Peur de l’autre/Fear of the other

Peur de l’autre –

J’écris les lettres presque tous les jours. Je ne les poste pas de peur qu’elles ne fassent rien d’autre que nourrir les incompréhensions mutuelles qui ont mené à cette impasse. Comme le veut l’expression: Ne réveillez pas le chien qui dort. Ce que je traduis par: ne provoque pas une nouvelle charge de colère rageuse, et les interprétations humiliantes qui s’ensuivent à ton sujet.

La peur. La peur de l’autre quand l’autre se révèle différent de ce qu’on avait imaginé. La peur de ce que cela révèle au sujet de ce qu’on croyait être une relation où l’autre comprenait certainement ce que vous vouliez dire, malgré la distance et les difficultés.   La peur de ne jamais parvenir à combler l’abime qui s’est creusée. La peur tout simplement.

J’écris les lettres. Je ne les poste pas de peur de blesser encore davantage. La peur que j’inspire semble encore plus grande que la peur que j’éprouve devant certaines pertes de contrôle. Je ne sais pas comment me comporter devant tant d’amertume, de ressentiment et de refus de les abandonner.

Prend-on pour acquis que je vis loin comme mode d’évitement? Pourtant lorsque l’occasion s’est présentée d’une rencontre, on a choisi de l’ignorer. Peut-être s’imagine-t-on que je me passe de connection internet et que je me contente d’un service téléphonique minimal comme mode d’évitement aussi? Comme si mes problèmes   n’existaient pas “vraiment” comme réalités objectives.

Je sais. Je ne comprends pas. Et donc, j’écris les lettres mais je ne les poste pas puisque, ces jours-ci,  la personne à qui je les adresse ne semble répondre que dans ma tête.

Face à ma table de travail, je garde deux des notes qu’elle m’avait adressées, l’une en 2016, l’autre en 2015. Elle n’avait  pas une si mauvaise opinion de moi à l’époque. J’aime croire qu’elle aura de nouveau une meilleure opinion de moi, un jour où elle acceptera de vivre avec ce qu’elle ne comprend pas et ce dont elle n’approuve pas nécessairement. C’est difficile. Souvent, je n’y arrive pas.  Je continue d’essayer. J’espère  poster une de mes lettres, un jour.  En attendant, j’adresse mes salutations, de loin.

Et je passe au reste de ma journée.

Illustration: le fleuve St-Laurent depuis l’Ile des soeurs, Montréal Québec.

Fear of the other –

I write the letters almost every day. I don’t mail them because I fear they will do nothing other than feed the mutual misunderstandings that led to this impasse. Let sleeping dogs lie, according to the saying. Which I translate into: Don’t provoke a fresh onslaught of raging anger and the humiliating characterizations of who you are that ensue.

Fear. Fear of the other when the other turns out to be different from who you imagined. The fear of what this reveals of a relationship in which you thought there was no need to explain what the other certainly understood of your meaning, despite the distance and the difficulties. The fear of never managing to fill the abyss that has developed. Fear, plain and simple.

I write the letters. I do not send them for fear of causing yet more pain. The fear I inspire seems  even greater than the fear I experience when confronted by losses of control I do not understand.  I don’t know how to cope with so much bitterness, resentment and refusal to let go.

Perhaps the assumption is that  I live far away as a mode of avoidance. Yet, when the opportunity arose for a meeting, the avoidance was not mine.  Perhaps there is an assumption that I do  without an internet connection and get by with a minimum-service phone also as a mode of “avoidance”? As if my problems didn’t “really” exist as objective realities.

I know. I don’t understand. And so, I write the letters but I don’t send them since the person to whom I write only seems to answer in my own mind, these days.

I keep two of her notes on the bulletin board in front of my writing table. One from 2016, the other from 2015. She did not think so ill of me then. I like to imagine she will think better of me again on a day when she accepts the risk of dealing with others she does not necessarily understand and of whose behavior she does not necessarily approve. It’s hard. I don’t often manage it either. I go on trying. I hope to send one of my letters some day. In the meantime, I send greetings from afar.

And I move on to the rest of my day.

Illustration: The Saint-Lawrence river, seen from Nuns’ Island, Montreal, Québec.

 

 

 

2 comments

  1. Une autre version de 100 fois sur le metier ! Il faut aussi croire que les ondes positives peuvent traverser les mers et eventuellement se frayer un chemin la ou elles sont dues.

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