
Rêve : Avec mes parents, je devais aller voir le dernier chef d’oeuvre comique d’un cinéaste célèbre, la représentation était prévue pour 19h, mais nous passions à table tardivement et le père décidait que nous n’irions pas voir le film, ça serait lui faire injure d’y arriver en retard, la mère était d’accord avec son mari, j’étais très déçue et je disais qu’il suffisait de sauter le repas, pendant que le père coupait très lentement la viande dans son assiette, alors je partais seule, je rencontrais un jeune couple très sympa et leur petit garçon, la femme était à nouveau enceinte et préparait un grand repas pour Pesach, je l’aidais en préparant des portions individuelles du dessert — une prune dans chaque assiette nappée de sirop de prune et le petit garçon — encore un bébé, en fait — allait chanter le Had Gadyah, la chanson où le plus jeune demande pourquoi ce soir n’est pas comme les autres soirs.
Ce qui est curieux car ce que je lisais hier soir n’avait rien à voir avec la Pâques juive. Doublement curieux, parce que le premier rêve dans Contes d’exil où la jeune femme rencontre son père mort au bord de la rivière glacée et qu’il lui donne le petit caillou qui sera son fils a des ressemblances étonnantes avec ce que raconte le premier chapitre de Être et renaître inuit, homme, femme ou chamane,* Or, au moment de l’écrire, je ne connaissais absolument rien aux mythes et aux contes inuit.
Le livre fait partie d’une véritable mine aux trésors déposé chez moi hier, après la séance au cirque, par une des participantes dont le conjoint est conteur. Il a accumulé tellement de livres de contes et de mythes qu’il a fait un tri dans sa collection; la caisse contient une grosse vingtaine de livres avec des contes de toutes origines et d’époques diverses.
*Bernard Saladin d’Anglure, Être et renaître inuit homme, femme ou chamane, préface de Claude Lévi-Strauss, Gallimard, 2006
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Ecriture dans un tout autre style, ce matin à la librairie-café L’Autrucherie : des cartes de voeux destinés à des détenus, exercice que je n’ai pas repris depuis les jours où Zehra était encore en prison, ainsi qu’une autre kurde qui m’avait envoyé un dessin de la shahmeran – “reine des serpents” en kurde. (Morte, une partie de son être contenait un poison violent qui tuait le méchant conseiller du roi, l’autre contenant toute la sagesse du monde faisant de son consommateur l’être le plus sage qui fut sur terre.)
Après quoi je reviendrai au couple de jumeaux frère-soeur gigantesques dans L’Horloger des Brumes.
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Beaucoup de bruit et d’excitation hier au sujet du soi-disant apaisement du président américain, remplaçant l’aspirant-Nazi Bovino à Minneapolis par son chef pourri, amateur d’arnaques. Comme si cet homme n’avait jamais joué l’apaisement auparavant quand l’incendie menaçait de l’atteindre, pour ensuite se retourner et poursuivre ce qu’il avait entrepris. Il ne manque pas de conseillers haineux qui n’ont pas plus envie que lui de passer en jugement, ils se tortilleront comme des serpents venimeux, pas des sages, pour aussi longtemps qu’ils le pourront.
(C’est curieux d’ailleurs, comme la version du serpent est totalement différente dans les contes du Moyen-Orient de celle du serpent biblique, par le biais de la femme, origine de tous les maux affligeant l’humanité. Triple hourra pour la shahmeran !)
(Illustration : Je parlerai de Enchères et de combien j’aime le poète Philippe Desportes (1546-1606) une autre fois.)
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Dream : With my parents, I was supposed to go to see the latest comic masterpiece by a famous film maker, the showing was scheduled for 7 PM but we sat down late for the meal and the father decided we wouldn’t go to the movie, because arriving late would be an insult, the mother agreed with her husband, I was terribly disappointed and said we just needed to skip the meal, while the father cut the meat very slowly in his plate, so I left alone, and met a very pleasant young couple and their little boy, the woman was pregnant again and preparing the big meal for Pesach, I helped by preparing individual portions of the dessert – a plum on each plate drenched in plum syrup — and the little boy — still a baby in fact — was going to sing the Had Gadyah, the singsong in which the youngest asks why this night is not like any other night.
What is odd is that what I was reading last night had nothing to do with the Jewish Easter. Doubly odd because the first dream in Contes d’exil (Tales of Exile) where the young woman meets her dead father on the shore of the icy river and he gives her a small pebble that will become her son has surprising resemblances with what is narrated in the first chapter of Être et renaître inuit, homme, femme ou chamane, (Being and Being Reborn Inuit, man, woman or shaman). Yet, when I wrote it, I knew absolutely nothing about myths and tales of the inuit.
The book is one from a veritable treasure trove dropped off at my place yesterday after the session at the circus by one of the participants whose spouse is a story-teller. He has accumulated so many books of tales and myths that he culled his collections: a crate containing more than twenty books of tales of every origin and period.
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Writing in a totally different style this morning at the bookstore-café L’Autrucherie : greeting cards for detainees, an exercise I haven’t done since the days when Zehra was still in jail, as well as another Kurd who had sent me her drawing of the shahmeran — the “queen of snakes” in Kurdish. (When killed, one part of her being contained a violent poison that killed off the king’s evil counsellor, the other contained all the wisdom of the world, transforming its consumer into the wisest being on earth.)
After which I’ll get back to my gigantic brother-sister twins in L’Horloger des Brumes.
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Much to-do and ado yesterday over the supposed relenting of the American president, replacing the Nazi wannabe Bovino in Minneapolis by his crooked grift-loving boss. As if the man had never before played sort of nicey-nice when the flames got too strong and threatened to singe him, only to turn around and do what he planned to do anyway. He has no dearth of evil counsellors, none of which care to be impeached any more than he, they’ll go on wiggling like evil snakes, not wise ones, for as long as they possibly can.
(In passing, odd how the version of the snake is totally different in Middle-Eastern tales from that of the biblical snake, responsible via a woman for every woe afflicting mankind. Three cheers for the shahmeran !)
Illustration: I’ll talk about Enchères and how much I love the poet Philippe Desportes (1546-1606) some other time.