31 janvier 2026

Rêve : J’allais visiter une connaissance, elle était en couple avec un homme parfait sosie du vice-président américain JD Vance, ils habitaient le rez-de-chaussée d’un duplex typique de Montréal, je les trouvais en discussion concernant la plantation d’un arbuste fleuri, non, disait-elle, cette espèce attirait des serpents noirs très venimeux, il ne voyait pas où était le problème, il était vêtu d’une robe de chambre de femme, rose, et apparaissait à l’improviste un homme à moustache en costume-cravate qui lui parlait, puis disparaissait aussitôt, nous nous retrouvions pour le repas autour d’une table chambranlante, les enfants étaient déjà assis à attendre la nourriture, la femme me disait que tout serait parfait si seulement il n’y avait pas cette histoire au sujet de la poste qui refusait de payer les frais d’envoi d’une statue du “lama rouge” que son compagnon aurait expédié et qui aurait été perdu, l’homme à moustache apparaissait, le mec en robe de chambre le suivait, la femme et moi échangions un regard et elle disait “oui, l’histoire me paraît peu crédible, je crois que la statue est toujours en sa possession.”

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Ah la-la. Le fric. Hier soir, dans la traduction française de Carceral Capitalism par Jackie Wang*, je lisais au sujet de l’industrie de la dette. Car il s’agit bel et bien d’une industrie dans laquelle individus, municipalités, pays se débattent pour le plus grand bonheur de ceux profitant de la bulle comme si elle n’éclaterait jamais. Un exemple individuel parmi tant d’autres, en plus des faillites de grandes villes comme Detroit au Michigan, histoire rapportée dans le très sérieux Harvard Law Review : Un pauvre mec (dans tous les sens du terme) est pris à dérober une cannette de bière dans un commerce. Verbalisé, il refuse de payer les $80 qu’il n’a pas et que lui coûterait un avocat nommé d’office, et plaide coupable. Le juge le condamne à une amende de $200 pour la canette de bière dérobée, et au port d’un bracelet électronique pendant un an, supposé enregistré sa consommation d’alcool (il n’en fait rien, ou s’il l’enregistre, tout le monde s’en fout). Le bracelet est propriété d’une entreprise privée, il coûte le montant de base de $50 auquel se rapporte des frais mensuels de service de $39, en plus d”un frais d’ utilisation de $12 par jour. Tout ceci payable à l’entreprise privée. Evidemment, le type est rapidement incapable de régler ces montants auxquels se rajoutent alors les frais de retard. L’entreprise obtient alors qu’il soit emprisonné pour dettes impayées. (Il y a de fortes chances que le pauvre type se soit retrouvé dans une prison privée pour la poursuite de l’exploitation de son désir désolant et impardonnable pour une cannette de bière à $1.)

Personnellement, je ne vois pas comment un système financier peut se maintenir dans ces conditions, mais comme la majorité des pays dits “émergents” croulent sous les obligations de remboursement pharamineux de dettes aux intérêts composés (et dont le principal a disparu dans les comptes off-shore de leurs dirigeants) et comme mon ex-conjoint tomba dans le panneau des prêts à intérêts variables, lui aussi, je vois bien que tout va bien tant que ça dure pour ceux que le système avantage. Parfaitement cruel et inhumain ? De toute évidence, mais comment serait-il possible autrement d’accumuler des fortunes dans les milliards pendant que des villes entières sont incapables de remplacer la tuyauterie ancienne qui distille le plomb dans l’eau supposément potable coulant du robinet ?

Pour une raison ou une autre, on appelle encore ça du capitalisme. Mais avec la mécanisation accrue du travail et la financiarisation des échanges, la supposée “libre-concurrence” des entreprises n’existe même plus. Pendant que les programmes culturels, sociaux et de santé sont coupés parce qu’ils “coûtent un fric de dingue”.

Cet après-midi, avec l’administratrice, je vais réviser le budget du cirque qui s’oriente vers un déficit sérieux. La cause ? Baisse dans les inscriptions aux cours pour enfants comme pour adultes. Il faudrait blâmer les méchants individus qui ne comprennent pas tout l’intérêt de ses programmes ? Alors que nous sommes dans un quartier dit “prioritaire” (de nom seulement) dans lequel les gens peinent de plus en plus pour avoir des emplois, même pour placer les boîtes de conserve sur les rayons du supermarché “discount”.

Alors, quand un pauvre type s’évertue à faire la leçon aux méchants lecteurs qui ne se précipitent pas pour s’abonner au journal sur lequel il s’échine — allant jusqu’à les accuser d’être de pauvres crétins qui ne s’intéressent ni à la lecture, ni au sort du monde — je me dis : un peu de générosité, peut-être, au moins dans la parole ? Nous en sommes tous à nous dépatouiller dans un système pourri, la moindre des choses serait de faire montre de gentillesse envers les autres qui s’échinent autant que toi. Quant à ceux qui profitent du système, ils n’ont même pas une pensée à te consacrer, alors pourquoi perdre ton temps à leur adresser des injures ?

*Jackie Wang, Capitalisme carcéral, avec préface de Didier Fassin et postface de Gwenola Ricordeau, traduction française de Philippe Blouin, 2019.

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Dream: I went to visit an acquaintance, she was in a couple with a man who was the perfect physical likeness of the American Vice-president JD Vance, they lived on the ground floor of a typical Montreal duplex, I found them discussing the planting of a flowering shrub, no, she said, that variety attracted extremely poisonous black snakes, he couldn’t see what was the problem with that, he was wearing a pink woman’s dressing gown, every once in a while a man would show up to speak to him, moustachiod, wearing a suit and tie, and disappear again, we gathered for the meal around a wobbly table, the children were already there, waiting for the food, the woman told me everything would be perfect really, if only there wasn’t that business of the Post office refusing to pay the cost of sending the statue of the “red lama” her companion had sent and that had been lost, the man with a moustache appeared, the one in the dressing gown followed him, the woman and I exchanged a glance and she said, “yes, that story strikes me as not credible, I believe the statue is still in his possession.”

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Oh boy. Money money money. Last night in the French translation of Jackie Wang’s Carceral Capitalism *, I read about the debt industry. Because it is truly an industry in which individuals, townships, countries struggle for the greater good of those profiting from the bubble as if it would never explode. One individual example among others, along with the bankcruptcy of large cities such as Detroit Michigan, a story reported in the every-so-serious Harvard Law Review : a poor guy (in every meaning of the word) was caught lifting a can of beer in a store. Verbalized, he showed up in court, and refused the appointed lawyer who would have cost him $80 he didn’t have. The judge fined him $200 for the stolen can of beer, and a one-year probation period wearing an electronic bracelet supposed to record his consumption of alcool (it didn’t or if it did, nobody gave a damn about it). The bracelet belongs to a private firm, it carries a basic cost of $50 to which is added a monthly service fee of $39, plus a daily user fee of $12. All this payable to the private firm. Of course, the guy is quickly unable to pay these amounts, to which are soon added late-payment fees. The firm then obtains his imprisonment for unpaid debts.(Chances are the poor bugger ended up in a privately owned prison for further exploitation of his unconscionable and unforgivable longing for a $1 can of beer.)

Personally, I can’t see how a financial system can hold under such conditions, but as the majority if not all countries described as “emerging” are crushed under the weight of obligations to reimburse phenomenal amounts on debts bearing composite interests (and the principal of which has disappeared in the the offshore accounts of their leaders), and as my ex-spouse fell for the scam of loans with variable interest rates, I can say how all’s well for as long as it lasts for those advantaged by the system. Perfectly cruel and inhuman? Clearly, but how else would it be possible for some to hoard fortunes in the billions while entire towns are unable to replace ageing plumbing distilling lead in the supposedly potable water coming out of the faucet?

We’re still calling it capitalism, for some reason. Yet, with the growing mechanization of the labor force, and financiarization of the exchanges, the so-called “free competition” between industries doesn’t even exist anymore. While cultural, social aid, and health programs are reduced because they “cost too much”.

This afternoon, with the administrator, I’ll be going over the budget for the circus, heading toward a serious deficit. The cause ? A dip in registrations for children’s and adult classes. The nasty individuals who don’t understand the full interest of these programs are to blame ? When we are in a neighborhood labelled as a “priority” (words are cheap) where people struggle more and more in finding jobs, be it only as shelvers for canned goods at the discount supermarket ?

So when a poor sod keeps on scolding those nasty readers who aren’t rushing to subscribe to the paper he spends his life on — going so far as to accuse them of being dumb idiots who don’t give a damn about reading or about the fate of the world — I tell myself: try a bit of generosity, maybe, at least with your words? All of us are floundering in a rotten system, the least youcan do is show some kindness toward others who are struggling just as much as you are. Those who are profiting will never give a damn about you anyway, so why waste your time on calling them names ?