
(oeuvre de Steffie Bayer)
Nous pleurions, subissant la douleur de les voir maltraités, nous leur chantions des chansons, souhaitant modifier leur sort, nous savions avoir fait ce qu’il était en notre pouvoir de faire; puis, préparant le repas pour le groupe, je devais passer de la cuisine dans une maison à celle dans une autre, des pommes de terre étaient en train de cuire à l’eau dans l’une, à l’huile dans l’autre, il y avait malentendu avec une autre femme avec qui je devais alterner les jours dans la cuisine, elle souhaitait un horaire fixe, je préférais que nous procédions au goût de chacune, de jour en jour.
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Hier, le hasard a voulu que je croise une amie chère dans la rue, alors qu’elle se dirigeait chez une autre amie qui habite à quelques maisons de chez-moi et chez qui ma fille a dormi lors de son passage chez moi l’année dernière. Il a été question de spectacles, de cachets de plus en plus difficiles pour maintenir son statut d’intermittente du spectacle, du tout jeune homme se lançant à l’assaut du monde de la musique à Paris et, au final, de ma fille aussi, puisque toutes deux l’avaient rencontrée. Suite à la conversation, j’ai choisi de suivre leur conseil et de bloquer la réception de ses messages haineux dans mon courrier électronique, question de “respirer un peu”, selon les mots de Steffie. Ma crainte étant toujours “oui, mais supposons qu’elle revienne à des sentiments normaux et qu’elle veuille me re-contacter de manière sensée…”. Rien n’interdit qu’elle le fasse par un autre biais, voire – quelle idée ! – dans une lettre par courrier postal.
Alors oui, si d’autres injures inacceptables me sont adressées, elles iront tout droit dans les “spam”. En lui souhaitant de retrouver le sentier avec les petits cailloux blancs menant vers le sens commun.
Dans les contes des frères Grimm, il y en a un, tout petit, tout petit, “La clé d’or” qui fait à peine 20 lignes. Par un jour d’hiver un jeune garçon part ramasser du bois. Il fait froid à pierre fendre alors il décide de se faire un feu pour se réchauffer et en raclant le sol, il trouve une toute petite clé en or. Il creuse encore et trouve une cassette en fer avec une serrure minuscule et – oui, bien sûr, il s’agit d’un conte – la petite clé est celle de la minuscule serrure, il introduit la clé dans la serrure et…et le conte se termine ainsi : “...et maintenant il nous faut attendre qu’il ait fini d’ouvrir et soulevé le couvercle, nous saurons alors quelles choses merveilleuses étaient contenues dans la cassette.“*
En attendant ce jour merveilleux, je pousuis ma lecture du Capitalisme de l’Apocalypse de Quinn Slobodian, “l’Ogresse” dans L’Horloger des Brumes réfléchit aux moyens de sauver la gamine de son propre sort aux mains des fils de “l’Immortel” et les affaires du monde se poursuivent dans la poussière, les horreurs, la débandade des lâches – ils forment une véritable cavalcade, je parie qu’il y en aura même pour déclarer qu’ils étaient des “résistants de l’ombre” quand viendra le temps des règlements de compte.
Vaya con dios.
*Grimm, Contes, traduction de Marthe Robert, folio classique 1976
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We cried, suffering the pain of seeing them be mistreated, we sang songs for them, wishing to change their fate, we knew we had done what we could; preparing the meal for the group, I had to go from the kitchen in one house to that in another, potatoes were cooking in water in one, in oil in another, there was a misunderstanding with another woman with whom I was supposed to alternate cooking days, she wanted a regular schedule, I preferred that we take it a day at a time, as the mood dictated.
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Yesterday, as chance would have it, I ran into a dear friend in the street as she was heading toward the home of another friend who lives a few houses down from mine, where my daughter slept during her stay with me last years. The talk was about shows, about the fees that are harder and harder to collect in order to keep your status as an intermittent in the show world (which, inevitably, is what you are if you are not a star); talk also about a very young man going up to Paris to conquer the music world and in the end, about my daughter also since both of them had met her. After the conversation, I chose to follow their advice and to block the reception of her vicious messages in my email, so as to “breathe a bit” as Steffie put it. My fear always being that “yes but, supposing she returns to normal feelings and wants to contact me again in a reasonable way…” Nothing forbids that she take another route, even – what a thought! – with a letter by good old snail mail.
So yes, if other unacceptable insults are aimed at me, they will go straight to spam. Wishing her to find the way to the trail with the little white stones leading toward common sense.
In the tales by the Grimm brothers, there is a teeny-tinyy one, The Golden Key”, which is barely 20 lines long. Par a cold winter day, a young boy sets out to gather wood. It is stone-splitting cold so he decides to build himself a fire to warm up and as he scrapes the snow off the soil, he finds a tiny golden key. He digs further and finds an iron casket with a tiny lock and – yes, of course, this is a tale – the little key fits into the little lock, he inserts it in the lock and…and the tale ends thusly : “…and now we must wait that he finish opening it and lifting the lid, then we will know what marvellous things were contained in the casket.”
While awaiting that mervellous day, I continue my reading of Quinn Slobodian’s Crack-Up Capitalism, the “Ogress” in L’Horloger des Brumes thinks about ways to save the girl for her own fate at the hands of the sons of the “Immortal” and world affairs continue in the dust, the horrors, the stampede of the cowardly – they form in full-blown cavalcade, I bet there will even be some among them who will declare that they were “shadow resistants” when the time will come for the settling of accounts.
Vaya con dios.