
“L’ingénieur des collines” dans L’Horloger des Brumes — dessin en cours de réalisation de Camille Messager
Rêves (ou ce qu’il en reste): après une séquence où quelqu’un fuit à vélo d’un endroit qui diffuse des vidéos trafiquées l’accusant de crimes jamais commis, je me retrouve dans une pièce encombrée où je pose mon sac à main contenant mon dossier médical pour écouter la compilation des chansons préférées de cette personne, tout en me demandant pourquoi on ne lui demande pas quelles sont ses chansons préférées…et je m’éveille, il est près de 10h…
Pour ce qui est du bourbier des vidéos truquées, youTube en regorge de plus en plus : des fabrications IA reprenant l’apparence et la voix de personnalités connues; il est encore possible de distinguer ces faux qui respectent encore l’obligation de signaler qu’ils contiennent des “données modifiées numériquement”; mais dans la profusion des autres aux titres racoleurs, qui se donne la peine de vérifier ? Et ça ne touche pas seulement la politique. J’y ai même croisé de faux Richard Feynman, le physicien.
Réalité se fondant dans une mélasse où le faux s’affirme de plus en plus en tant que vérité. Ou…de toute façon, qui s’en préoccupe, à condition que ça divertisse ?
Je ne citerai pas ici les 22 lignes dans le Livre XII des Métamorphoses d’Ovide où il décrit l’endroit où vit la Rumeur (vers 43 à 63). Elle habite à la jonction des trois mondes — terre, mer, ciel — dans une maison en bronze et sans porte, la foule se presse à son entrée, des inventions mêlées à des vérités y circulent; certains “colportent des récits, et la taille du mensonge croit.” Un autre y rajoute quelque chose qu’il vient d’entendre. La Crédulité s’y nourrit d’erreurs sans scrupules, de fausses joies et d’épouvantes inventées. La Rumeur règne et mène l’enquête à travers le monde.
Pas même pour une seconde est-ce que je m’imagine que quelqu’un dans le cercle de Trump a déjà lu les Métamorphoses d’Ovide mais, de toute évidence, la recette est connue depuis un bon moment.
Et comme la curiosité et le besoin de savoir sont pas mal universels…
(Mais pour l’heure, c’est la lente et patiente tristesse et le sens du devoir de “l’ingénieur des collines” qui retient mon attention.)
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Dreams (what are left of them) : after a sequence in which someone was fleeing on a bicycle from a place playing trafficked videos accusing her of crimes she had never committed, I find myself in a crowded room where I put down the handbag in which I carry around my medical file in order to listen to the compilation of that person’s favorite songs, while asking myself why no one asked her what her favorite songs happened to be…and I wake up, it is almost 10am.
As for the murky mess of trafficked videos, youTube is exploding with them, more and more: AI fabrications taking on the appearance and voice of famous personalities; you can still distinguish those fakes still respecting the obligation to signal they contain “digitally modified data”; but in the abundance of other sensationalist titles, who still bothers to check ? And it doesn’t only involve politics. I’ve also come across fake videos of the physicist Richard Feynman…
Reality melting into a molasses where falsehood proclaims itself more and more as truth. Or…who cares anyway, if it entertains ?
I won’t quote here the 22 lines in Book XII of Ovid’s Metamorphosis where he describes the place where Rumor lives (lines 43 to 63). It stands at the junction of the three worlds — earth, sea and sky — in a bronze house with no doors, crowds gather at its entrance, inventions mixed in with truths circulate; some make up tales, and the size of the lies keeps growing. Another adds something to what he just heard. Gullibility is found here, unscrupulous errors, vain joys, phoney terrors. Rumor reigns and leads the investigation world-wide.
I don’t for one moment believe anyone in Trump’s circle ever read Ovid’s Metamorphoses but, clearly, the recipe has been around for a good while.
And as curiosity and need to know are pretty universal…
But for the time being, what interests me as is the slow and patient sadness, and the dutifulness of the “hill engineer” that holds my attention.