
Rêves : Des pages entières de mots en caractère d’imprimerie défilaient à toute vitesse, trop vite pour être lues, pendant que le son de mots défilait aussi, juste sous le volume nécessaire pour les comprendre; puis, moi et d’autres étions prisonniers d’un système informatique dont nous ne pouvions pas nous échapper; puis, image finale : le chef d’état et son commandant des armées françaises, mines déconfites et portant tous deux des chapeaux afghans à bordure bleu marine, marchaient devant leurs ennemis armes pointées sur eux, les conduisant vers la signature de leur reddition.
Mais ces mêmes “chapeaux afghans” étaient peut-être des toques comme il s’en portait à une certaine époque du Moyen-Âge. Pourquoi ? En raison de ces informations plus dingues qu’un rêve selon lesquelles le nonce apostolique aux Etats-Unis fut convoqué…non pas aux bureaux du secrétaire d’Etat mais au Pentagone, pour une semonce sur le thème “ton gars a intérêt à savoir de quelle côté se brancher “, suite aux critiques du pape Leon XIV, avec le sous-secrétaire d’état mentionnant ces incidents au 14e siècle lorsque le roi français, Philippe le Bel, décida que son autorité surpassait celle du pape, pendant que le désastre frappait à Rome et que les papes s’installaient à Avignon, avec anti- et contre-papes se rajoutant au ragoût.
La démence au pouvoir.
Pour ce qui est d’être “prisonniers” d’un système informatique, c’est bien le cas pour tout le monde, alors les plus récentes avancées dans “l’intelligence” des machines, décelant les failles dans les codes numériques existants ajoute une note additionnelle aux débandades multiples et variées dans lesquelles nous tentons de garder pied. Croyants ou non dans une entité divine, vaya con dios.
(À cause du son “va” dans le mot “vaya”, me vient à l’esprit la chanson kabyle A Vava Inouva, oh oui, grand-père, ouvre-moi la porte, je crains l’ogre de la forêt, fais tinter tes bracelets, petite, dit le grand-père à la petite qui lui porte à manger depuis qu’il est reclus en raison de ses critiques, fais-les tinter que je sache que c’est bien toi, car je le crains aussi.)
Il y a des temps où on entend parler des choses terribles qui se sont produites, jadis, et ce ne sont que des contes, on peut les mettre de côté, il ne s’agit que de distractions, au fond. Puis, surviennent des temps où des choses terribles se produisent, et ne pas perdre pied devient une question existentielle.
Personnellement, poursuivre avec L’Horloger des Brumes fait partie du “ne pas perdre pied”. Passage rapide de Camille, hier, avant son cours à des gens qui veulent apprendre comment rendre la perspective dans leurs dessins. Elle est tout à fait partante pour le format que je propose. Ne reste que les “détails” — terminer l’écriture, et les dessins, et trouver les sous pour la mise en oeuvre du projet. Mon A Vava Inouva à moi, pendant que les ogres parcourent les forêts.
Et puis, ça y est : d’après le dernier bulletin de Gallimard, “Comme un flambeau dans ces ténèbres noires” de Josef Brodsky – anthologie dans une édition d’André Markowicz – sortira fin avril (voir illustration). J’en ai renouvelé ma réservation à L’Autrucherie.
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Dreams: Entire pages of printed words streamed by, much too fast to be read, while the sound of words streamed by also, just below the volume required to understand them; then, myself and others were prisoners of a computer system from which we couldn’t escape; then, final image: the head of state and his commander of the French armies, looking totally downcast and wearing Afghan hats with a dark blue border, were walking in front of their armed ennemies leading them to the signing of their reddition.
But those same “Afghan hats” were maybe those toques worn at a certain time during the Middle Ages. Why ? Because of the wilder-than-a-dream news that the Catholic Pope’s ambassador to the United States was called in to…no, not the secretary of State’s office but to the Pentagon, for a lecture on “your guy better know whose side you’re on” following Pope Leo XIV’s criticism, with the the under-secretary of State mentioning those incidents back in the 14th century when the French king Philip the Fair decided his rule took precedence over the Pope’s, while disaster struck in Rome, and popes settled in the French town of Avignon, with counter-popes thrown into the stew.
Madness rules.
As for being “prisoners” of a computer system, that’s truly the case for everyone, while the latest advances in machine “intelligence” finding flaws in existing digital codes add an extra note to the many and varied turmoils in which we attempt not to lose our footing. Whether a believer in a divine entity or not, vaya con dios.
(Because of the “va” sound in the word “vaya” comes to mind the Kabyle song A Vava Inouva, oh yes, grandfather, open the door to me, I’m afraid of the ogre in the forest, jingle your bracelets says the grandfather to the little one who brings him food ever since he’s been confined to his home because of his criticism, jingle your bracelets so I’ll know it’s you, because I fear him also.)
There are times when we hear of terrible events from bygone times and they are nothing but tales we can set aside, mere distractions, really. Then, there are times when terrible things occur and not losing one’s footing becomes an existential question.
Personally, continuing with L’Horloger des Brumes is part of the “not losing one’s footing”. Quick visit from Camille yesterday, prior to her class for people who want to learn how to use perspective in their drawings. She is in full agreement with the format I’m suggesting. Will remain the “details” — finishing off the writing, and the drawings, and finding the money for the project. My personal A Vava Inouva while the ogres roam the forests.
Plus, it’s now confirmed according to the latest bulletin from Gallimard : Josef Brodsky’s “Comme un flambeau dans ces ténèbres noires” (Like a Torch in this gloomy darkness) – an anthology edited by André Markowicz – will be published in April (see illustration). I renewed my reservation for it at L’Autrucherie.