1er février 2026

Rêve : En attendant un rendez-vous prévu pour 19h, je quittais des amis à la campagne et j’allais marcher le long d’une rue dans une ville inconnue où je trouvais, notamment, un musée des arts anciens de l’Inde dont les escaliers décourageaient l’entrée mais dont le parterre était rempli de fauteuils anciens recouverts de dorures, puis je croisais une femme rigolote avec laquelle je marchais pendant un moment en me rapprochant de la rue où je devais prendre le bus #7 pour me rendre à ce rendez-vous, je me retrouve ensuite dans une foule gravissant un long escalier en pierre en haut duquel s’ouvrent des doubles portes d’où sort nul autre que Donald J. Trump, drapé dans une traîne en velours rouge.

Il était grand temps de me réveiller.

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Hier soir, dans le livre Naître et Renaître Inuit*, j’ai croisé le nom de l’artiste Davidialuk Alasuaq du village de Povungnituk dans le grand nord, village où ma soeur aînée fut institutrice dans les années ’70. Les histoires anciennes furent recueillies par Bernard Saladin d’Anglure en 1997, mais sinon l’artiste lui-même, le nom du village rappellera sans doute des souvenirs à ma soeur. Les Inuit ou l’art de la survie dans l’extrême.

*Bernard Saladin d’Anglure, Etre et renaitre inuit, homme, femme ou chamane, préface de Claude Lévi-Strauss, Gallimard 2006

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La tête sautille et caracole comme une puce sans se poser sur une chose et y rester. Ou plutôt, comme un cheval rétif qui refuse la direction qu’on veut lui imposer. Des heures consacrés à des nombres et des budgets et des projections hier, toutes les choses que je déteste le plus. Mais j’ai eu du plaisir à traduire ce que Timothy Snyder racontait au sujet des dragons, ceux de Tolkien et les nôtres, basé sur un manuscrit dans le musée d’Oxford — notes préparées par Tolkien pour une conférence à des enfants sur les dragons, et comment leur avarice les poussent à amasser, accroître et conserver leur trésor, et bien qu’ils n’aient aucun intérêt pour un objet en particulier dans cette accumulation, leur fureur incendiaire veut détruire le monde entier, si un seul article leur est dérobé.

D’où l’on peut se faire une idée assez précise des dragons violant présentement la terre pour ses richesses et tuant tous ceux qui se mettent au travers de leur rapacité.

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Sur ces bonnes paroles, je vais aller acheter du pain, des oignons (un chou, peut-être ?) et quelques pommes au marché sur la place du Jourdain, en ce dimanche 1er février 2026. Advienne ce qui viendra, mais j’aimerais bien passer au paragraphe suivant de L’Horloger des Brumes.

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Ah oui : et la lettre magnifique que Rosa Luxembourg adressait à Sophie Liebknecht depuis sa cellule dans la prison de Breslau, “avant le 24 décembre 1917”, lettre citée par Jackie Wang dans sa conclusion au Capitalisme carcéral. Je vais sans doute la copier et la traduire aussi, pour en assimiler toute la substantifique moëlle. Elle se termine sur les mots suivants : “Je vous accorde toutes les joies réelles que vos sens réclament. Seulement je voudrais vous donner en plus mon inépuisable gaieté intérieure afin de ne plus m’inquiéter pour vous, pour que vous alliez dans la vie enveloppée d’un manteau parsemée d’étoiles qui vous protégerait de tout ce qu’il y a de mesquin, de trivial et d’angoissant.” **

**Rosa Luxembourg dans Jackie Chang, Capitalisme carcéral, traduction de Claude Rioux, éditions divergens 2019

(Ce que la femme de Mandelstam, Nadezhda, qualifiait de “zhizneradostny” que certains traduisent par joyeux, mais que Clarence Brown dans l’introduction à la version anglaise des mémoires de celle qui fut la mémoire vivante de l’oeuvre de son mari, traduit par l’expression “life-glad”. Ça correspond tout à fait à ce que Rosa Luxembourg décrit dans la lettre à Sophie Liebknecht.)

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Dream : While awaiting a meeting scheduled for 7 PM, I left friends out in the countryside and went for a walk along a street in an unknown town where I found, among other things, a museum of the ancient arts of India with flights of stairs sufficient to discourage entry but the garden of which was full of ancient armchairs covered in god, then I came across an amusing woman with whom I walked for awhile as I appraoched the street whee I was to take bus #7 to the appointment, I then found myself in a crowd climbing a long stone staircase above which double doors opened out of which appeared none other than Donald J; Trump, draped in red velvet train.

It was more than time that I woke up.

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Last night, in the book Naître et Renaître Inuit (Being Born and Reborn Inuit) I came across the name of the artist Davidialuk Alasuaq from the village of Povungnituk in the high North, village in which my eldest sister was a teacher in the ’70. The ancient stories were collected by Bernard Saladin d’Anglure in 1997, but if not the artist himself, the name of the village will bring back memories to my sister. The Inuit, or the art of surviving in the extreme.

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Mind hopping and skipping around like a flea without settling down on anything. Or more like a horse balking at every direction one tries to force him into. Hours spent on figures and budgets and projections yesterday, all the things I hate the most. But I enjoyed translating Timothy Snyder’s tale on dragons, Tolkien’s and ours, based on a manuscript in the Oxford Museum of notes Tolkien had prepared for a talk to children about dragons and how their greed is all about amassing , growing and hoarding their treasure trove, and although they don’t care one bit about any single object, their flaming rage wants to destroy the world if a single item is taken from that hoard.

So that draws a pretty good picture of the dragons currently raping the earth for its riches and killing off people should they get in the way of their greed.

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On these fine words, I will go buy some bread, some onions (a cabbage, perhaps ?) and a few apples at the market on the square, on this Sunday February 1st 2026. Come what will, but I would like to move on to the next paragraph in L’Horloger des Brumes.

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Ah yes: and the magnificent letter Rosa Luxemburg addressed to Sophie Liebknecht from her cell in the Breslau prison, “before December 24th 1917”, letter quoted by Jackie Wang in her conclusion to Carceral Capitalism. I will undoubtedly copy it and translate it also, so as to assimilate all its substance to the very marrow. It ends on the following words : “I grant you every real joy your senses call for. But I also wish I could give you my inexhaustible inner joy so that I would worry about you no more, so that you could go through life wrapped in a cloak covered in stars that would protect you from everything that is petty, trivial and distressing.” **

**Rosa Luxemburg in Jackie Chang, Carceral Capitalism.

(What Nadezhda, Mandelstam’s wife called his “zhizneradostny” a word some translate as “cheerful” or “joyous” but that Clarence Brown in his introduction to the English version of the memoirs of the one who was the living memory of her husband’s work, translated with the expression “life-glad”. Which matches perfectly what Rosa Luxemburg writes in her letter to Sophie Liebknecht.)

5 comments

  1. “aller dans la vie enveloppée d’un manteau parsemée d’étoiles qui protégerait de tout ce qu’il y a de mesquin, de trivial et d’angoissant”, voilà ce qui serait idéal en ces temps de dragons furieux.

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    • ah oui, en elles-mêmes déjà, les lettres de Rosa Luxemburg tendent à “alléger ce qui est lourd”. Et pourtant, pour elle, ça n’était pas faute de soucis de taille XXL, et de dragons du même gabarit. (Son herbier de prison offre une sélection des lettres qu’elle adressait à ses amies depuis la prison.)

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