29 janvier 2026

Rêves : Funérailles interminables d’un parent, aucune émotion, juste l’impression que ça ne finirait jamais; puis j”avais trahi le groupe anarchiste auquel j’appartenais, ou du moins, c’était ainsi qu’on interprétait le fait que j’avais mentionné son existence au sein de l’université Harvard, je devais remettre mes clés au couple qui le gérait et avec lequel j’entretenais une grande amitié.

Au réveil, me revient la question que je me posais hier soir : comment peut-on parler de guérir des individus dans une société malade ?

Quant à l’anarchie (la revue Kedistan dont je traduisait les articles vers l’anglais se réclamait elle aussi du grand A) il faut dire qu’il y a autant de définitions qu’il y a d’anarchistes, sans doute, car le fait de rejeter toute organisation imposée d’en-haut par une autorité peut s’interpréter de bien des façons. Par contre, dans le sens de désordre causé par l’absence d’une autorité organisatrice, je confirme que le livret utilisé pour trouver les noms, cause/durée de détention et adresse en prison des prisonniers décrits comme terroristes par les autorités de leurs pays respectifs était proprement anarchique dans son désordre de pages imprimés à l’endroit, à l’envers, ne simplifiant pas l’exercice de leur écrire un message de soutien. Pour ce qui est des prisonniers russes, le texte doit être en russe impérativement, pour les prisonniers au Belarus, les contraintes sont multiples sans que la livraison du courier ne soit assurée; lors de l’atelier d’hier au café-librairie L’Autrucherie, j’ai donc écrit à deux américaines (j’étais la seule à l’atelier qui parlait anglais). L’une, désignée dorénavant de “terroriste domestique” purge une peine de 8 ans avec imposition de l’obligation de rembourser une somme de plus de $3 millions à la firme dont elle a saccagé les équipements servant à la construction d’un pipeline pétrolier; la seconde, femme trans, purge plusieurs peines allant de 25 ans à la prison à vie (attaque à main armée, résistance armée, grève de la faim à la prison de Folsom, condamnée depuis 10 ans à l’incarcération en solitaire.

Soit dit en passant, même une fois libérés, les prisonniers américains perdent leur droit de vote. Par le plus étonnant des hasards, le nombre de prisonniers noirs ou “de couleur” dépasse largement le nombre de prisonniers dits “blancs”. De plus, comme un nombre croissant de ces prisons sont des entreprises privées, on comprendra que l’habitat, la nourriture, le traitement par les gardiens — tout, en fait — tourne autour de la notion de profit pour la firme gérant les lieux. Money money money. J’en reviens à la question que je me posais hier soir : comment peut-on même s’imaginer “guérir” des individus dans une société malade ? (Et la question ne se pose pas uniquement pour les Etats-Unis.)

(Le couple qui animait l’atelier était là avec leur bébé qui venait de découvrir le plaisir de marcher, sa mère au merveilleux sourire me faisait penser physiquement à Rosa Luxembourg en raison d’un déhanchement causé par une jambe plus courte que l’autre.)

Et plus de lecture hier soir au sujet des mythes et légendes inuit — les inuit pour qui la notion même de transgenre est ordinaire, puisqu’un enfant muni d’un modèle d’organes génitaux peut très bien être considéré comme la réincarnation d’un ancêtre de l’autre sexe. Pas grave, pas d’hystérie, la vie est déjà suffisamment compliquée à -50° sans se faire du mouron à savoir que cette fille porte le nom et les habitudes du grand-père , ou l’inverse. En fait, de tels enfants deviennent souvent (ou devenaient alors) chamanes avant que les diverses variantes des religions chrétiennes n’interviennent dans leur éducation.

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Dreams : Endless funeral of a relative, no emotion, just the feeling that it would never end; then, I had betrayed an anarchist group to which I belonged, or at least, that’s how was interpreted the fact I had revealed its existence within Harvard University, , I had to hand over my keys to the couple that managed it and with whom I had a great friendship.

Upon waking, the question I was asking myself last night: how can you talk of healing individuals in a sick society?

As for anarchy (Kedistan, the online magazine for which I translated articles into English also bore the big A in caps), it should be said that there are as many definitions of it as there are anarchists, no doubt, because the fact of rejecting any organization imposed from above can be interpreted in countless ways. However, in the sense of disorder caused by the absence of an organizing authority, I confirm that the booklet used to find names, cause, length of sentence and prison addresses for the prisoners described as terrorists by the authorities in their respective countries was truly anarchic in the jumbled way the pages were printed sometimes up, sometimes down, not simplifying the exercise of writing a supportive message. As for Russian prisoners, the text must absolutely be in Russian, for those in Belarus, the constraints are endless and the delivery of letters far from guaranteed; during the workshop at the bookstore-café L’Autrucherie yesterday, I wrote to two Americans (I was the only person in the group who spoke English). One of the prisoners, now designated as a “domestic terrorist”, is serving an 8-year sentence with an obligation to re-imburse over $3 million to the firm whose equipment she damaged in a protest against the building of an oil pipeline; the other, a trans woman, is serving several sentences running from 25 years to life (armed assault, armed resistance, hunger strike at Folsom prison, serving a 10 year stretch in solitary confinement).

I should add that, even once free, American prisoners lose their right to vote. By the strangest of coincidences, the number of black or “colored” prisoners vastly outnumbers the number of so-called “white” prisoners. Moreover, as a growing number of these prisons are privately owned, one must understand that the lodgings, food, treatment by the guards — everything, in fac — runs on the principle of profit for the firm managing the place. Money money money. I return to the question I was asking myself last night: how can one imagine “healing” individuals in a sick society ? (And the question doesn’t apply only to the USA.)

(The couple offering the workshop was there with their little one who had just discovered the pleasure of walking, his mother with the wonderful smile reminded me physically of Rosa Luxemburg because of her lop-sided walk due to one leg being shorter than the other.)

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And more reading last night about Inuit myths and legends — the Inuit for which the very notion of trans-gender is commonplace, since a child bearing one set of genitals may very well be considered as the reincarnation of a relative of the other gender. No big deal, no hysteria, life is tough enough at -50 not to get excited over whether the girl bears the name and habits of her grandfather, or the opposite. In fact, such children often grew up to be shamans (at least, prior to the days when the various flavors of Christian denominations took over in their education).

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