d’une chirurgie comparable à la lobotomie mais qui portait un autre nom, que les médecins recommandaient pour les déviances comportementales, nous étions un autobus plein de personnes devant assister à une présentation sur le sujet une femme imposante prenait la parole, dénonçant la procédure mais, lors d’une seconde intervention, lorsque je parvenais à lui parler seule à seule, elle me recommandait d’écouter l’avis de mon médecin que je devais voir immédiatement après la présentation et j’étais dans la confusion la plus totale à savoir pourquoi elle avait changé d’avis — avait-elle subi la chirurgie entretemps ?
Mais le rêve lui-même n’était pas aussi simple que ce résumé. Il y avait aussi une personne assise à mes côtés, en train d’écrire un article qui s’intitulait “Les sept années d’une présidence” et qui en était à décrire les deux premières années; la première étant “le triomphe qu’on s’emploie à faire paraître modeste et quelques petites mesures sans conséquences négatives sur le budget”; il en était à la 2e année avec le “lancement des grandes manoeuvres”, mais la femme imposante se mettait alors à parler.
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Dehors, plutôt que de se lever, la brume va en s’épaississant. Hier, du mélange assorti de mes lectures, je retiens surtout le septième épisode d’une série dans Médiapart intitulée “Neuf idées pour empêcher une société fasciste”. Je retiens cette septième qui me plaît particulièrement avec les propositions du dessinateur Alessandro Pignocchi de “proposer des formes de vie plus intenses et plus joyeuses” au niveau local — réseaux, coopératives, des “ébauches d’autonomie territorialisées”, sortes de transformation de l’Etat par l’intérieur. Des “réseaux territorialisés d’entraide et d’autosubsistance créent de fait les ingrédients basiques et fondamentaux” d’un “déjà-là” qu’il distingue du gradualisme socia-démocrate qui parle de transformer les institutions pas à pas, en partant par le haut. Ici “c’est une reprise de pouvoir progressive par en bas mais qui assez vite acquiert les moyens d’impacter la façon dont fonctionnent les institutions d’État, et de glisser un coin entre elles et la capture par les grandes puissances financières.”
Ce que tente de construire Rustine à petite échelle au Tir’Chaille, en fait. Ce que nous avions tenté, il y a maintenant plus de 50 ans avec les réseaux de crèches populaires, coops alimentaires et cliniques médicales populaires à Montréal. Certes, elles ont été emportées et/ou transformées en leur contraire, mais les conditions sociales et économiques ont bien changé depuis et, de toute façon, je ne peux que préférer opter pour l’entre-aide joyeuse plutôt que pour la colère hargneuse. (Pour le reste, j’étais surtout plongée dans la section sur les démocraties participatives amérindiennes et la visite de certains de leurs représentants à Paris, à l’époque où Montesquieu écrivait son Esprit des Lois. Et, ajoutent Graeber et Wengrow, un jour viendra peut-être où on ne s’esclaffera plus à l’idée que l’Europe ait pu prendre ses premières leçons de démocratie des “sauvages” d’Amérique.)
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I’ll be unable to jot down this dream that was like the inner face of sleep for the entire night. It was about a surgery comparable to lobotomy but which bore another name, that medical doctors recommendent in cases of behavioral deviance, we were a busload of people who were to receive a presentation on the topic, a woman of imposing size spoke up, denouncing the procedure but, in a second intervention when I managed to speak with her one on one, she recommended that I listen to the advice of my doctor that I was to see immediately after the presentation, and I was in total confusion as to why she had changed her mind — had she been subjected to the surgery in the meantime?
But the dream itself was not as simple as this summary. There was also someone sitting next to me, busy writing an article titled “The seven years of a presidency” and who was describing the first two years; the first being “the triumph one works at giving the appearance of modesty and a few small measures with no negative consequences on the budget; he was writing about the 2nd years with “the launching of the grand maneuvers”, but the impressive woman started talking.
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Outside, rather than lifting, the fog is growing thicker. Yesterday, from the mixed bag of my reading, I mostly retain the seventh episode of a series in Médiapart, titled “Nine ideas to counter a fascist society”. I’m particularly taken by this seventh with the suggestions of the cartoonist Alessandro Pignocchi to “offer living options that are more intense and joyful” at the local level – networks, coops, “outlines of territorial autonomy”, a sort of transformation of the State from within. “Networks of of territorial mutual aid and self-subsistance creating de facto basic and fundamental aspects ” of an “already-here” he considers different from the social-democrats’ gradualism that talks of transforming the institutions step by step, starting at the top. Here “it’s a progressive repossession of power from the bottom but that fairly quickly can acquire the means of impacting on the the way State institutions function, and insert a wedge between them and the hoarding practiced by the major financial powers.”
What Rustine is attempting to build on a small level with the Tir’Chaille over here, in fact. What we had attempted, over 50 years ago now with the networks of people’s daycare centers, food coops and medical clinics in Montreal. True, since then, they have been carried away and/or transformed into their opposites, but the social and economic conditions have much changed since then, and, besides, I can only prefer opting for joyful mutual aid rather than hate-filled anger. (For the rest of the time yesterday, I was deep into the section on participatory democracy of Native Americans and the visit of some of their representatives at the time when Montesquieu was writing The Spirit of the Laws. And, Graeber and Wengrow add, a day might yet come when no one will guffaw at the thought that Europe may have taken its first lessons in democracy from the “savages” in America.