
Rêves : J’étais à écrire un roman, conjointement avec quelqu’un d’autre, quand me venait soudain une idée formidable pour la toute première scène, mais qui impliquait que j’aie l’accord d’une troisième personne que j’approchais en lui proposant que nous allions déjeuner ensemble pour en parler, je sortais, la personne n’était pas là encore, à sa place se trouvait un être d’une obésité monstrueuse à l’image du directeur des communications de Trump, et je partais à la recherche d’un endroit où préparer la viande pour le repas, je ne trouvais rien d’autre que des wc dont la moitié étaient condamnés, dû à la présence de pathogènes, je choisissais un évier marqué “Ici” et plus je lavais la viande, plus il y en avait, je ne voyais pas comment je ferais pour porter toute cette masse de viande crue; puis, dans un autre rêve, n’ayant pas de vernis, j’appliquais de la colle sur une statuette, et quelqu’un s’en allait, portant une loutre vivante emmêlée dans un filet.
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Quand je suis revenue chez moi hier, avec le berimbau de mon voisin, j’ai trouvé sur ma table de travail la note que j’y avais laissée, suite à une longue réflexion au sujet de la peur. Note qui se lit : La question n’est pas de savoir si tu ressens de la peur , ou pas. La question est de savoir quoi faire à ce moment précis avec cette peur précise.
La peur, elle, avertit de la présence d’un danger, réelle ou imaginaire. Comment y réagir, ça…laquelle des trois options est la bonne à ce moment-là, la fuite, l’immobilité ou l’attaque ?
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Beaucoup dormi. Et commencé la lecture du livre que m’a offert la soeur de mon amie, à Aurillac : Au Grand Jamais par Jakuta Alikavazovic. Dans lequel il est question de femmes disparues, de la mort d’une mère et de l’hommage que lui rend sa fille dans ce livre. Je ne sais pas si mon amie avait mentionné ou pas à sa soeur quelque chose au sujet de la grande absente dans ma vie; chose certaine, Alikavazovic écrit bien, je suis d’accord avec elle lorsqu’elle écrit : “On grandit autant dans un pays, dans un foyer, que dans certaines histoires.”
L’histoire déterminante, pour moi, fut la lecture à l’âge de 9 ans de The Yearling de Marjorie Kinnan Rawlings, l’histoire de Jody et d’un faon orphelin qu’il élève, mais dont il doit se séparer (son père le tue-t-il à la fin? L’animal ayant grandi et se mettant à manger les pousses de verdure dans le jardin fournissant la seule nourriture de la famille. J’ai une sorte de voile masquant la fin du récit, qui m’avait laissée dévastée.) Sur internet, je découvre que le livre existe en français sous le titre de Jody et le faon. À savoir s’il rend aussi bien la nature encore sauvage à l’époque de la Floride du nord-ouest, je ne saurais dire. Dans ma tête, j’y disparaissais pendant des heures, en compagnie de Jody et de son faon.
En traversant les terres rouges de l’Aveyron pour atteindre les terres noires du Cantal, je songeais aux terres à blé de l’Ukraine, véritable grenier du monde, dorénavant truffées de ferraille et de grenades anti-personnelles. Je retrouvais ce même sentiment de dévastation mais “pour de vrai”, comme on dit.
Pour de vrai.
Juste avant de partir à Aurillac, je venais de traduire le passage suivant dans The Dawn of Everything : “Chaque fois que nous prenons notre petit déjeuner, nous avons probablement l’occasion de bénéficier de douzaines de telles inventions pré-historiques. Quelle fut la première personne à comprendre qu’on pouvait faire lever la pâte du pain en y ajoutant ces micro-organismes que nous appelons levure ? Nous n’en avons pas la moindre idée, mais nous pouvons être. presque certains qu’il s’agissait d’une femme et qu’elle ne serait probablement pas considérée “blanche” si elle tentait d’immigrer de nos jours dans un pays de l’Europe, et nous savons hors de tout doute que sa réalisation continue d’enrichir la vie des milliards de personnes. Ce que nous savons aussi, c’est que de telles découvertes étaient fondées sur des siècles de connaissances et d’expérimentations accumulées — rappelons-nous que les principes de de base de l’agriculture étaient connus bien avant que quelqu’un ne les applique de façon systématique — et que les résultats de telles expérimentations étaient souvent préservés et transmis par des rites, des jeux et des types de jeux (ou, plus souvent encore, peut-être, à cet endroit où rite et jeux se fondent l’un dans l’autre.”
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Dreams: I was writing a novel with someone else, when I suddenly got a great idea for the very first scene but it required that I get the approval from a third person whom I approached, suggesting we have lunch together to talk it over, when I stepped outside the person hadn’t arrived yet, instead I found someone as monstrously obese as Trump’s communications director, I took off to find some washroom in which to prepare the meat for the meal, I only found some where half of the sinks were condemned due to the presence of some pathogen, settled in one that had a sign reading “Here“, and the more I washed the meat, the more there was of it, I couldn’t figure how I would managed to carry all of the raw meat; then, in another dream, lacking varnish, I was applying glue to a small statue, and someone was leaving, carrying a live ferret tangled in a piece of netting.
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When I came home yesterday with my neighbor’s berimbau, I found a note I had left on my work table after a long reflection on the topic of fear. Note that reads: The question is not in knowing if you experience fear or not. The question is knowing what to make of this specific fear at this specific moment.
Fear serves as a warning of a danger, real or imaginary. How to react is another matter…which of the three options is the right one at that specific moment, flight, freeze or attack?
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Slept a lot. And started reading the book I was offered by my friend’s sister in Aurillac. Au Grand Jamais (Never Ever) by Jakuta Alikavazovic. In which there is talk of disappeared women, of the death of a mother and of the tribute by her daughter with this book. I don’t know if my friend had mentioned anything to her sister concerning the great absence in my life; in any event, Alikavazovic writes well and I agree with her when she writes : “One grows as much in a country, in a home , as one does in some stories.”
The decisive one for me, was the reading at age 9 of Marjorie Kinnan Rawlings The Yearling. The story of Jody and the orphaned fawn he raises, but must be separated from (does his father kill the animal in the end ? The fawn had grown and was eating the shoots of greenery providing the family’s only food. I kind of veil falls over myy recollection of the end of the story, which had left me devastated. On internet, I see the book exists in French, titled Jody et le faon. Whether it conveys as well as the original does the wild nature of Florida’s southwest at that time, I can’t say. In my own mind, I used to disappear in it for hours, along with Jody and his fawn.
Driving across the red soil of the Aveyron to reach the black soils of the Cantal region, I was thinking of the wheat lands of Ukraine, veritable world granary, now stuffed with metallic wreckage and anti-personnel mines. I experienced that same feeling of devastation, but “for real”, as we say.
For real.
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Just before leaving for Aurillac, I had just translated into French the following passage in The Dawn of Everything : “Every time we sit down to breakfast, we are likely to be benefiting from a dozen such prehistoric inventions. Who was the first person to figure out that you could make bread rise by the addition of those microorganisms we call yeast? We have no idea, but we can be almost certain that she was a woman and would most likely not be considered “white” if she tried to immigrate to a European country today; and we definitely know her achievement continues to enrich the lives of billions of people. What we also know is that such discoveries were, again, based on centuries of accumulated knowledge and experimentation — recall how the basic principles of agriculture were known long before anyone applied them systematically and that the results of such experiments were often preserved and transmitted through ritual, games and forms of play (or even more, perhaps, at the point where ritual, games and play shade into each other.”
je note, pour moi ” On grandit autant dans un pays, dans un foyer, que dans certaines histoires”. j’ajoute, peut-être même plus dans certaines histoires… émerveillement, effarement, rencontre avec la trouille (mes cauchemars après avoir lu Frankeinstein à 8 ans, redoublés avec Dracula deux ans plus tard) ; et probablement plus tot, avec des histoires et oubliées en surface mais incrustées dans ma moëlle.
et merci de ce rappel (d’une évidence qu’on oublie si facilement) : la chimie a été inventé près d’un foyer où cuisaient des galettes de blé, pas dans un laboratoire fermé à clé.
bref… bon dimanche presqu’achevé, et bon retour chez vous.
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