
Bonjour ? –
L’article était dans le New York Times, il y a deux jours, signé par le conseiller général de l’agence américaine de sécurité nationale: “…Nous avons tous conscience d’être à l’aube de changements technologiques inimaginables. Les téléphones portables et l’internet nous paraissent d’une utilité tellement incontestatble que nous les prenons pour acquis, mais c’est seulement parce qu’ils sont dorénavant au cœur de nos vies quotidiennes, et non parce qu’ils en faisaient toujours partie. En effet…Google a débuté en 1998. YouTube n’a que quatorze ans et le iPhone a seulement douze ans…D’autres technologies qui ont transformé notre monde – le chemin de fer, l’électricité, la radio, la télévision, les voitures et les avions, ont toutes mis des décennies avant d’atteindre pareil niveau d’ubiquité. La société a eu le temps d’y ajuster ses normes, ses règlements et les lois applicables à ces technologies ainsi the que les rôles respectifs des gouvernment et des secteurs privés…”
Ce qui n’est plus le cas, avec d’autres changements sur le point de nous affecter alors que la “cyberactivité nocive” n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Sans parler de la prolifération de ce que ce monsieur appelle “l’internet des objets” – votre frigo commandant du beurre à votre place pendant que le grille-pain enregistre la discorde autour de la table du petit déjeuner et que votre “assistant personnel” devient muet si on le questionne sur le sens de tout ça (ou répond avec une blague?)
On aura compris, j’espère, que je ne m’en fais pas du tout pour les agences de sécurité des uns comme des autres. Mon propos est ailleurs et beaucoup plus terre à terre.
Oui, iPhone a seulement douze ans, et tous les gamins de douze ans que je croise, même dans cette ville plutôt amochée, se rendent à l’école les deux yeux collés sur l’écran de leur iPhone d’imitation, et seraient incapables de décrire leur environnement immédiat même si leur vie en dépendait. Adresser un “bonjour” à n’importe lequel d’entre eux semble projeter le pauvre enfant dans cet état non désirable qu’on appelle “entrer en relation avec un autre humain – EN VRAI.” Passant devant la crèche? Je vois des mères, les yeux vissés sur leur téléphone, traînant un gamin qui tente d’attirer leur attention au sujet de quelque chose qu’il a vécu pendant la journée, sans succès.
J’ai cessé de faire des accompagnements scolaires l’année dernière, suite à mes problèmes de santé. Mais le plus clair de mon temps n’était pas consacré à la révision des règles de grammaire ou aux tables de multiplication. Non, le plus clair de mon temps passait à tenter d’amener les enfants à mettre des mots sur leurs pensées et leurs ressentis.Des mots. Autre que “bof”, “j’sais pas” ou “pas envie.” Pour s’exprimer, pour nuancer, et pour savoir distinguer le vrai du faux.
Non, je ne suis pas en train de prétendre que les choses étaient tellement mieux “au bon vieux temps”. Les interactions humaines ne sont pas nécessairement merveilleuses, mais bonnes ou mauvaises, elles forment la base d’une compréhension du comment entrer en relation avec les autres, en vrai et en temps réel. Même les échecs les plus cuisants en la matière nous enseigne des choses au sujet des autres qu’aucun algorithme ne saurait déceler. Un savoir-faire utile, il me semble, même pour ces jours où pour cause de logiciels malveillants ou autre motif, le monde numérique perd le nord, intentionnellement ou non. Non?
Bonjour? –
The article was in TNYT two days ago by the general counsel of the American National Security Agency: “…We all sense that we are on the cusp of unimaginable technological changes. Cellphones and the internet seem of such manifest utility that we take them for granted, but that is only because they have become so central to our daily lives, not because they have been around forever. Indeed, …, Google started in 1998. YouTube is only 14 years old, and the iPhone is merely 12 years old…Other transformational technologies, such as railroads, electricity, radio, television, automobiles and airplanes, all took several decades before they reached that comparable level of ubiquity. Society had the time to sort out the norms, rules and laws governing those technologies and the respective roles of government and the private sector…”
Not so anymore with yet more to come, with “malicious cyberactivity” still in its infancy. Not to mention the proliferation of what the man calls “the internet of objects” – your fridge ordering more butter on your behalf while the toaster records the grumpiness at the breakfast table and your “personal assistant” goes mum when questioned about the meaning of it all (or provides a joke instead?)
I’m not in the least bit worried about the security agencies of this one or that one. My concern is elsewhere, at ground level, so to speak.
Yes, iPhone is merely 12 years old and every twelve-year old I encounter, even in this run-down town, walks to school with both eyes glued to his iPhone knock-off and couldn’t describe the immediate surroundings in a meaningful way, even if his or her life depended on it. Addressing any one of them with a “bonjour” seems to jolt the poor child out into an unwelcome state of being called “relating to a human being – LIVE”. Walking by the kindergarten? I see mothers with their eyes glued to their phone, dragging along a kid. On occasion, one of those children attempts to engage the mother’s attention over something or other that happened during the school day, with no success.
I stopped doing school remedial work last year for health reasons. But most of my time was not spent on revising rules of grammar or learning multiplication tables. No, most of my time was spent trying to get the children to put words on their thoughts and their feelings. Words. Other than “whatever”, or “I dunno”, or “don’t feel like it.” To express themselves, to qualify, and to tell the difference between true and false.
No, this isn’t about claiming things were so much better in “the good old days”. Human interactions are not necessarily wonderful, yet, both good and bad, they form the basis of an understanding about how to relate to others, in real time and in real contact. Even the bitterest failures teach us things about other humans no algorithme ver detects. A useful skill, I should think, even for those days when, through malware or other means, the digital world goes un- or intentionally screwy. No?