
Un jeu-concours télévisé, supposé être amusant, l’animateur avait la tête de l’Iranien procédant au véritables interrogatoires de personnalités que le régime veut discréditer devant la population; ambiance de surveillance et de délation dans un aéroport où des gardes fouillaient les bagages de curés déguisés en civils.
Les documentaires sur Arte – au sujet de l’Iran, puis celui sur Ben-Gvir et Smotrich : pas de quoi remonter le moral, c’est certain. Suivi de la relecture de l’un des cahiers de notes tenues durant le confinement, dont celle-ci après une nième déclaration des autorités : “Vraiment, les plus vicieux sont les petits menteurs, propres de leur personne, à la mine honnête, qui racontent des trucs qui seraient vraiment très bien si seulement ils étaient vrais.”
Sur une autre page la “traduction”, nulle de chez nuls par un inconnu que je suis heureuse de ne pas connaître, de l’un de mes passages préférés dans The Tempest de Shakespeare
Full fathom five thy father lies…
Que cette personne massacre comme suit :
Par cinq brasses sous les eaux
ton père englouti sommeille
de ses os naît le corail
de ses yeux naissent des perles
rien chez lui de corruptible
dont la mer ne vienne à faire
quelque trésor insolite…
Boudu.
Full fathom five thy father lies
of his bones are coral made
those are pearls that were his eyes
nothing of him that doth fade
but doth suffer a sea-change
into something rich and strange
La seule chose qui s’y compare, pour moi, ce sont les caracolas marinas dans Alfonsina y el mar avec una voz antigua de viento y de sal, mais bon, à chacun ses mondes intérieurs. Dans ces notes, je redécouvre aussi qu’en compagnie de sa thérapeute se posant la même question, ma fille s’interroge à savoir si je ne souffre pas d’un manque d’empathie dont elle, par ailleurs, serait investie de manière excessive (opinion que partage sa thérapeute). Apparemment, si vous ne vous ne tombez pas dans des convulsions sur le parquet quand les choses ne vous conviennent pas, ça prouve que vous manquez d’empathie. À savoir.
Après quoi, j’ai préféré relire un extrait de la nouvelle de Kafka, Contemplation, où le narrateur quitte sa chambre après la survenue du fantôme d’un enfant qui l’accuse de l’avoir menacé :
“Dans l’escalier, je rencontrai un locataire du même étage.
«Vous ressortez déjà, espèce de coquin ?» me demanda-t-il en faisant une pause, les jambes faisant le grand écart sur deux marches.
« Que puis-je donc faire ? » dis-je, je viens d’avoir un fantôme dans ma chambre.
— Vous dites cela d’un air aussi mécontent que si vous aviez trouvé un cheveu dans la soupe.
— Vous plaisantez. Mais, notez-le, un fantôme est un fantôme.
— Très juste. Mais qu’en est-il si l’on ne croit pas du tout aux fantômes ?
— Parce que vous croyez que moi, je crois aux fantômes ? Pourtant, à quoi cela me sert-il de ne pas y croire ?
— C’est très simple. C’est que vous n’avez plus besoin d’avoir peur si un fantôme vient réellement vous voir.
— Oui, mais ça, c’est la peur secondaire. La peur véritable, c’est la peur de ce qui est à l’origine de l’apparition. Et cette peur-là demeure. Elle, je l’ai en moi sous une forme pour ainsi dire accomplie.
…
« Mais comme vous n’avez pas peur de l’apparition elle-même, vous auriez pu l’interroger tranquillement sur son origine, tout de même !
— Vous n’avez manifestement encore jamais parlé avec des fantômes. Il n’y a jamais moyen de tirer d’eux une réponse claire. C’est une chose, puis une autre…Ces fantômes semblent douter encore plus de leur existence que nous, ce qui du reste, vu leur fragilité, n’est pas étonnant.”
Le dialogue se poursuit, le voisin suggérant que s’il s’agit d’un fantôme féminin, il peut être intéressant de l’engraisser un peu. Et le narrateur, se sentant totalement abandonné, renonce à sa promenade et préfère remonter se mettre au lit.
Oui, je sais. On me dira qu’il serait temps de lire des trucs plus primesautiers. Bien sûr, bien sûr, hello, le soleil brille brille brille. Tout comme les fantômes, les pensées repartent comme elles sont venues, inutile de les nier, c’est tout ce que je peux dire à ce sujet.
*
A televised gameshow, supposedly amusing, the host looked like the Iranian conducting literal interrogations on personalities the regime wished to discredit in the eyes of the public; an atmosphere of surveillance and denunciation in an airport where guards were searching through the luggage of priests disguised as civilians.
Documentaires on Arte – about Iran, followed by the one on Ben-Gvir and Smotrich : nothing to raise morale, that’s for sure. Followed by the re-reading of one of the notebooks from during the confinement, including this note after the umpteenth official declaration: “Truly, the most wicked among them are the little liars, so neat and tidy with their honest mien, saying stuff that would really be fine indeed if only it were true.”
On another page, the “translation” lamer than lame par an unknown someone, of one of my favorite excerpts of Shakespeare’s The Tempest.
Full fathom five thy father lies…
That this person massacres in a French version resembling the following:
five fathoms under the sea
my engulfed father dozes
from his bones coral is born
from his eyes pearls are born
nothing is corruptible in him
that the sea does not manage to make into
some unusual treasure…
Jesus.
Full fathom five thy father lies
of his bones are coral made
those are pearls that were his eyes
nothing of him that doth fade
but doth suffer a sea-change
into something rich and strange
The only thing that compares to this for me are the caracolas marinas in Alfonsina y el mar with una voz antigua de viento y de sal, but I guess to each his own inner worlds. In those notes, I also rediscover that accompanied by her therapist who wonders about the same thing, my daughter wonders if I don’t suffer from a lack of empathy, something she, on the other hand, possesses in excessive amounts (an opinion her therapist shares). Apparently, if you don’t writhe and faint in coils when things don’t suit you, that proves you are lacking in empathy. Things to know.
After which I preferred re-reading an excerpt of Kafka’s short story, Contemplation, in which the narrator leaves his room after the arrival of a ghostly child accusing the narrator of having threatened him :
“In the stairs, I meet a tenant from the same floor.
«Going out again already, you scoundrel ? ” he asked, pausing with his legs played over two steps.
“What else can I do?” I said “I just encountered a ghost in my room.”
— You say that with the look of displeasure you’d have if you’d found a hair in the soup.
— You must be joking. But take good note, a ghost is a ghost.
—Very true. But what if you don’t believe at all in ghosts?
— Because you think that I believe in ghosts ? Yet, what good does it do me not to believe in them?
— It’s very simple. Then, you don’t need to be afraid if a ghost really comes to see you.
— Yes but that’s the secondary fear. The real one is the fear at the origin of the apparition. And that fear remains. It is in me in its accomplished form, so to speak. ...
“But since you’re not afraid of the apparition in itself, you could have questioned it quietly about its origin, nonetheless!
— Clearly, you have never spoken with ghosts yet. There is no way of getting a clear answer from them. They say one thing, then another…These ghosts seem to doubt their own existence even more than we do, which, considering their fragility, has nothing surprising about it.”
The dialogue continues, the neighbor suggesting that if it’s a feminine ghost, it could prove interesting to fatten it up a bit. And the narrator, feeling totally abandoned, gives up on his walk and prefers going back up to bed.
*
Yes, I know, I’ll be told I should start watching and reading sprightlier stuff. Hello sunshine, hello hello and so on. Just as ghosts do, as thoughts come, so thoughts go, no point in denying them is all I can say to that.