
Je m’éveille, il est passé 9 heures. J’ai dormi comme une masse. Ne reste de la nuit qu’une image de trois traits de peinture fraîche – rouge, noire et blanche – et l’impression qu’il s’agit des couleurs du drapeau roumain, bien que ça ne soit pas le cas.
Mais la notion de cocarde est très présente pour cause de lecture de Quatre-Vingt Treize de Victor Hugo hier. Roman que j’aurais sans doute lu dans un contexte scolaire, être née dans ce pays-ci. Mais là où je suis née, à l’époque où l’éducation était sous la responsabilité de Catholiques (francophones) et de Protestants (pour les parlant anglais), les religieuses n’insistaient pas beaucoup sur Victor Hugo. De lui on n’apprenait que “Mon père, ce héros au sourire si doux…” et “Oh combien de marins combien de capitaines...” L’accent se portait sur Le Génie du Christianisme de Chabeaubriand, Rimbaud se limitait au Dormeur du Val, et le ronronnement de Charles Péguy alternait avec Francis Jammes dans la soupe épaisse de l’air se raréfiant dans une classe bouffée d’ennui. Que l’amour de la poésie ait survécu à pareil traitement, c’est bien.
Donc, trouvé par hasard, copie d’une petite française appliquée avec passages soulignés, Quatre-Vingt Treize. J’en suis ressortie heureuse de ne pas l’avoir lu à l’âge des émois surgissant de nulle part, et au sortir duquel, je suis tombée sur l’affiche Hic sunt dragones du spectacle 1917 d’Ariane Mnouchkine à La Cartoucherie, sur une chronique que je publiais ici en novembre 2024. Au réveil, drapeau roumain ou pas pendant la nuit, je songe d’abord à Les Douze d’Alexandre Blok dans la traduction d’André Markowicz
Veux-tu me lâcher les guêtres
Ou je te tire dessus
Ancien monde, chien sans maître
Disparais ou je te tue ! *
Encore, et encore, et encore. Chiens errants et chats pelés tiennent bon et survivent aux dragons, le véritable miracle, il est là.
Droit devant, Kadima, Davaï et ainsi de suite. Envie de dessiner plus que d’écrire.
Alexandre Blok, Les Douze, traduction et post-face André Markowicz, Images : Les Chat Pelés, Editions Mesures 2021
*
I wake up, past 9 AM, I slept like a log. All that remains of the night is the image of three strokes of fresh pain – red, black and white and the impression that it’s the colors of the Romanian flag, although this is not the case.
But the notion of a rosette is very present because of the reading of Victor Hugo’s Ninety-Three yesterday. A novel I would undoubtedly have read in a school setting had I been born in this country. But where I was born, at a time when education was under the responsibility of Catholics (for French speakers) and of Protestants (for English speakers), the nuns didn’t insist on Victor Hugo very much. Of his, we learned two poems. There was greater insistence on Chateaubriand’s The Genius of Christianity, Rimbaud was limited to one poem and the droning of Charles Pégiuy alternated with soporific bits of Francis Jammes in the heavy soup of the rarifying air of a class eaten up by boredom. That love of poetry survived such a treatment is a good thing.
So, found accidentally, the copy of a young meticulous French girl who underlined passages in it, Ninety-Three. I emerged from it, relieved I had not read it at the age of emotions surging up out of nowhere, and came across the poster Hic sunt dragones from Ariane Mnouchkine’s play 1917 at La Cartoucherie, about which I’d published a column here in November 2024. Upon waking, Romanian flag or not during the night, my first thought is for Alexcander Blok’s The Twelve, in André Markowicz’ French translation
Veux-tu me lâcher les guêtres
Ou je te tire dessus
Ancien monde, chien sans maître
Disparais ou je te tue ! *
Again and again and again. Stray dogs and mangy cats survive the dragons, therein lies the true miracle.
Onward, Kadima, Davaï and all that. Feel like drawing more than writing.