
Je n’ai pas noté le rêve dès mon réveil. Tout ce qu’il m’en reste c’est que des rectangles de couleur – dont l’un était vert forêt, un autre, rouge – formaient un message. Un peu comme si ces rectangles qui délimitaient les cases vides dans un mot croisé constituaient le véritable message – succession de verbes à l’infinitif dont je n’ai rien retenu.
Et ces trois choses, en ouvrant les yeux :
La première : le 27 juillet marque l’anniversaire de mon “jeune frère” – ce qui lui fait 73 ans, s’il est toujours en vie. Il y a nombre d’années de cela déjà, nos parents étant morts tous les deux, il a décidé qu’il ne voulait plus rien savoir de ses trois soeurs. J’avais retrouvé sa trace pour lui adresser un message auquel il n’a jamais répondu. Pour les familles, c’est comme pour les plantes, je crois : si toutes insistaient pour rester en communautés serrées, la dispersion sur de nouvelles terres n’aurait jamais lieu. J’espère qu’il va bien.
La seconde : les tueries qui ont lieu présentement en Syrie. D’abord, les Alaouites et maintenant les Druses abattus par les hommes de celui présentement au pouvoir, soutenu par Erdogan. Parmi les tués : des hommes qui étaient retournés au pays après la chute de Assad. Le tout avec le concours de Netanyahou, rajoutant au désastre régional puisqu’il ne lui reste plus que les pires tréfonds de l’enfer comme zones à explorer pour les imposer aux autres.
La troisième : un extrait dans l’une des nouvelles de Ron Rash, lue hier* dans Plus bas dans la vallée. Durant sa formation de garde-chasse, une jeune femme écoute une histoire racontée par son formateur, au sujet d’une femme en train de biner son jardin et qui voit un corbeau la survoler par deux fois. À son deuxième passage, elle regarde vers les bois, aperçoit un cougar s’apprêtant à lui sauter dessus, et s’enfuit à toutes jambes. Le formateur demande aux étudiants ce qu’ils comprennent de cette histoire. Les uns parlent de la présence d’esprit de la femme et de son sens de l’observation, d’autres, de l’intelligence de l’oiseau lui signalant le danger. Elle est la seule à répondre : “L’oiseau guidait le cougar vers une proie qu’ils pourraient partager.” Le formateur estime qu’elle est la seule à fournir la bonne réponse. Dans une nouvelle par Ron Rash, c’est certainement le cas.
Loin d’être inutile comme rappel alors que nous pataugeons dans une mélasse épaisse de mensonges toxiques supposés nous distraire des crimes réels déjà commis et de ceux qui se préparent.
Le dessin, tiré du grand Livre des Soins Prescrits n’a rien à voir. Ou peut-être si, comment savoir ? (Le texte dit : “Ludovica avait-elle vraiment un visage aussi rond qu’une pleine lune ? Et lorsqu’elle dormait, son sourire fluctuait-il vraiment comme les frissons sur une vague ? Et ses paupières closes ressemblaient-elles vraiment à deux longs chevaux se poursuivant à travers un champ ?”)
*Ron Rash, L’Envol dans Plus bas dans la vallée, traduit par Isabelle Reinharez, folio 2022
*
I didn’t jot down the dream as soon as I woke up. All that remains of it are colored rectangles – one of which was forest green, another, red – which formed a message. A bit as if the rectangles marking off the empty spaces in a crossword puzzle were the real message – a series of verbs in the infinite tense of which I remember nothing.
And the following three things when I opened my eyes:
The first : July 27th is my “young brother’s” birthday – which puts him at 73 years now, if he’s still alive. A number of years ago already, with both of our parents dead, he decided he didn’t want to know another thing about his three sisters. I had managed to track him down and send him a message to which he never answered. As far as families go, I think it’ goes’s something like with plants: if all of them insisted on sticking together in tight communities, dispersal into new lands would never have taken place. I hope he is well.
The second : the killings currently ongoing in Syria. First, the Alawites and now the Druze killed by the men of the one currently in power, supported by Erdogan. Among the killed: men who had returned to their country after the fall of Assad. And the whole thing occurring with Netanyahu’s meddling, busily adding to the regional disaster since there is nothing else left for him to do other than to explore the deepest levels of hell to impose on others.
The third : an excerpt from one of the short stories by Ron Rash I read yesterday in In the valley. During her training as a gamekeeper, a young woman listens to a story told by her instructor, concerning a woman hoeing her garden and who sees a crow fly over her twice. At its second flyover, she takes a good look at the woods, sees a cougar about to jump on her and runs off as fast as she can. The instructor asks the students what they understand of this story. Some speak of the woman’s alertness and sense of observation, others, of the bird’s intelligence signalling the danger. She is the only one to answer : “The bird was guiding the cougar toward a prey they could share.” The instructor considers she’s the only one with the correct answer. In a short story by Ron Rash, that is certainly the case.
Far from useless as a reminder while we wade through a thick molasses of toxic lies supposed to distract us from true crimes already committed or in the planning stage.
The drawing, from the big Book of Prescribed Care has nothing to do with any of this. Or maybe it does, who’s to know? “Did Ludovica truly have a face as round as a full moon? And when she slept, did her smile truly meander like the ripple on a wave? Did her closed eyelids truly resemble long horses chasing one another across a field?”
*Ron Rash, L’Envol dans Plus bas dans la vallée, traduit par Isabelle Reinharez, folio 2022